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Interview avec la représentante du HCR au Burundi : « Nous sommes à 30% de réponse, mais l’espoir est permis »

Conditions de vie des réfugiés congolais au camp de Busuma, opération de rapatriement, risque d’arrêt d’assistance alimentaire du PAM, … Brigitte Mukanga-Eno, représentante du HCR au Burundi fait le point. Elle demande aux différents partenaires et donateurs d’intervenir.

Aujourd’hui, quel est l’état des lieux de l’assistance alimentaire pour les réfugiés qui sont au Burundi ? 

Pour le moment, nous travaillons de façon très directe avec le PAM, qui est en charge de l’assistance alimentaire.  Il nous a notifiés récemment, avec le gouvernement d’ailleurs, à travers ONPRA, qu’il y aura une réduction de cette assistance, qu’on va passer de 75% que les réfugiés ont reçu jusqu’à présent, à 50%.

Pourquoi ?

C’est suite aux difficultés financières que nous traversons tous en tant qu’agence humanitaire. Cette réduction fait que la somme de 38 mille BIF donnée jusqu’à présent, à chaque refugié par mois, soit réduite davantage. Vous savez que c’était déjà limité.

C’est une situation difficile à accepter pour le moment, parce qu’elle ne répond pas du tout aux critères, surtout pour l’urgence.  Généralement, en situation d’urgence, on garde les 100%.

Comment êtes-vous en train de gérer cette situation actuellement ?

Nous sommes en train de travailler avec le PAM pour voir dans quelle mesure nous pouvons renforcer la recherche des fonds conjointement à travers un appel inter-agence, pour arriver à réunir les fonds nécessaires.

L’autre possibilité aussi que nous avons, c’est de réduire chez les anciens réfugiés, qui en ont également besoin, mais qui ont quand même déjà pu développer quelques moyens de subsistance. En effet, ils sont dans le pays depuis plusieurs années.

Les discussions sont en cours et nous espérons que dans les jours à venir, la situation pourra s’améliorer.

Donc, il y a espoir que la situation s’améliore ?

Absolument. Parce que déjà au niveau du siège du PAM, il y a des petits fonds qui sont alloués mais ce n’est pas suffisant pour nous garder jusqu’à la fin de l’année. Mais les efforts vont continuer.

Au mois d’avril, vous avez lancé la campagne de rapatriement des réfugiés congolais du camp de Busuma.  Aujourd’hui, est-ce que l’opération se poursuit ?

Tout à fait. En principe, la situation actuelle au niveau de l’Est du Congo n’est pas propice pour un rapatriement volontaire dans les normes.  Mais il y a quand même quelques petites zones d’ouverture, par exemple, pour les réfugiés originaires d’Uvira. Nous sommes en train de faciliter leur retour mais sans trop encourager. Parce que malheureusement, il y a des combats qui se poursuivent, même autour d’Uvira.

Suite à la situation humanitaire très difficile à Busuma, certains préfèrent rentrer même dans des zones non sécurisées. Mais nous essayons de faire des sensibilisations pour favoriser uniquement ceux qui rentrent autour d’Uvira.

Mais pour les autres, nous continuons à demander leur patience jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore. Nous ne pouvons pas être garant d’un retour vers des zones qui ne sont pas encore sécurisées. Notre message aux réfugiés, c’est vraiment d’être patients.

Mais quels sont les défis que vous rencontrez dans cette opération ? 

C’est d’abord les ressources. Parce qu’il faut assurer le transport dans la sécurité et la dignité.  Généralement, il faut, ne serait-ce, qu’un petit paquet pour se préparer au retour. Ces ressources-là, nous n’en avons pas.

Mais du côté du Congo, il y a quand même un petit paquet retour qui est également prévu pour leur accueil afin d’avoir le loyer de quelques mois et puis aussi la réinsertion des enfants dans les écoles qui reste une priorité. Nous avons beaucoup d’enfants au niveau de Busuma qui ont besoin d’aller continuer leur éducation.

Dernièrement, des réfugiés de Busuma étaient en colère et ont fait une manifestation. Qu’est-ce qui s’est passé réellement ?

Comme prévu, nous organisons un convoi d’environ 1 000 personnes par semaine.  Aujourd’hui, on est déjà à presque 11 000 personnes déjà rentrées. Mais la semaine passée, il y a eu un bug dans le système de sorte que lorsqu’on a tiré les listes pour les personnes à rapatrier, il y a eu des noms de ceux qui étaient déjà partis qui n’ont pas été mis à jour. Des noms sont ressortis.

Il y a eu une compréhension.  Il y en a qui étaient pressés de rentrer, d’autres se sont lamentés se demandant pourquoi on facilitait le rapatriement des réfugiés qui étaient déjà partis, etc.

Mais c’était un défaut du système qui a créé ce malentendu et qui a conduit à ces manifestations. Malheureusement, il a fallu l’intervention de la police pour rassurer et calmer la situation. Mais actuellement, je vous assure, tout a repris dans l’ordre.

Quel est votre message aux réfugiés ?

Nous sommes ensemble. Tout ce que nous faisons, c’est toujours dans l’intérêt de la protection internationale, d’assurer aux réfugiés et de la recherche de solutions à leurs problèmes.

C’est cela notre mandat.  Nous savons que les conditions de vie sont très difficiles au niveau de Busuma. Nous continuons à faire du fundraising, la recherche des fonds, auprès de différents donateurs pour contribuer à l’amélioration des conditions de ces réfugiés.

Récemment, il y a eu même des missions du FONAREV qui est le fonds national au niveau de la RDC pour assurer la réparation des victimes de guerre. C’est ce fonds qui avait donné un financement l’année passée au système des Nations Unies au Burundi.

Nous avons lancé un appel pour qu’un nouveau projet puisse être relancé, il pourrait être financé par la RDC mais au-delà de ça, bien sûr, nous avons nos bailleurs traditionnels.

Nous demandons à tout le monde de nous accompagner dans l’amélioration des conditions des réfugiés ici au Burundi en attendant que les conditions de retour soient propices pour un retour massif. Nous continuons à appeler les partenaires à nous accompagner dans la réponse aux réfugiés qui sont encore à Busuma.

Aujourd’hui, combien vivent-ils là-bas ?

Ils étaient plus de 66 mille mais maintenant, avec les rapatriements, on est autour de 54 mille personnes. Mais, cela reste toujours beaucoup. Les besoins sont énormes. Il y a des enfants en grand nombre qui ont besoin d’aller à l’école. Nous devons commencer à préparer tout cela par rapport à septembre qui se rapproche. Jusque-là, il n’y a pas un appui pour l’éducation de ces enfants.

Il y a des jeunes qui voudraient bien aussi être impliqués dans différentes activités génératrices de revenus. Si nous pouvions avoir aussi un appui, cela pourrait aider pour qu’ils puissent dépendre de moins en moins de l’assistance humanitaire.

Fin 2025, vous avez lancé un appel à fonds. Combien reste-il à rassembler ?

Nous avons lancé un appel inter-agence au début de la crise qui était autour de 35 millions de dollars. A ce jour, nous sommes toujours autour de 30% de réponse.

Ce qui nous a permis jusqu’à présent d’améliorer les conditions au niveau de Busuma. Mais, des défis subsistent pratiquement dans tous les secteurs. Les besoins de protection sont énormes pour toutes ces personnes victimes des violences.

Elles ont besoin d’une réparation, d’un accompagnement que ce soit en termes de santé comme un appui psychosocial. Tout cela nécessite des ressources, du personnel pour faire l’écoute et le suivi.

Il y a les enfants séparés et non accompagnés. Là, nous travaillons avec l’UNICEF mais, nous avons tous besoin de ressources.

Qu’en est-il des abris ?

Jusqu’à présent, on n’est pas encore arrivé à donner des abris décents à tout le monde. A Busuma, plus de la moitié vit encore dans des conditions assez lamentables.  Donc, il y a les 70% de gap sur l’appel que nous avons lancé pour pouvoir répondre aux besoins des réfugiés.

Est-ce que cette crise du carburant ne gêne pas vos activités en ce qui est par exemple du transport ?

Absolument. Mais nous essayons, dans la mesure du possible, avec l’appui de la Sopebu, qui donne quand même une certaine priorité aux travailleurs humanitaires.

Pour le moment, on continue à s’approvisionner par cette voie. Mais c’est un défi dans le sens que les prix, les tarifs de l’assistance alimentaire, cela devient élevé.

Comme je disais, par exemple, pour l’alimentation, pour les réfugiés qui reçoivent 38 mille BIF par mois, je ne sais pas ce qu’on peut acheter avec cela pour survivre. Donc c’est assez difficile. Il y a un impact socio-économique assez important.

Vous l’avez souligné, à l’est de la RDC, des nouveaux affrontements sont signalés dans plusieurs coins.  Pas de crainte que cela risque d’entraîner un nouvel afflux de réfugiés ?

Malheureusement, à chaque fois qu’il y a des conflits du côté du Congo, ici au Burundi, on sent directement l’impact. On nous signale les combats du côté de Baraka, de Fizi, bref, l’axe qui mène directement sur Rumonge est assez menacé actuellement.

Nous avons déjà déployé des équipes pour nous enquérir de situation. Mais jusque-là, je pense qu’il y a aussi les forces qui sont de l’autre côté, qui les bloquent selon les informations reçues. On se prépare. On a un plan de contingence qui est toujours là pour, le cas échéant, pouvoir répondre aux besoins d’un nouvel afflux.

A côté des réfugiés, il y a aussi les rapatriés. Quelle est la situation ? 

En principe, les rapatriés, c’est une bonne nouvelle.  Quel que soit le nombre d’années qu’on passe à l’extérieur, le moment où l’on rentre chez soi, c’est toujours le meilleur moment.

Depuis le début de cette année, nous sommes à presque 100 mille rapatriés. Essentiellement, il y a 96 mille rentrés de la Tanzanie. C’était assez rapproché, c’était un rapatriement assez massif. Mais il y a ceux qui reviennent également des autres pays comme l’Ouganda, l’Afrique du Sud, de la RDC, etc.

Quel est votre appel à la loi des partenaires pour la gestion des cas des réfugiés ? Votre appel aux partenaires ?

C’est de pouvoir accompagner le gouvernement du Burundi et le HCR. Parce que nous coordonnons avec le gouvernement, pour nous accompagner. En ce qui concerne les réfugiés, 54 mille qui sont encore à Busuma ont besoin de l’assistance au quotidien.

Il y a plus de 20 mille enfants, il faut les encadrer, les accompagner en termes d’éducation et la nourriture qui reste une priorité ainsi que les abris. La situation sanitaire, c’est tout aussi difficile.

Donc, nous avons besoin que les partenaires et nos donateurs puissent nous accompagner. Nous demandons aux partenaires au développement de regarder la situation de réintégration des Burundais qui sont en train de rentrer à partir de la Tanzanie, mais également des pays de la région.

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