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Harry Verweij : « Mon devoir est de renforcer la coopération avec le Burundi, au-delà des vicissitudes passagères »

24/04/2017 Léandre Sikuyavuga 6

A la veille de la fête du Roi, l’Ambassadeur des Pays-Bas s’est exprimé dans les colonnes d’Iwacu. Un voyage, sans faux-fuyants, au cœur de la coopération entre les deux pays.

 

Harry Verweij
Harry Verweij

M. l’Ambassadeur, comment vous sentez-vous au Burundi ?

Le peuple burundais est très accueillant. Et je lui suis reconnaissant pour son aimable hospitalité. Aussi, vous avez un très beau pays, dont j’ai pu visiter certaines localités, avec beaucoup d’intérêt. Je trouve que le pays est plus calme qu’à mon arrivée. Et j’espère que la situation du pays va s’améliorer dans tous les aspects de la sécurité humaine, notamment sur le plan humanitaire et économique.

Je suis convaincu qu’une tendance positive sur tous les plans de la société burundaise ira de pair avec plus d’engagement de toutes les parties prenantes burundaises dans le dialogue facilité par la sous-région.

Vous célébrez ce 28 avril la fête du Roi. Pourriez-vous nous expliquer ce que traduit cette journée ?

C’est l’anniversaire de S.M. le Roi. Il aura 50 ans. Sa famille de la maison royale d’Orange-Nassau est revêtue de la plus haute dignité des Pays-Bas depuis plus de 450 ans ! C’est pourquoi pour les Pays-Bas, le jour du roi est un moment de fierté de notre histoire et de célébration de nos valeurs. Cette célébration populaire est joyeuse et, évidemment, toute en orange ! Dans tous les pays partenaires, le jour de la fête du Roi est célébré dans l’allégresse et c’est un moment privilégié de communion et d’évaluation des actions d’engagement partagées.

Comment sont, actuellement, les relations entre les Pays-Bas et le Burundi ?

Les relations entre les deux peuples sont basées sur l’amitié et, partant, sur la volonté d’assister les Burundais avec notre expertise. Même dans une relation amicale, les partenaires ne sont pas à la même page tout le temps.

Lorsqu’il y a des soucis comme aujourd’hui, il faut – pour chaque côté – rester toujours ouvert, garder le contact et l’échange, afin de trouver ensemble des voies d’amélioration. Outre la transparence, je pense qu’un meilleur respect des droits de l’Homme, une coopération assidue avec la communauté internationale – y inclus l’Union Africaine, la Communauté de l’Afrique de l’Est, et le Haut-Commissariat de droits de l’Homme – sont indispensables pour le développement du Burundi.

Les Pays-Bas ont arrêté l’aide directe envers le gouvernement burundais. N’est-ce pas condamner la population burundaise à la misère ?

La plus grande partie de l’aide des Pays-Bas au Burundi est maintenue pour assister la population burundaise. Ainsi, malgré les hauts et les bas, l’Ambassade des Pays-Bas continue d’investir dans l’aide à la population burundaise pour environ 25 millions d’euros par an. Si on ajoute l’assistance financière hollandaise à l’Union Européenne, l’ONU etc, le montant total sera de plus de 50 millions d’euros par an. Un des points d’attention des Pays-Bas dans la coopération internationale est le rôle irremplaçable du secteur privé dans le développement. Par-là, je veux parler de la nécessité d’améliorer les conditions permettant aux entreprises d’exister, d’attirer le capital étranger et d’être compétitives. Cela est indispensable, d’abord et avant tout, pour les jeunes entrepreneurs burundais.

Concrètement, comment votre pays assiste-t-il la population burundaise ?

Par exemple, le programme d’assistance agricole des Pays-Bas au Burundi est très grand. Les Pays-Bas, comme deuxième exportateur agricole du monde ont une expertise très vaste. Celle-ci a permis, durant cette année écoulée de 2016, d’accorder au Burundi une assistance en transformation agricole et planification pour les ménages, en engrais chimique, pour plus de 10 millions d’euros et en provision alimentaire aux cantines scolaires partout au Burundi pour plus de 5 millions d’euros. Comme ami, le peuple néerlandais accorde une attention particulière aux efforts engagés par les Burundais pour sortir de l’actuelle situation difficile, et il reste prêt à apporter son aide autant que possible.

Les pays de l’Union Européenne, partenaires du Burundi, demandent au gouvernement de respecter l’article 96 de l’Accord de Cotonou. Quelle appréciation en faites-vous aujourd’hui ?

Au terme de l’Accord de Cotonou, nous sommes des partenaires importants l’un pour l’autre. Cet accord demande aux partenaires de maintenir le dialogue notamment sur les valeurs communes, entre autres les valeurs démocratiques, dont le respect des droits de l’Homme. Alors, mon appréciation aujourd’hui est que la tendance des relations est à l’espoir. Sur cette base, j’espère que le Burundi continuera de faire l’effort d’avancer pour entretenir le dialogue ouvert avec mon pays, et avec l’UE.

Les Pays-Bas soutenaient la professionnalisation des corps de défense et de sécurité du Burundi à travers le programme DSS. Quelle est la situation actuelle ?

Le programme DSS était une excellente initiative du Burundi dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité. C’était un très bon programme qui, aujourd’hui encore, attire l’attention du monde comme un exemple de ce qu’il faut faire en matière de coopération dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité. En plus, de l’appui technique, les Pays-Bas ont financé ce programme pour environ 50 million d’Euros. Aux Pays-Bas, nous avons eu beaucoup de respect pour la manière avec laquelle les corps de défense et de sécurité burundais ont pu améliorer leur contribution dans la sécurité du pays depuis 2009, lors du lancement du DSS. Dès l’année 2015, la situation a été difficile. Mais la coopération au DSS a continué. Grâce à cela, le dialogue sur la gouvernance du secteur de la sécurité a continué entre les partenaires clefs du secteur. En 2016, suite à la décision du gouvernement burundais de suspendre sa participation au volet gouvernance, les activités du DSS ont été totalement suspendues, malheureusement ! Toutefois, nous restons ouverts pour chercher, avec nos partenaires, des voies pour capitaliser les acquis que le Burundi avait tirés de sa coopération au DSS.

Le parti de l’extrême droite monte en popularité par rapport aux années précédentes. Cela ne risque-t-il pas d’entacher les relations entre les Pays-Bas et les autres pays ?

Aujourd’hui, on voit des partis nationalistes monter en influence dans différents pays d’Europe. Aussi, les différentes élections et referenda en Europe seront très instructifs sur la route que les Européens seront en train de choisir pour leurs pays.

Les résultats des élections néerlandaises sont tels qu’un nouveau gouvernement de coalition est en formation, avec un nouveau programme multi-annuel. Ce programme doit déterminer le volume et le format de l’aide au développement. Au stade actuel, il n’est pas évident qu’un nouveau gouvernement décidera de focaliser son attention sur la région des grands lacs.

Comme Ambassadeur, c’est mon devoir de contribuer à renforcer les relations de coopération entre mon pays et le Burundi au-delà des vicissitudes passagères. Mon espoir est de voir le Burundi sortir de la situation actuelle pour engager toutes ses vives énergies dans une lutte efficace contre la pauvreté et dans le développement durable.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Fofo

    Une très bonne intervention. C’est un vrai diplomate!

  2. Salmia Irikungoma

    Ntukamazina Asmani, vous les acolytes du pouvoir actuel de Bujumbura, vous ne pourrez plus donner des conseils a personne. Le monde entier est temoin de vos forfaits sur le terrain, ces cadavres, la faim, l’exil, la pauvrete, votre milice imbonerakure etc… Qui trompe qui ? Ce n’est plus a vous de juger ? Mais vous serez juges! Toute verite n’est pas bonne a dire et surtout plus difficile a digerer par les concernes. Vaudrait mieux changer avant d’etre critiques.

  3. Ntukamazina Assumani

    Personnellement je viens de visiter le Burundi il y a 8 mois, j’ai pu voir de mes yeux comment est le pays, c’est très très contrairement à ce qu’on lit dans plusieurs médias et, suis pas le seul à l’avoir constaté. Monsieur l’Ambassadeur n’est quiconque pour dresser un bilan non crédible.
    Nta nkono ibura imvyiro, à 50 ans j’ai connu quasi les pouvoirs qui se sont succédés après l’indépendance du Burundi et le pays a toujours été un des plus pauvres du monde.
    L’exil des barundi la plus considérable n’est pas celui dû au troisième mandat seulement, ce qui dirait que quelque chose ne va pas toujours.
    Je suggère que si l’on veut faire mieux pourle pays, on doit d’abord arrêter le mensonge de tout genre, changer la mentalité, forcer nos coeurs pour un esprit de l’idéalisme, lancer des débats lesquels on entendra pas ce qu’on veut seulement afin de se comprendre mutuellement et, ensuite promouvoir un cadre d’échange d’idées constructives et innovatrices pour changer et élever le Burundi sinon on le mènera au bout de sa décadence. Quant àceux qui prennent le chemin d’exil aujourd’hui, la majorité c’est une aventure pour tenter d’arriver en occident un jour. Là j’ai fait une enquête personnelle, je le dis tous cru et on doit pas me croire.

  4. @Ayuhu
    Buvez-vous de l’huile de moteur Diesel? Une telle d******* verbale est inquiétante!

  5. Ayahu Jean Pierre

    “Au terme de l’Accord de Cotonou, nous sommes des partenaires importants l’un pour l’autre. Cet accord demande aux partenaires de maintenir le dialogue notamment sur les valeurs communes, entre autres les valeurs démocratiques, dont le respect des droits de l’Homme. Alors, mon appréciation aujourd’hui est que la tendance des relations est à l’espoir. Sur cette base, j’espère que le Burundi continuera de faire l’effort d’avancer pour entretenir le dialogue ouvert avec mon pays, et avec l’UE.”
    Cher Ambassadeur,
    Au terme de cet accord de Cotonou, le Burundi est un exemple et un cobaye.
    Il n’existe pas un autre pays en Afrique où la société civile a eu toutes les latitudes de critiquer, proposer au point d’inscrire leurs actions en une forme d’anarchie! De plus et à part le detail de 2015 avec ce fameux 3ème mandat de la discorde, le Burundi meriterait une médaille et non des sanctions:
    Museveni, 28 ans de pouvoir
    Mugabe, 27 ans de pouvoir
    Kagame, 17 ans
    Sassou, 13 ans et 19 ans, total de 32 ans
    Idriss Deby, 24 ans
    Paul Biya, 32 ans de pouvoir
    Santos, 34 ans de de pouvoir

    Faut-il abattre le Burundi dans ce cas?
    Théoddore Obiang Nguema, 30 ans de pouvoir

  6. Salmia Irikungoma

    On constate que Monsieur l’Ambassadeur du Pays-Bas, raconte theoriquement la realite de notre pays le Burundi. Un pays plus calme ! Au Burundi, depuis le 26 avril 2015 jusqu’a nos jours des cadavres jonchent dans les rivieres ou dans les quartiers ! La population fuit le pays, des centaines de milliers dans les pays voisins ou ailleurs, la faim, les imbonerakure milice du pouvoir de Bujumbura et les services nationales des renseignements qui massacrent, enlevent, volent et violent les femmes, extermination des militaires ex-FAB, la corruption, la pauvrete, le pays le plus pauvre du monde etc.. tous cela causes par le pouvoir actuel qui violent la Constitution et les Accords d’Arusha en briguant le 3eme mandat illegalement. Qu’il s’informe encore, pour savoir plus, a propos de ce qui se passe reellement au Burundi. Sinon c’est son droit de sympatiser les dirigeants actuels au Burundi. Pendant sa visite au Burundi, ce meme gouvernement ne pouvait lui montrer que ce qui est mieux.

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