Sur la colline Mahotera, anciennement appelée Mushasha dans la zone Gatumba, les habitants affirment que leurs robinets sont à sec depuis plus d’un an faute d’approvisionnement en eau de la Regideso. « Depuis les inondations provoquées par les eaux du lac Tanganyika, la colline Mahotera, n’est plus approvisionnée en eau potable. Nous éprouvons d’énormes difficultés pour nous en procurer », témoigne Espérance Nimbona de cette localité.
Elle souligne également que des cas de choléra y ont été déjà signalés. « Ma voisine a été transportée à l’hôpital il y a deux semaines. Elle souffrait d’une diarrhée sévère. On nous a informés qu’elle avait contracté le choléra. Tout cela est lié au manque d’eau potable. Les conditions d’hygiène sont très mauvaises. »
Les habitants s’interrogent sur comment assurer la propreté sans eau potable. Ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter se rabattent sur l’eau puisée dans le sous-sol.
Candide Nikwibitanga, une mère d’une trentaine d’années qui a trois enfants et qui habite dans la localité de Murinzi, indique que malgré sa qualité douteuse, elle utilise cette eau pour la cuisson des aliments. « Je n’ai pas les moyens d’acheter l’eau pour boire et cuisiner. Un bidon coûte 2 000 BIF. Lorsque je parviens à trouver de quoi manger et à acheter un bidon d’eau potable pour boire, j’utilise l’eau puisée à l’aide d’une machine appelée “Jorjika” pour les autres besoins. Il nous arrive parfois de la boire. »
Les habitants de la zone Gatumba font également savoir que le prix d’un bidon de 20 l varie en fonction de la distance à parcourir pour s’approvisionner. Selon eux, les conducteurs de taxis-vélos fixent les tarifs à leur guise, laissant aux clients le choix de payer ou de renoncer au transport.
Une qualité douteuse
Vincent Nibitanga, habitant de Gaharawe, affirme qu’il doit débourser 4 000 BIF pour se faire livrer un bidon de 20 l à domicile. « Le conducteur de taxi-vélo affirme qu’il va chercher l’eau à Kajaga, une localité éloignée du centre de Gatumba. Comme je ne l’accompagne pas, je ne peux pas contester ce qu’il me dit. Il peut même se rendre sur la colline Murinzi où il arrive parfois que l’eau de la Regideso soit disponible sans que je puisse savoir s’il est réellement allé à Kajaga. Je suis obligé de payer les 4 000 BIF. »
En ce qui est de la provenance de l’eau potable vendue, les habitants de Gatumba dénoncent des pratiques qu’ils assimilent à l’escroquerie. Ils affirment qu’en plus du prix élevé qu’ils paient, ils n’ont en effet aucune assurance sur sa qualité. « Rien ne garantit que l’eau acheminée depuis Kajaga provienne réellement de la Regideso. Il nous arrive d’y trouver des impuretés. Pour le moment, j’ai décidé d’acheter de l’eau minérale pour la consommation. Une fois, toute ma famille est tombée malade et nous avons pris des médicaments contre les vers intestinaux. Le médecin nous a expliqué que nous souffrions d’une ascaridiose, qu’il a liée, sans toutefois le confirmer, à l’eau que nous avions consommée au cours de cette semaine-là », témoigne candide Nikwibitanga.
Interrogés sur les tarifs appliqués pour le transport de l’eau potable ainsi que sur les lieux où ils s’approvisionnent, les conducteurs de taxis-vélos n’ont pas souhaité s’exprimer.
« Le choléra est là »
Le responsable du Centre de santé de Gatumba, Bienvenu Ndayisenga, indique qu’une quarantaine de cas positifs de choléra a déjà été enregistrée dans cette structure sanitaire. Il n’affirme pas que cela est lié au manque d’eau.
Selon lui, les patients sont ensuite transférés vers les hôpitaux de référence, notamment l’hôpital Prince Régent Charles où ils sont pris en charge. Certains sont déjà guéris et ont regagné leurs domiciles tandis que d’autres poursuivent leur traitement sous surveillance médicale.
« Cela fait un peu plus d’un mois que nous menons des activités de lutte contre cette maladie. Avec l’appui du district sanitaire et des agents de santé communautaire, nous effectuons des opérations de pulvérisation et de désinfection dans les ménages et les lieux insalubres afin de lutter contre la propagation du choléra. »
Un appel à la Regideso et aux autorités

Les habitants de cette localité appellent les autorités à intervenir d’urgence pour endiguer la propagation du choléra. Ils plaident également pour des campagnes de sensibilisation de la population sur les mesures de prévention du choléra et un appui de l’administration afin de faciliter l’accès à l’eau potable.
« Les autorités pourraient demander l’approvisionnement de notre localité en eau potable par des camions citernes. Cela permettrait à la population d’y accéder plus facilement, notamment les personnes vulnérables qui n’ont pas les moyens financiers pour s’en procurer », suggère Espérance Nimbona.
Les habitants lancent également un appel à la Regideso pour qu’elle leur vienne en aide dans cette période où les maladies liées au manque d’hygiène préoccupent la population. « L’eau, c’est la vie. La Regideso devrait avoir pitié de nous en cette période difficile. Certaines familles disposent de robinets mais, elles passent des années sans eau potable. C’est aussi une perte pour la Regideso lorsqu’un compteur reste installé sans fournir d’eau ni générer de recettes. »
Dans une interview accordée récemment aux journalistes, le directeur de la Regideso, Albert Manigomba avait rassuré la population en indiquant que la pénurie d’eau pourrait prendre fin avec le retour de la saison des pluies. « Plus de 95 % de l’eau provient du lac Tanganyika. La production est inférieure à la demande. On peut dire que la ville de Bujumbura a été multipliée par plus de quatre. Nous faisons tout notre possible pour que l’eau soit disponible, mais il faut également que les quartiers soient viabilisés. Avec la saison de pluie cette pénurie pourra prendre fin », avait-il déclaré.
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