Mardi 18 janvier 2022

Editorial

Démolitions en mairie de Bujumbura. Tout le monde est coupable…

26/11/2021 4

L’idée même de voir sa maison détruite est insoutenable. Pourtant, c’est l’amère expérience que vivent des citoyens burundais avec impuissance. Depuis quelques mois, une vaste opération de démolition des constructions anarchiques est en cours.

Le ministre de l’Intérieur a, au départ, souligné qu’il s’agit des constructions dans les six mètres près des routes principales et dans les quartiers viabilisés. La date butoir de démolition des constructions anarchiques sera fixée le 1er septembre 2021.

En mairie de Bujumbura, certains propriétaires ont préféré les démolir de leur gré pour sauver quelques matériaux. D’autres ont refusé d’obtempérer. Ou tout simplement n’ont pas eu le courage de démolir les maisons dans lesquelles ils se sont investis financièrement, physiquement et émotionnellement.

Cependant, la décision est irrévocable et le citoyen est obligé d’exécuter la décision avant de réclamer. L’Etat dispose des prérogatives qui lui permettent d’exécuter une décision sans devoir passer par le juge. Surtout s’il croit être dans ses droits. « Il faut éviter le chaos, l’anarchie, le désordre ».

C’est ainsi que l’Etat a mis les bouchées doubles. Des bulldozers rasent littérairement tout ce qui est dans le périmètre public. Les propriétaires assistent à la démolition, pleurent à chaudes larmes.

Certains sont inconsolables de voir le fruit de toute une vie de dur labeur réduit en un tas de gravats. Les psychologues interrogés par Iwacu craignent des séquelles terribles. Des réels traumatismes.

On ne doit pas occuper un espace public et y ériger anarchiquement des constructions. « Il s’agit de remettre à l’État ce qui était à l’État », a clarifié le ministre de l’Intérieur en s’adressant aux gouverneurs provinciaux.

Avant de bâtir, toute personne devrait avoir l’aval des services de l’urbanisme. L’administration à la base devrait aussi systématiquement vérifier si les constructions dans sa zone de compétence ont toutes les autorisations nécessaires. L’a-t-elle fait ? Comment en est-on arrivé là ?

Certains propriétaires concernés par les démolitions affirment qu’ils ont des autorisations, disent avoir des titres de propriété. Pour eux, ils ont construit dans la légalité.

Si leurs propos s’avèrent vrais, l’Etat va-t-il indemniser ces victimes des erreurs de ses agents ou du manque de vigilance de l’administration à la base ?

Un expert en planification et aménagement urbains estime que la désobéissance de certains habitants, le désengagement de l’autorité en distribuant les parcelles partout sans tenir compte de l’affectation prévue dans le schéma directeur de l’urbanisation.

Le manque de vulgarisation de la loi en matière d’Urbanisme et d’autres dysfonctionnements sont à la base de l’anarchie que nous déplorons tous. Au finish, tout le monde est coupable…

Léandre Sikuyavuga

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Maningo Jean Claude

    « Un expert en planification et aménagement urbains estime que la désobéissance de certains habitants, le désengagement de l’autorité en distribuant les parcelles partout sans tenir compte de l’affectation prévue dans le schéma directeur de l’urbanisation, le manque de vulgarisation de la loi en matière d’Urbanisme et d’autres dysfonctionnements sont à la base de l’anarchie que nous déplorons tous »
    Monsieur l’éditorialiste, merci de me donner les coordonnées de cet éminent ingénieur, j’ai à lui dire

  2. Balame

    Non Monsieur Ndirabika
    Il y a continuité de l Etat. Et nos gouvernants doivent répondre des erreurs commises.
    Si une personne a construit suivant les lois du moment, l’Etat doit indemniser . Period.
    C’est la justice élementaire

  3. Ndirabika

    Ooooh hypocrisie quand tu nous tient. Qd le Rwanda faisait la mm chose en 2019 certains de mes amis, zelotes du système criaient à la dictature, au manque d’amour des dirigeants envers le peuple et k cela n’arrivera jamais au pays de mwezi gisabo où les leaders bien aimés font tout pour le bonheur du citoyen’. Ironie du sort: l’1 d’eux est en train de chialer se demandant sans douter comment va il recycler les matériaux de son ex salon et barzan réduits en gravats.
    Moralité: personne ne maîtrise le » système » ici ou ailleurs.

  4. Margarita

    Question:
    Ou peut se plaindre quelqu un à qui on détruit sa proprété alors qu il a toutes les autorisations?
    Kandi yaratanze n igiturire? Murazi ingene parcelles zihabwa mu Burundi?
    Il ya des buildings construits à moins de 150 mètres du lac Tanganyika. Zizosamburwa ryari?
    Le Rwanda, qui est aussi un pays sous développé que le Burundi indemnise les gens lorsqu’ils ont des titres valables.
    Ou mettez vouus, chers dirigeants la responsabilité de l Etat?
    Ni jewe Margarita

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