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Ave Budget 2026-2027, les corvéables à merci te saluent !

Dans la Rome antique, les gladiateurs entrant dans l’arène pour un combat à mort saluaient l’empereur, la main levée, avec une formule restée dans les mémoires : « Ave Caesar, morituri te salutant ! » — « Salut César, ceux qui vont mourir te saluent ! » Une formule de résignation, presque de défi. Elle résonne, étrangement, avec une actualité troublante.
Quittons ces temps-là et revenons à notre quotidien, fait de tracasseries entrecoupées de quelques éclaircies de bonheur. Je dis bien quelques.

À chaque annonce d’un nouveau projet de budget général de l’État — et c’est en passe de devenir une norme, presque un rituel —, de nouvelles taxes viennent s’ajouter aux anciennes. Une charge supplémentaire qui vient alourdir le fardeau du citoyen, passé maître dans l’art de la résilience, prenant les choses — ou tout ce qui lui tombe dessus — toujours du bon côté, quand il y en a.

Depuis une décennie, le Burundi vit au rythme du gel progressif des financements extérieurs. Replié sur lui-même, il ne compte plus que sur la mobilisation des ressources intérieures, avec des publicains assidus multipliant les réformes fiscales à un rythme soutenu. Sauf que la pression générée pèse, et se répercute inévitablement sur les contribuables et les ménages. Ils ne sont pas tous touchés de la même manière. Il y a des damnés — et il y a des exonérés.

Le projet de budget 2026-2027 ne déroge pas à la règle. La taxe minière passe de 7 % à 16 %. De nouvelles redevances administratives et surtaxes frappent plusieurs importations. Les recettes projetées frôlent les 6 296 milliards de francs burundais, contre 5 015 milliards l’année précédente. L’assiette fiscale s’élargit. Soit. Mais dans quel contexte ?

Celui d’une inflation débridée, avec un record de 40,9 % enregistré en mars 2025. Le pouvoir d’achat se retrouve en chute libre, mettant à genoux — pour ne pas dire à plat ventre — les ménages à faibles revenus, qui constituent la grande majorité de la population. Ce sont eux, précisément, qui absorbent le choc de chaque nouvelle taxe sans bénéficier des exonérations réservées à d’autres.

Face à un budget en hausse, l’espoir légitime serait de croire qu’il s’agit d’un budget de développement — que les services publics seront visibles, que le quotidien s’améliorera, que l’investissement atteindra enfin ceux qui en ont le plus besoin.

Mais la vigilance s’impose. Il ne faudrait pas qu’une bonne moitié, voire plus, du budget se retrouve engloutie dans des dépenses courantes aux justifications floues : hausses non motivées des charges de personnel, gonflements du fonctionnement, recours excessif à l’endettement intérieur. Ce serait, en somme, un budget de consommation déguisé en budget d’ambition.

Dans le projet présenté, certaines rubriques ont explosé. D’autres ont été décharnées, notamment dans des secteurs porteurs de croissance et de transformation sociale qui auraient pourtant dû être prioritaires. Les arbitrages effectués méritent explication. Les citoyens — contribuables de première ligne — ont le droit de savoir pourquoi.

Il y a, certes, un élan vers les dépenses d’investissement, en hausse depuis le budget 2025-2026. C’est une direction encourageante. Pourvu que ça dure. Pourvu surtout que cette impulsion se traduise par des projets structurants concrets, et non par des projections sur papier glacé, des mirages — comme ces chantiers interminables, inachevés, décriés depuis des années.

Car tous ces desseins resteront des rêves, voire des cauchemars, sans rigueur dans l’exécution, sans transparence dans la gestion, sans une affectation réellement pensée des ressources en vue d’un changement durable.
Les gladiateurs du quotidien burundais ont la main levée. Ils saluent. Ils attendent, eux, autre chose que la mort annoncée de leur pouvoir d’achat.

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