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Agences de recrutement : « Le travailleur migrant burundais n’est pas une marchandise ».

Dans un communiqué du 10 octobre 2026, Edouard Bizimana, ministre des Affaires étrangères, a pris des mesures suspendant, à partir du 12 décembre 2026, l’agrément des agences officielles de recrutement des travailleurs migrants burundais. Pour Vianney Ndayisaba, coordinateur de l’Aluchoto, ces mesures sont nécessaires mais pas suffisantes. Il faut protéger les travailleurs déjà recrutés et dissoudre les agences défaillantes.

Le ministre Edouard Bizimana n’y va pas par quatre chemins. Son souci est de renforcer la protection des travailleurs migrants burundais, la transparence des opérations de recrutement et le respect des règles applicables. « A compter du 12 décembre 2026, le ministère suspend la réception de nouveaux dossiers de demande d’agrément des agences de recrutement de la main-d’œuvre burundaise à destination de l’étranger jusqu’à nouvel ordre », lit-on dans le communiqué.

Selon le même communiqué, les agences dont les irrégularités sont dûment établies dans l’exercice du recrutement, du placement ou du suivi des travailleurs migrants burundais sont suspendues jusqu’à nouvel ordre, à compter de la date du présent communiqué.

Par ailleurs, M. Bizimana interdit aux agences de recrutement agréées d’envoyer ou de placer des travailleurs migrants burundais dans des « méga-compagnies » ou grandes entreprises sans que le travailleur migrant ne sache l’employeur effectif, le poste de travail, les conditions contractuelles, le lieu réel de travail, le mécanisme de supervision ainsi que les garanties de protection et de suivi.

« Aucune agence ne peut procéder au déploiement massif de travailleurs burundais auprès d’une « méga-company » ou par l’intermédiaire de celle-ci lorsque le dispositif ne permet pas d’identifier clairement l’employeur effectif de chaque travailleur, le lieu réel de travail, la nature du poste, la rémunération, les conditions de logement et de transport ainsi que le mécanisme de prise en charge des plaintes et de protection des travailleurs », insiste-t-il.

Des sanctions sont prévues

Selon toujours le communiqué, les agences de recrutement sont tenues de s’abstenir de tout placement spéculatif ou massif de candidats, notamment lorsque les travailleurs sont recrutés sans garantie suffisante quant à leur affectation effective, à leur contrat de travail et à leurs conditions réelles d’emploi. « Toute agence qui va passer outre ces mesures s’expose aux mesures administratives prévues par la réglementation en vigueur, sans préjudice des autres responsabilités éventuellement encourues ».

Le ministre Bizimana invite les travailleurs migrants et les candidats au départ à ne remettre leurs documents, à ne payer aucun frais et à ne procéder à aucune démarche de voyage qu’après vérification de leurs agences, de leurs contrats de travail, de leurs employeurs effectifs et des conditions de leur placement. « Le travailleur migrant burundais n’est pas une marchandise ».

Selon le chef de la diplomatie burundaise, toute opération de recrutement et de placement doit avoir pour finalité première de garantir un emploi régulier, décent, transparent et sécurisé ainsi que la protection effective du travailleur burundais à l’étranger.

En outre, il fait savoir qu’il poursuivra les contrôles et prendra, à l’encontre des opérateurs qui ne respecteraient pas les règles applicables, les mesures administratives appropriées conformément à la réglementation en vigueur.

Enfin, le ministre Bizimana sollicite l’appui de toutes les institutions nationales pour faire respecter ces mesures et sévir contre tout contrevenant.

Iwacu a contacté certains responsables des agences de recrutement mais, ils se sont gardés de tout commentaire.


Réaction

Vianney Ndayisaba : « Des mesures salutaires, mais… »

« Je salue les mesures suspendant l’agrément des agences de recrutement de la main-d’œuvre burundaise à destination de l’étranger, à partir du 12 décembre 2026 », s’est réjoui le coordinateur de l’Association de lutte contre le chômage et la torture (Aluchoto), au cours d’une conférence de presse tenue le samedi 17 octobre 2026 à Bujumbura.

Selon lui, ce recrutement viole les textes juridiques internationaux de protection des droits de l’Homme et expose les travailleurs aux mauvais traitements. Il fait observer que plusieurs travailleurs partent sans savoir ni le type de travail qu’ils vont exercer, ni le montant de rémunération.« Certains perçoivent 60% de la rémunération et les 40% reviennent à l’agence qui les recrutés. C’est de l’exploitation, une sorte de trafic des êtres humains ».

Il fait savoir que plusieurs travailleurs, surtout les jeunes filles, témoignent avoir subi des violences sexuelles de la part de leurs patrons.

Dans son rapport de janvier 2025 à mai 2026, Vianney Ndayisaba dénombre 12 femmes tuées en Omann, plus de 150 travailleurs migrants burundais ayant subi de mauvais traitements et plus de 90 détenus illégalement.

Il fait aussi observer que soixante-quatorze Burundais se sont confiés à l’Aluchoto pour des cas d’escroquerie et d’extorsion de la part de certaines agences de recrutement. Il y a aussi quatre travailleurs retournés au pays détenus par les agences qui les ont recrutés leur intimant l’ordre de rembourser les frais qu’elles ont payés pour eux.

« Je demande au procureur général de la République de diligenter des enquêtes auprès de chaque agence de recrutement pour apporter une lumière sur ces cas d’escroquerie et d’extorsion afin que les victimes soient rétablies dans leurs droits », a plaidé M. Ndayisaba.

Le coordinateur de l’Aluchoto propose la mise en place d’une structure étatique chargée du recrutement et du suivi de ces travailleurs pour une bonne protection des droits de ces derniers.

Ndayisaba reconnaît que certaines agences sont dirigées par de personnalités influentes. Il encourage le ministre des Affaires étrangères à pousser plus loin en interdisant définitivement ces agences de recrutement. « Nous avons l’habitude de voir qu’un responsable qui prend une bonne mesure est destitué. Qu’il reste ferme sur sa décision !».

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