Un stéréotype persistant associe les femmes batwa à la guérison des maux de dos. Certaines femmes de la colline Rwamvura, en zone Kigamba de la commune Ruyigi, disent avoir été confrontées à des hommes qui s’appuyaient sur cette croyance pour leur faire des propositions sexuelles.
M.B., une femme de la communauté batwa, souligne qu’elle entend régulièrement cette affirmation. Elle est catégoriquement contre et appelle ceux qui la véhiculent à y renoncer. « Les personnes qui ont ce genre de mentalité devraient abandonner ces idées. Nous savons que lorsque nous sommes malades, nous allons nous faire soigner chez le médecin. Nous n’avons aucun médicament en nous pour guérir les maladies ».
Jeanne Nsengiyumva raconte avoir, elle aussi, reçu des sollicitations de la part des hommes qui lui parlaient de cette prétendue capacité des femmes batwa à guérir les maux de dos. Elle dit ne pas comprendre l’origine de cette croyance. « Ça n’a aucun fondement. Nous n’avons aucun médicament en nous pour guérir une maladie ».
Pour Daphrose Nizigamana, une femme très âgée, ces sollicitations ne sont pas nouvelles. Elle fait savoir qu’on lui en faisait déjà lorsqu’elle était jeune. « Quand j’étais jeune, certains hommes issus d’autres ethnies m’ont proposé d’avoir des relations sexuelles en avançant cette croyance, mais je n’ai jamais accepté. »
Elle appelle les personnes qui entretiennent encore ce stéréotype à changer leur regard sur les Batwa. « Nous sommes des personnes comme les autres. Il faut nous considérer au même titre que les personnes des autres ethnies et ne pas nous discriminer. »
D’autres préjugés visent la communauté
En plus de ce stéréotype, les Batwa dénoncent d’autres préjugés auxquels ils restent confrontés. Selon Mme Nsengiyumva, certains les présentent notamment comme des personnes sans éducation, incapables de vivre avec les autres communautés ou encore comme des voleurs. Ces perceptions contribuent à la marginalisation des Batwa et rendent davantage difficile leur intégration dans la société
Pour Joël Icitegetse, chef de sous-colline, ces généralisations ne correspondent pas à la réalité. Il rejette notamment l’idée selon laquelle les Batwa seraient des voleurs. « On ne peut pas généraliser à partir d’une ou de deux personnes que l’on aurait vues voler. Les Batwa sont comme les autres même s’ils sont particulièrement touchés par la pauvreté. »
Il explique que, malgré le manque de terres à cultiver, ils cherchent des moyens de travailler. Une fois les parcelles dont ils disposent exploitées, ils se tournent vers leurs voisins qui possèdent davantage de terres afin d’y travailler. En contrepartie, ils reçoivent une rémunération.
Des signes d’évolution dans les relations
Malgré la persistance de ces préjugés, Barnabé Ngendakumana estime que les relations entre les Batwa et les autres communautés ont évolué. «. Il y a une évolution, car aujourd’hui, il y a des mariages entre les Batwa et les deux autres ethnies. »
Il cite comme exemple un mariage que vient de contracter sa fille. « Ma fille s’est récemment mariée avec un homme hutu. Nous partageons parfois même la bière ensemble. On voit qu’il y a une évolution. »
Aline Nshimirimana, une femme non mutwa et habitant près de cette communauté témoigne de l’évolution des relations entre cette communauté et les autres habitants. « Nous vivons très bien avec eux. Il n’y a pas de discrimination. Lorsque nous avons des travaux à faire ou des champs à cultiver, nous les appelons pour qu’ils viennent travailler pour nous. Une fois le travail terminé, nous les payons pour ce qu’ils ont fait. ».
Elle explique que les attitudes envers la communauté batwa ont évolué au fil du temps. Autrefois, les Batwa étaient victimes de discrimination. « Les membres des autres communautés ne pouvaient même pas partager un repas avec eux. » Aujourd’hui, elle estime que ces comportements ont progressivement changé et les relations entre les communautés sont devenues plus harmonieuses.
Une perception à déconstruire
Gérard Sindaharaye, conseiller au département Genre dans la commune Ruyigi, fait savoir que les stéréotypes visant la communauté batwa ne reposent sur aucun fait objectif. « Ceux qui continuent à véhiculer ces stéréotypes le font sans fondement. Personne n’a jamais témoigné qu’il est guéri de son mal de dos après avoir eu des rapports sexuels avec une femme mutwa. »
Il invite par ailleurs les membres de la communauté batwa à ne pas s’auto-discriminer. Selon lui, ils doivent se considérer comme des citoyens à part entière et ne pas avoir le sentiment d’appartenir à une communauté vivant à part dans le pays.
Pour Emmanuel Nengo, représentant légal de l’association Unissons-nous pour la promotion des Batwa (Uniproba), cette croyance trouve notamment son origine dans les discriminations auxquelles les Batwa étaient autrefois confrontés. À cette époque, les mariages entre les membres des autres communautés et ceux de la communauté batwa étaient mal acceptés par la société. Lorsqu’un homme éprouvait des sentiments pour une femme mutwa, il pouvait ainsi lui proposer une relation sexuelle sans envisager le mariage par crainte du regard de son entourage.

Selon Nengo, lorsque de telles relations étaient découvertes, certains hommes auraient alors invoqué la croyance selon laquelle les rapports sexuels avec une femme mutwa permettaient de soulager ou de guérir les maux de dos. Répétée au fil du temps, cette explication aurait fini par être considérée comme une réalité par certaines personnes.
Il estime que cette croyance continue aujourd’hui à entretenir des discriminations envers les Batwa. Pour y faire face, l’Uniproba mène notamment des actions de sensibilisation auprès des jeunes filles batwa afin de les informer sur le caractère infondé de cette croyance et de les encourager à ne pas céder aux sollicitations fondées sur ce prétexte.
Louange Nezerwe
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