Le président de la chambre basse du Parlement n’y va pas par quatre chemins. « C’est incompréhensible que les recommandations de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes ne soient pas suivies d’effet. Si vous nous dites qu’elles n’ont pas été mises en œuvre, nous allons commanditer un audit avec éventuellement des sanctions », a-t-il déclaré au début de la semaine mois de septembre lors de la présentation par le ministre de la Santé publique du rapport définitif d’audit sur la gestion de la Centrale d’achat des médicaments du Burundi (Camebu).
Le député Ndabirabe s’insurge contre les pertes enregistrées par les entreprises publiques. Il estime que cette situation est due à la manière dont certaines entreprises publiques sont actuellement gérées.
« Notre pays est riche, mais il y a de mauvais gestionnaires dans différentes entreprises, surtout les entreprises dans lesquelles l’Etat a investi beaucoup de capitaux. Elles sont mal gérées. Certains se contentent de voler. Ils achètent des véhicules, d’autres construisent des maisons en étages comme ils veulent ».
Pour le président de l’Assemblée nationale, la mauvaise gestion de ces entreprises publiques cause un grand manque à gagner à l’Etat.
« Les sociétés paraétatiques dans lesquelles le gouvernement investit continuent ainsi d’enregistrer d’importantes pertes. Il faut oser le dire. C’est une très mauvaise gestion. Certains disent qu’ils existent des fonds irrécupérables mais c’est vraiment inacceptable. »
Réactions
Léonce Ngendakumana : « Il faut passer à l’action »
Cet ancien président de l’Assemblée nationale trouve justes les propos de l’actuel président de l’Assemblée nationale.

Il tient à rappeler que, dans un Etat démocratique, le peuple est souverain. Selon lui, le peuple exerce cette souveraineté soit directement par le biais du référendum, soit indirectement par le biais de ses représentants conformément au prescrit de l’article 7 de la Constitution de la République du Burundi.
« La gestion des entreprises publiques ou parapubliques entre dans cette deuxième partie des missions des élus du peuple, à savoir le contrôle de l’action gouvernementale ».
Pour Léonce Ngendakumana, l’Assemblée nationale devrait procéder à des sanctions au-delà des simples déclarations. Elle doit agir pour protéger les intérêts du pays et partant les intérêts du peuple burundais.
« Elle doit passer à l’action, soit s’informer auprès du même membre du gouvernement par le biais des questions orales ou écrites, le cas échéant par la mise en place d’une commission parlementaire d’enquête pour établir les faits parce que l’Assemblée nationale doit statuer sur base des faits concrets et non sur la rumeur ».
Lorsque les enquêtes prouvent réellement qu’un membre du gouvernement est défaillant, insiste M. Ngendakumana, la Constitution de la République du Burundi et le règlement d’ordre intérieur de l’Assemblée nationale prévoient que cette dernière vote une motion de défiance à l’encontre de ce ministre.
« Dans ce cas, soit le ministre démissionne de lui-même, soit il est démis de ses fonctions par une décision du président de la République ».
Faustin Ndikumana : « Ces entreprises affichent une faible performance »
« On constate une gestion défaillante, un coût de production élevé et un manque de compétitivité, une faible innovation et adaptation à l’environnement », s’indigne le directeur national de l’association Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités (Parcem).

Il énumère les causes profondes de la mauvaise gestion des entreprises publiques au Burundi notamment la politisation des nominations. Selon lui, les cadres au sein des Conseils d’administration et de direction sont nommés sur base des critères politiques. « Ce n’est ni l’expertise, ni l’expérience de la personne en question qui est mise en avant. Il n’y a pas de contrat de performance, d’obligation de résultats pour verser les dividendes à l’Etat », se désole-t-il.
En outre, M. Ndikumana évoque la corruption et l’enrichissement illicite qui se font dans l’impunité totale. « La déclaration des biens n’est pas respectée alors que la loi impose aux cadres de le faire ».
Il épingle aussi la non maîtrise du cahier des charges et un personnel pléthorique, le manque d’enquête quand il y a des cas de détournement constatés.
« Il faut que la Cour des comptes ait des moyens suffisants pour exiger le dépôt des bilans de ces entreprises pour la certification de leurs comptes ».
Acher Niyonizigiye : « Il faut passer par des audits »

Acher Niyonizigiye, expert en leadership, fait savoir qu’il y a des facteurs internes et externes qui influencent la réussite ou l’échec d’une entreprise.
Selon lui, il est difficile de savoir pourquoi une entreprise paraétatique ne parvient pas à générer des profits si on n’analyse pas la réalité concrète de cette entreprise. « Il faut absolument passer par des audits pour bien comprendre les causes de cet échec entrepreneurial ».
Si les causes sont internes, fait-il observer, on propose des solutions internes. Par contre, si les causes sont externes, c’est-à-dire liées à l’environnement du travail, des affaires, sans un changement au niveau de cet environnement, il va être très difficile de faire fructifier ces sociétés.
Pour cet expert, la mauvaise gouvernance fait partie de ces facteurs mais les défis environnementaux sont aussi à considérer.
« Les leaders des sociétés paraétatiques ont la responsabilité de générer des profits pour l’Etat ».
Et quand cela ne marche pas, recommande-t-il, ces leaders ont l’obligation d’informer l’Etat sur les causes de cet échec et suggérer ce que l’Etat doit faire pour que ces sociétés puissent produire des profits.
Par ailleurs, ajoute M. Niyonizigiye, l’Etat doit aussi faire ses propres analyses et combiner les recommandations des chefs d’entreprises avec les audits externes dans le but de bien comprendre les causes de ces échecs. « C’est cela qui permettra à l’Etat de prendre les bonnes décisions ».
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