Cela fait déjà deux ans que la politique de ‘’Zéro enfant mal assis’’ est annoncé par le ministre de l’éducation nationale François Havyarimana. C’était lors du lancement officiel de l’année scolaire 2025-2026, le 15 septembre 2025, au Lycée Buhiga, de la commune Ngozi, province Butanyerera. 14 septembre 2026, elle n’est pas encore réelle sur terrain. Les bancs pupitres manquent encore.
A Rumonge, par exemple, sur un besoin de plus de 14mille bancs pupitres, quelques 2000 seulement ont été fabriqués selon Jean Hatungimana directeur communal de l’enseignement. Comme un des remèdes, il indique qu’une pression est en train d’être exercée sur le gagnant du marché afin d’accélérer la fabrication les bancs pupitres dans cette commune. Il ajoute que plus de 7000 bancs pupitres réfectionnés à partir des bancs détruits sont déjà disponibles. « Les élèves pourront avoir où s’asseoir en entendant que ces bancs soient fabriqués.» Il promet que la politique de « Zéro enfant mal assis » sera effective dans sa commune scolaire au cours de cette année scolaire.
Les parents ne se laissent pas embarqués « C’est un mensonge. Nos enfants apprennent dans des mauvaises conditions alors que nous avons entendu qu’il y a eu de l’argent attribué par le gouvernement pour la fabrication des bancs pupitres », critique I.K, un parent rencontré dans la ville de Rumonge. Pour lui, le mieux serait de donner ce marché à plusieurs ateliers de fabrication. « Mais, on a préféré attribuer le marché aux proches des cadres ou des militants du parti. Et voilà, le résultat. » Il dénonce de la corruption et du népotisme autour de la fabrication des bancs pupitres.
En attendant, dans les écoles, on trouve des enfants assis à cinq voire six sur un seul banc pupitre. Ce qui complique l’apprentissage pour ces enfants.
A Gitega, certains parents en font les frais
A première vue, les salles de classe affichent complet et les élèves sont rangés par rangées alignées. Pourtant, dès que l’on franchit le seuil de certains établissements, le tableau s’assombrit. Si la politique gouvernementale du « zéro enfant mal assis » visait à garantir des conditions d’apprentissage dignes pour tous, son coût réel retombe souvent sur les épaules des parents, en particulier ceux dont les enfants redoublent ou changent d’établissement.
Dans les couloirs des écoles, les parents dénoncent une grande disparité de pratiques d’un établissement à un autre. « Quand j’ai voulu réinscrire mon fils pour son redoublement, la direction m’a demandé 20 000 BIF pour le banc-pupitre », confie Jean-Marie Nahayo père de famille croisé devant un portail d’école.
D’après lui à deux kilomètres du nouvel établissement de son fils pour la même démarche, un voisin s’est vu réclamer 50 000BIF. « On nous parle d’une mesure nationale et de gratuité, mais au final, c’est nous qui finançons le mobilier. Pour nos ménages, c’est un véritable fardeau !»
Un sentiment d’injustice partagé par beaucoup. Si les parents interrogés affirment ne pas s’opposer par principe à contribuer au développement des structures qui accueillent leurs enfants, ils dénoncent le caractère arbitraire et l’incohésion de ces frais d’entrée. « Nous ne combattons pas l’effort de participation à l’école .Mais que le gouvernement fasse du zéro enfant mal assis son cheval de bataille et que nous payons pour avoir un banc, c’est contradictoire », nuance Claudine Niyonizigiye venue transférer sa fille.
Une situation qui n’est pas identique dans la ville de Bujumbura. Dans certains établissements visités, le problème de banc pupitre ne se pose pas beaucoup.
Et les enseignants ?

Que ça soit à Rumonge, à Gitega ou à Bujumbura, le problème des enseignants est réel. A Rumonge, on signale qu’il y a eu beaucoup de départs vers les pays du Golfe. Pour ces cinq dernières années, certaines sources parlent d’une centaine d’enseignants déjà partis et qui doivent être remplacés.
Contacté, Augustin Minani, administrateur de la commune tranquillise. « Notre commune ne connaîtra pas de problèmes de manque d’enseignants au cours de cette année scolaire. » Il indique que sa commune vient de réaffecter 129 enseignants après la mise en application de l’ordonnance ministérielle sur la fusion des sections dont l’effectif d’élèves n’atteignent pas 15 élèves dans une seule classe du post fondamental et 25 élèves dans une classe du fondamental.
Il ajoute d’ailleurs qu’environ 200 nouveaux enseignants qui seront recrutés combleront ce manque d’enseignants. « Les enseignants redéployés regagneront aussi leurs anciennes écoles d’affectation. » Il signale néanmoins que le nombre des enseignants vacataires qui était de plus de 300 enseignants vacataires seront sensiblement réduits avec le recrutement des nouveaux enseignants.
A Bujumbura, les directeurs sont en peu réticents pour évoquer ce dossier des départs d’enseignants. Sous couvert d’anonymat, un enseignant d’un des établissements à régime d’internat à Bujumbura a confié que trois enseignants ont déserté et sont partis à l’étranger. « Aujourd’hui, un seul a été remplacé. Pour le reste, la direction fait recours aux vacataires qui ne sont pas malheureusement stables. »
A l’Ecole d’excellence de Ngagara, un responsable a évoqué trois départs. « Nous avons déjà demandé leurs remplacements et nous avons une promesse de deux nouveaux enseignants. » Comme solution, il confie qu’on fait la réaffectation des cours. « Et là, certains enseignants se retrouvent en peu surchargés. »
Le déplacement devenu un casse-tête

La question se pose principalement à Bujumbura et Gitega. « Pour être à l’heure, je dois me réveiller au moins à 5 h 30 pour aller attendre le bus. Et là, j’y passe souvent une heure. Si par chance, il y en a, tant mieux. Mais, ce n’est pas toujours garanti », confie un enseignant sur une école de Mukaza et qui habite à Rubirizi. D’après lui, avec cette rentrée scolaire, le déplacement est devenu un casse-tête et c’est très cher. « Si tu ne parviens pas à avoir un bus, tu dois monter à bord des taxis qu’on appelle Cangacanga. Et là, tu paies 5000BIF. Alors, imagines que cela t’arrive quatre jours par semaine, c’est 40 mille BIF. »
Sur les parkings, même si la priorité est accordée aux élèves, eux aussi se déplacent difficile. Anitha doit quitter Carama vers son établissement au centre-ville. Elle confie que c’est à 5 heures qu’elle doit être prête à aller attendre le bus pour ne pas être en retard. « Car, le salut du drapeau est à 7 h 30. Et attendre le bus peut me prendre une heure. » Depuis la rentrée scolaire, elle a déjà été en retard deux fois. Ce qui se complique encore dans l’après-midi quand il est temps de rentrer. « Au centre-ville, c’est dur. Il y a rarement de bus et avec le soleil accablant, la faim, il nous est très difficile de faire la queue. »
L’autre problème est l’insuffisance des bus scolaires. « D’habitude, on mettait nos enfants dans des bus scolaires mais aujourd’hui, suite au manque du carburant, ils sont rares. Même ils ont revu à la hausse le prix. On n’a pas de choix : je prends mes enfants et on marche », raconte un parent, croisé sur le boulevard du Peuple Murundi, avec ses deux garçons. Avant de continuer son chemin, sœur au front, il confie que ses enfants doivent se résigner : « Ils doivent apprendre à marcher, à vivre avec cette situation. Si je parviens à leur offrir à manger, l’abri, … le reste, on se résigne. Mes moyens ne permettent pas de vivre autrement dans cette situation de cherté de la vie, manque du carburant, etc. »
« Le pouce au passage du moindre véhicule »
Au lever du jour, le long de la chaussée menant du centre-ville de Gitega vers les quartiers périphériques, et les milieux périphériques voire même à plus de 20kilometres, le même spectacle désolant se répète chaque matin.
Des grappes d’élèves en uniforme, le sac à dos et des enseignants, registre sous le bras, tendant désespérément le pouce au passage du moindre véhicule.
La rentrée scolaire, qui devrait être un moment d’enthousiasme, s’est transformée en une course d’obstacles quotidienne en raison d’une pénurie de carburant devenue quasi structurelle.
Dans la capitale politique, la rareté de l’essence et du mazout a drastiquement réduit le nombre de bus en circulation et de taxis-motos, provoquant une hausse spectaculaire du prix du trajet.
Pour le personnel enseignant, dont le traitement mensuel reste très modeste selon eux, cette situation crée une impasse financière et logistique intenable. « Je me lève toujours à 4h du matin pour espérer arriver à l’heure. Bientôt c’est cinq ans que je tire le diable par le queue », déplore Oscar Nininahazwe, une enseignante qui fait toujours 40km chaque jour de travail.
Pour ceux qui enseignent dans des établissements éloignés de leur domicile, se rendre au travail relève désormais du défi. Les rares transporteurs qui roulent encore ont ajusté leurs tarifs à la hausse pour compenser le coût du carburant sur le marché informel. « Avec ce que je touche à la fin du mois, il m’est tout simplement impossible d’assumer ces nouveaux tarifs », confie Louis Habonimana, professeur dans un lycée de la Gishubi. « Si je dois payer chaque jour le tarif exigé actuellement, plus du tiers de mon salaire passe uniquement dans le déplacement. C’est un calcul impossible quand on a une famille à nourrir.»
D’après nos sources, la routine des enseignants repose désormais sur la marche à pied sur de longues distances ou l’auto-stop au bord des routes. Mais ces alternatives ont un coût humain immédiat : les retards systématiques et l’épuisement. « Nous n’avons pas d’autres choix malheureusement c’est notre quotidien », raconte une mère enseignante.
Ce qui se répercute directement sur l’apprentissage en classe. D’après nos sources, un enseignant qui a marché pendant plus d’une heure ou qui a passé deux heures au bord de la route dans l’incertitude commence sa journée de travail physiquement et mentalement entamé. Un directeur d’école secondaire de la zone Maramvya qui vit dans la ville ce Gitega, ne cache pas son inquiétude face à cette dégradation des conditions de travail : « Quand un enseignant arrive en classe en retard, stressé et physiquement épuisé par un trajet éprouvant, il ne peut tout simplement pas donner le maximum de lui-même. La concentration baisse, la patience s’amenuise et les premières heures de cours sont souvent perturbées. Ce sont les élèves qui en pâtissent au premier chef. »
Même en ville de Gitega, les enfants subissent le même calvaire. Beaucoup doivent parcourir des kilomètres et des kilomètres à pied pour pallier l’absence de transport en commun, arrivant en cours essoufflés et fatigués avant même d’avoir ouvert leurs cahiers. « J’ai un taxi motard qui était censé m’amener seul à l’école mais matin et midi nous sommes toujours à quatre sur sa moto. J’ai peur qu’un jour nous finirons par avoir un accident. Il a un contrat avec beaucoup de parents et il est obligé de rouler trop vite pour honorer tous ses contrats », déplore Ignace Ishimwe.
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