Au cœur de la province de Gitega, cette école est réputée pour former les techniciens de demain dans des filières cruciales pour le développement national. Elle fait malheureusement face à une réalité implacable et silencieuse : le manque d’enseignants qualifiés en électricité industrielle et en électromécanique.
Sur les sept professeurs titulaires exigés par le programme pédagogique afin d’encadrer ces deux sections techniques, seuls deux sont permanents. D’après les autorités de l’école, ce ratio fragilise toute la structure pédagogique. Elles font savoir que chaque semaine, l’emploi du temps global cumule 147 h de cours théoriques et pratiques. De ce total, pas moins de 106 h demeurent sans enseignants à temps plein.
Afin d’éviter une année blanche ou des retards dans l’exécution des programmes, les autorités n’ont d’autre choix que de recourir à des professeurs vacataires.
Un manque à gagner considérable
Gérard Nibigira, directeur de cette école, informe que chaque professeur vacataire est rémunéré à hauteur de 3 000 FBu par heure. Ce qui représente une charge hebdomadaire de 344 000 FBu à laquelle s’ajoutent 80 000 FBu d’indemnités de déplacement chaque mois. L’école paye en tout cinq professeurs.
Il estime que cet important décaissement représente un manque à gagner considérable pour cette école à régime d’internat aux ressources déjà faibles. Les subventions du gouvernement restent fixes et ne prennent pas en compte ces dépenses colossales supplémentaires. « Cet argent devait initialement servir à l’achat du matériel didactique pour nos ateliers et au financement des autres besoins de fonctionnement », déplore le directeur.
Une organisation pédagogique chamboulée
En plus du gouffre financier, c’est toute l’organisation pédagogique qui se trouve chamboulée. Ce sont souvent les vacataires qui dictent eux-mêmes les heures et les jours de présence en fonction de leurs propres agendas professionnels. Ce qui bouleverse la stabilité des programmes scolaires. En outre, le suivi pédagogique fait cruellement défaut puisque ces cours sont dispensés le soir au moment où les autorités de l’établissement ont déjà quitté les lieux. Cela prive en effet à l’école un contrôle rigoureux de la qualité de l’enseignement.
Les élèves ne cachent pas leur découragement face à ce rythme exténuant. « Les horaires changent constamment au gré de la disponibilité des professeurs », confie un élève en deuxième année d’électromécanique. Un sentiment partagé par son camarade inscrit en électricité industrielle. Il estime que le professeur arrive parfois fatigué de sa journée passée dans un autre établissement. « On a l’impression d’avancer à pas de tortue. Pour les ateliers pratiques, c’est encore plus compliqué. »
Les autorités scolaires qualifient amèrement l’ETS David et MAE Kellum de lieu de transit. Des professeurs y affectés finissent par plier bagage pour aller travailler là où les conditions salariales sont plus attractives. Des voix se multiplient pour exiger un plan national de formation massive des professeurs techniques.
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