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BRB : Sept ans de travaux et toujours pas de siège

Lancé en janvier 2019, le chantier de construction du siège de la Banque de la République du Burundi (BRB) reste inachevé et les travaux sont loin d’être terminés. La fin des travaux avait été annoncée pour août 2026. Les conséquences de la Covid-19, les difficultés d’approvisionnement, les retards des financements, la hausse du coût des matériaux de construction, la mauvaise planification, etc. sont indexés pour expliquer ce retard.

Sur la route Rumonge, tout près du ministère de la fonction, le chantier du bâtiment devant abriter le siège de la BRB est particulièrement imposant. Érigé sur une parcelle de 36000 m², les travaux semblent s’enliser depuis plusieurs mois. À l’intérieur du site, aucun mouvement apparent de maçons ou de machines ne laisse entrevoir une activité soutenue.

Pour la population, il n’y a pas de doute que la lenteur dans l’exécution des infrastructures publiques est devenue le modus operandi du gouvernement. « Si je ne me trompe pas, ce chantier a débuté en même temps que celui du siège de la Bancobu. Mais, actuellement, le siège est opérationnel tandis que l’autre n’en est même pas à la mi-chemin. C’est la honte ! », regrette un citoyen de la ville de Bujumbura qui a requis l’anonymat, ajoutant qu’il est fort probable que ce chantier ne soit pas opérationnel avant la fin de l’année. « Si tu vois le rythme des travaux, ça n’augure rien de bon. Regarde le marché central dont on annonce la reconstruction depuis maintenant une décennie !»

Et pourtant, le 5 novembre 2025, le vice-président de la République, Prosper Bazombanza, avait effectué une visite sur le chantier pour s’enquérir de l’état d’avancement des travaux. Dans la foulée, il s’était dit satisfait « de l’étape franchie » dans la construction, avec un taux de réalisation de 65% tout en annonçant que les travaux débutés en janvier 2019, allaient se terminer en août 2026.

« La faute à la Covid-19 »

Bellarmin Bacinoni, chargé de la communication et porte-parole de la BRB renvoie la faute à la pandémie de Covid-19 et ses conséquences sur l’économie du pays. « Durant cette période, la mobilité des personnes et des biens ayant été fortement perturbée, certains matériaux nécessaires n’ont pas pu être importés dans les délais prévus ». Il ajoute que cette situation a entraîné des retards par rapport au calendrier contractuel initial et a nécessité sa révision entre les différentes parties prenantes.

Il assure toutefois que la situation a évolué favorablement malgré le constant sur le terrain. « Aujourd’hui, nous sommes satisfaits de constater que l’essentiel des matériaux et des équipements nécessaires au chantier sont déjà sur place ou en cours de livraison ».

Selon lui, les travaux de maçonnerie et de couverture sont désormais achevés. Le chantier entre ainsi dans une nouvelle phase consacrée principalement aux travaux intérieurs. Ceux-ci portent notamment sur la pose des marbres, le cloisonnement, la tuyauterie, les enduits et la peinture.


Réactions

Faustin Ndikumana : « Le pays risque de devenir un terrain des chantiers inachevés »

Pour le directeur national de Parcem, la lenteur dans l’exécution des infrastructures publiques est devenue récurrente, au point de faire craindre que le Burundi ne se transforme en « terrain de chantiers inachevés ».

Selon lui, les causes remontent d’abord au système de passation des marchés publics, qu’il juge « maintes fois opaque ». Le choix des entreprises chargées d’exécuter les contrats ne serait pas toujours suffisamment transparent. Il évoque également de possibles connivences entre l’autorité contractante, représentée par l’État, et les entreprises exécutantes.

Une fois le marché attribué, chaque partie doit pourtant honorer ses engagements. L’État doit notamment mettre les fonds à disposition dans les délais et, lorsque les travaux nécessitent l’importation de matériaux, garantir les devises nécessaires. Les retards dans le financement ou l’accès aux devises peuvent ainsi ralentir considérablement les chantiers.

À cela s’ajoute la corruption, qu’il décrit comme étant « à pignon sur rue » au Burundi. Selon lui, certaines autorités peuvent exiger des paiements illicites à différentes étapes de l’exécution des contrats. Ces pratiques contribuent à multiplier les avenants, qui entraînent de nouvelles négociations, ainsi que des coûts et des délais supplémentaires.

Il reconnaît que la Covid-19 a pu perturber l’approvisionnement en matériaux, mais estime que cette explication ne suffit pas à justifier des retards qui se prolongent plusieurs années après la pandémie. « Si c’était la Covid, le chantier aurait pu avancer depuis 2023 ».

Cette situation risque, à ses yeux, de coûter cher au Trésor public. Plus les travaux s’éternisent, plus les avenants et les charges financières s’accumulent. Il cite notamment le projet de Jiji-Mirembwe, dont les travaux s’étendent sur plus d’une décennie.

Pour lui, le problème relève d’une « incapacité institutionnelle », liée au fonctionnement des institutions, à leur faible collaboration et à la corruption. Il regrette l’absence d’audits et d’inspections systématiques permettant d’établir les responsabilités et de prendre des mesures correctives. Des sanctions administratives ou des poursuites pénales devraient, selon lui, être engagées lorsque des irrégularités sont constatées.

Gabriel Rufyiri : « Les travaux sont lancés sans que toutes les conditions techniques et financières soient réunies »

Le président de l’Olucome estime que les retards et les malfaçons observés sur plusieurs chantiers publics s’expliquent notamment par le rôle central de l’Obuha dans la construction et la surveillance des infrastructures.

Il estime que la concentration de plusieurs responsabilités au sein de cette structure, ainsi que la faible implication des entreprises privées qualifiées, peuvent nuire à la qualité des travaux et au respect des délais. Lorsque la construction, le suivi et parfois la supervision relèvent d’un même dispositif, les mécanismes de contrôle peuvent devenir moins efficaces et les responsabilités plus difficiles à établir.

Il s’interroge également sur les textes régissant l’Obuha et sur le niveau de professionnalisme mobilisé dans l’exécution des projets. Pour Gabriel Rufyiri, la sélection des entreprises et des bureaux de surveillance devrait reposer sur des critères plus rigoureux, notamment l’expérience et les capacités techniques.

Il évoque aussi la longueur des procédures d’attribution des marchés, la qualification insuffisante de certaines entreprises, la hausse du prix des matériaux et le manque de financement. Les retards peuvent également être liés à une mauvaise planification, à l’absence de suivi régulier ou à des changements en cours d’exécution. Dans certains cas, les travaux sont lancés sans que toutes les conditions techniques et financières soient réunies, ce qui entraîne des interruptions prolongées.

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