Sur le terrain, les habitants de la zone Nyakabiga, dans la commune Mukaza, indiquent que les coupures se sont multipliées ces derniers temps alors qu’une telle situation y était inhabituelle auparavant.
«Nous n’avons jamais vécu une telle situation. Nous vivons dans le noir. Il est devenu difficile de rentrer chez nous pendant la nuit par peur des malfaiteurs, surtout pour ceux qui travaillent la nuit», s’indigne Jean Ndihokubwayo de cette zone.
Pour lui, la promesse de la Regideso de stabiliser l’approvisionnement en électricité à partir du 7 août n’a pas été tenue. « Nous voulons savoir ce qui n’a pas fonctionné. Nous avons vu l’ouverture des barrages. Nous pensions que l’électricité serait désormais disponible en quantité suffisante. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. »
À Nyabagere, dans la zone Kamenge, la situation est similaire. Selon les habitants, il peut s’écouler deux à quatre jours sans électricité. Ils affirment s’être désormais habitués à ces longues coupures devenues récurrentes dans leur quartier. « Nous avons constaté que cette situation ne concerne pas seulement notre quartier, mais également les quartiers voisins. C’est pourquoi nous avons fini par nous y habituer », témoigne Clovis Ndihokubwayo, boutiquier.
Des pertes économiques encaissées
Certains commerçants de la zone Gatumba, en commune Mutimbuzi, affirment avoir subi des pertes en raison de ces coupures répétées. Rencontré dans son atelier de soudure où il était assis les bras croisés, faute de travail, Juma Rachid, soudeur, indique que ses activités sont fortement perturbées par le manque d’électricité.
« Nous n’avons pas de travail pendant la journée. On dirait que la Regideso nous a imposé un horaire, car le courant est coupé vers 8 h du matin et ne revient que vers 18 ou 19 h. Et, cela se répète chaque jour. Je me retrouve à passer toute une journée sans travailler et je dois parfois récupérer quelques heures le soir. Mais, je ne peux pas souder pendant la nuit, car il y a des gens à côté qui veulent dormir paisiblement. »

Sous couvert d’anonymat, I. N., qui travaille dans une pâtisserie, affirme que les coupures répétées du courant électrique ont entraîné d’importantes pertes. Elle explique que la détérioration du lait, la dégradation des fromages ainsi que la baisse des revenus journaliers sont directement liées à ce manque d’électricité.
« À titre d’exemple, j’ai dû jeter 10 l de lait caillé qui s’était détérioré. C’est une perte énorme, car ce lait ne peut être conservé que dans un réfrigérateur. Actuellement, je ne vends plus de lait caillé. Je vends plutôt du lait chaud que je dois régulièrement réchauffer pour éviter qu’il ne se détériore. Partant, mes revenus ont considérablement diminué durant cette période. »
Ces commerçants appellent la Regideso à prendre des mesures pour mettre fin à ces coupures répétées. « Ces activités constituent notre seule source de revenus. Nous travaillons pour subvenir aux besoins de nos familles. Je suis père de famille et tout le monde compte sur moi. Lorsque je ne parviens pas à gagner suffisamment d’argent pour nourrir ma famille, c’est la famine qui risque de s’installer dans mon foyer. »
Projet « Asent » : une solution durable
Le directeur général de la Regideso, Albert Manigomba, explique que les coupures d’électricité devraient se stabiliser à 100 % du niveau souhaité par la Regideso après l’achèvement du projet « Asent ». Selon lui, ce projet permettra de résoudre les principaux problèmes à l’origine de ces coupures.
« C’est une question technique. Même si nous avons construit beaucoup de centrales, les coupures d’électricité persistent. C’est vrai. Nous avons construit des lignes de transport et multiplié par quatre la production. Mais, du côté de la distribution, nous n’avons pas encore réalisé les réhabilitations nécessaires. Les lignes de distribution dont nous disposons actuellement datent des années 1960. »
Il ajoute qu’avec l’accroissement de la population et l’extension de la ville de Bujumbura, les lignes de transport électrique sont aujourd’hui fortement sollicitées.
Selon lui, certaines lignes qui avaient été conçues pour transporter 2 MW doivent désormais en transporter 4 ou 5 MW. Elles dépassent ainsi leur capacité initiale.
« C’est ce qui cause ces pannes fréquentes. Pour que ces problèmes soient complètement résolus, il faut que le projet Asent arrive à son terme. »
Manigomba rappelle également que tous les barrages construits dans le cadre du renforcement de la production électrique sont désormais achevés et opérationnels.
« Kabu 16 est déjà fonctionnel et fournit 20 MW, Ruzibazi fournit 15 MW. Rusumo, Jiji, Murembwe et tous ces barrages fonctionnent bien. Les projets ont été réalisés et nous sommes maintenant en train de trouver des solutions aux problèmes techniques qui sont à l’origine de ces coupures d’électricité. »
Une durée de 3 ans
Le directeur général de la Regideso précise que le projet « Asent » est déjà en cours de mise en œuvre et va durer 3 ans. Selon lui, ce projet permettra de résoudre durablement les perturbations de l’électricité, grâce à la disponibilité de la production et à la réhabilitation du réseau de distribution.
Il indique que plusieurs marchés ont déjà été attribués, notamment celui relatif à la construction et au renforcement des lignes de transport à l’intérieur du pays. « Le marché a été gagné depuis le 1er août. Nous avons aussi déjà attribué le marché pour la construction, la fabrication et la maintenance des transformateurs »
D’autres marchés sont encore en cours d’attribution, notamment ceux relatifs aux postes électriques de la RN1 et aux autres infrastructures du réseau. Pour la réhabilitation et l’extension du réseau électrique de Bujumbura, le processus d’analyse et de sélection des entreprises chargées d’exécuter les travaux est également en cours.
Il se dit ainsi convaincu qu’une fois la réhabilitation de l’ensemble du réseau de Bujumbura achevée, les problèmes de coupures récurrentes seront considérablement réduits. « Après ce projet de réhabilitation de tout le réseau de Bujumbura, on va dire au revoir aux pannes. »
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