Dans les couloirs des hôpitaux et dans les formations sanitaires publiques, le quotidien des malades est rythmé par une pénurie récurrente de médicaments essentiels et un manque de médecins spécialistes. Pour les personnes atteintes de pathologies chroniques ou graves tels que le diabète, la goutte, le cancer, les hépatites ou les séquelles d’AVC, la prise en charge défaillante engendre une profonde résignation.
Claver Nduwayezu, un habitant du quartier Nyamugari dont le père est malade de la goutte depuis plusieurs années, ne cache pas son amertume. « On passe des journées entières assis en attente de voir un spécialiste pour entendre dire à la fin que le médecin ne reçoit que vingt patients ou que la pharmacie n’a pas le traitement approprié ». C’est dans ce contexte que prospère une offre médicale parallèle particulièrement agressive.
Beaucoup de dépenses sans résultats
La ville de Gitega assiste aujourd’hui à une prolifération de cabinets de consultation bio-médicale et d’associations de médecine naturelle. Originaires pour la plupart d’Asie ou d’Afrique de l’Ouest, ces établissements prétendent éradiquer les maladies incurables au moyen des suppléments nutritionnels.
Contrairement aux idées reçues, la facture y est bien plus lourde que dans les hôpitaux conventionnels. Alors qu’une consultation auprès d’un spécialiste dans un hôpital public varie entre 10 000 et 30 000 FBu, ces nouveaux centres facturent un simple examen de quelques minutes à partir de 50 000 FBu. « Ils vendent facilement un flacon ou un petit sachet de poudre à 300 000 FBu », déplore Caritas Bizimana.
Cela pousse les ménages à vendre leurs terres ou leur bétail. Jacqueline Karondo, une mère de famille résidant à Bukirasazi, en a fait l’amère expérience. Son mari souffrait du diabète. « Dans un centre asiatique, après lui avoir fait poser la main sur une machine reliée à un ordinateur, le prétendu docteur l’a assuré que son hyperglycémie disparaitra et que son pancréas allat se nettoyer en trois mois ».
Deux mois après sans prendre les médicaments classiques et plus de 5 millions de francs burundais dépensés, il a fait une crise foudroyante.
Un réseau de rabattage bien huilé
Pour maintenir un flux constant de clients, ces structures s’appuient sur un réseau de rabattage très structuré. Des commissionnaires circulent quotidiennement dans les hôpitaux publics et des gares routières pour cibler les patients vulnérables et les orienter vers ces cabinets privés contre de généreuses gratifications.
Marie Ange Ntakarutimana, une commissionnaire, explique le fonctionnement. « Notre rôle est de sensibiliser les personnes malades et bien portants sur les vertus des médicaments naturels issus des plantes sans ajout de substances chimiques des laboratoires occidentales. » Elle fait savoir que sur chaque patient reçu, elle gagne 15 000 FBu et qu’elle touche entre 10 et 15 % de commission sur chaque produit vendu.
« Un drame silencieux »
Les médecins des hôpitaux traditionnels assistent impuissants à ce phénomène grandissant. Un médecin généraliste à Gitega alerte sur la gravité de la situation. Il souligne qu’ils reçoivent régulièrement des malades du cancer, du diabète ou de l’insuffisance rénale qui arrivent au stade terminal parce qu’ils ont suspendu leur prise en charge médicale pendant des mois. « C’est un drame silencieux »
Jusqu’au moment où nous mettons sous presse cet article, nous n’avons pas encore pu nous entretenir avec le médecin directeur provincial de Gitega pour de plus amples informations.
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