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Une inclusion des élèves vivant avec un handicap encore insuffisante

Quelques jours après la rentrée scolaire, ce genre d’enfants se retrouvent à Gitega dans un contexte où leur inclusion reste encore à renforcer. Leur parcours scolaire continue de soulever des questions sur les conditions qui leur sont offertes pour apprendre dans de bonnes conditions.

Donavine Ndayikengurukiye, élève malvoyante en 2e année post-fondamental dans la section des Sciences sociales au Lycée Notre Dame de la Sagesse , ex-CND , explique que la prise de notes n’est pas toujours facile. Les enfants malvoyants doivent attendre que leurs camarades terminent de prendre leurs notes avant que les personnes chargées de les aider puissent les recopier. De ce fait, il leur arrive de recevoir les notes tardivement, parfois à l’approche d’une interrogation. Ce qui ne leur facilite pas la révision des matières.

Le retard se fait aussi sentir au moment de la correction des copies. Les travaux des enfants sans handicap sont corrigés en premier tandis que ceux des enfants en situation de handicap sont traités plus tard après avoir circulé entre plusieurs personnes. Ils ont alors moins de temps pour revenir sur leurs erreurs. Elle déplore aussi le manque de matériel adapté, notamment des outils pour relier et perforer les feuilles.

Les déplacements et les frais de scolarité pèsent aussi sur les familles. Mlle Ndayikengurukiye vient par exemple de l’ancienne province de Bururi. « Vous imaginez le trajet que je dois parcourir pour arriver jusqu’ici. Ce n’est pas facile. » Elle demande à l’État de multiplier les établissements pouvant accueillir les élèves en situation de handicap et, si la gratuité n’est pas possible, de réduire les frais de minerval.

De son côté, Rose Bikorimana, élève albinos en 3e année du post-fondamental de la même section parle surtout de ses difficultés à regarder au tableau en classe. Les problèmes de vue liés à l’albinisme rendent parfois la lecture difficile. « Certains enseignants ne nous comprennent pas lorsque nous prenons du retard dans la prise de notes ou pendant les examens »
Elle constate que peu de personnes vivant avec un handicap parviennent à trouver un travail après les études. Cette situation peut, selon elle, décourager les jeunes qui poursuivent encore leurs études.

Elle demande ainsi à l’État et aux entreprises de leur donner aussi des opportunités d’emploi car ils sont aussi capables.
Pour Perpétue Simbagoye, un parent d’un enfant vivant avec une infirmité motrice cérébrale, les parents doivent aussi faire face à plusieurs difficultés notamment celles liées aux problèmes de santé. Elle explique que son enfant tombe souvent malade alors qu’elle dispose de moyens financiers très limités. Malgré cela, elle constate de grands progrès chez son enfant depuis son inscription à l’école.« Il faut que les autres parents inscrivent à l’école leurs enfants vivant avec un handicap car, ils peuvent étudier et se débrouiller dans la vie plus tard. »

Elle appelle également les autorités habilitées ainsi que les bienfaiteurs à se rapprocher de ces enfants et à les soutenir, notamment dans le paiement des frais de minerval.

De bons résultats scolaires

Au Lycée Notre-Dame de la Sagesse de Gitega, ex-CND, l’inclusion des élèves vivant avec un handicap reste confrontée à des difficultés liées notamment à l’eau, aux infrastructures et au manque de personnel spécialisé. « Nos enfants qui vivent avec un handicap ne peuvent pas utiliser ces toilettes et ces douches qui sont utilisées par d’autres enfants », explique l’abbé Simon Nzigirabarya, directeur de l’établissement.

Le manque d’enseignants spécialisés, notamment pour la langue des signes, constitue également un véritable défi. Certains enseignants doivent travailler du matin jusqu’à la fin des cours, du lundi au vendredi. « Ce professeur-là, il se fatigue parce qu’il travaille seul ».

Il estime qu’un renforcement en personnel permettrait d’organiser un système de rotation. « À force de se relayer, la situation pourrait être plus ou moins améliorée pour ces enseignants. »

Malgré ces contraintes, le directeur affirme que les élèves vivant avec un handicap obtiennent de bons résultats scolaires.
Il invite les parents à profiter des possibilités de scolarisation désormais accessibles aux enfants vivant avec un handicap.

Selon lui, le ministère de tutelle a rendu possible l’accès à l’école à ces enfants sur l’ensemble du territoire national.
Il estime toutefois qu’un suivi régulier reste nécessaire pour identifier et lever les obstacles qui persistent. Il appelle ainsi à évaluer et réévaluer les dispositifs existants afin de garantir de meilleures conditions de scolarisation et d’épanouissement aux enfants vivant avec un handicap.

Des besoins qui dépassent les capacités d’accueil

Augustine Bucumi, directrice du Centre d’éducation spécialisée pour déficients auditifs Notre-Dame de la Persévérance, explique que le centre dispose également d’une école fondamentale qui accueille les élèves jusqu’en 6ᵉ année, avant leur orientation vers le lycée Notre-Dame de la Sagesse. Pour cette année scolaire, l’établissement prévoit d’accueillir 234 élèves.

Augustine Bucumi : « Plusieurs enfants sont issus de familles aux moyens limités et nécessitent un accompagnement médical. »

Elle souligne toutefois que le centre ne dispose pas de capacités suffisantes pour accueillir tous les enfants qui souhaitent y être inscrits alors que les structures spécialisées restent peu nombreuses dans le pays. De plus, plusieurs enfants sont issus de familles aux moyens limités et nécessitent un accompagnement médical.« L’appareil utilisé pour l’examen de leurs oreilles est cher et n’est pas facilement accessible au pays. Mais, nous avons tout fait pour l’avoir et les aider. »

De son côté, sœur Angeline Ntahokaja, responsable des œuvres de miséricorde parmi lesquelles figure le Centre pour handicapés Étoile du Matin de Mushasha, explique que les enfants sont orientés selon leurs capacités. Ceux qui peuvent poursuivre leur scolarité sont envoyés dans d’autres établissements tandis que ceux qui ne sont pas en mesure de suivre une scolarité classique apprennent différents métiers au sein du centre. Celui-ci collabore notamment avec les parents et l’UPHB pour faciliter leur orientation et leur accompagnement.

Elle relève également le nombre important de demandes d’admission. Malheureusement, les capacités du centre restent limitées. À cela s’ajoutent les besoins spécifiques de ces enfants, notamment en matière de prothèses et d’appareils facilitant leurs déplacements dont le coût reste élevé pour les familles.

Elle appelle ainsi l’État à poursuivre son soutien, particulièrement pour l’accès aux soins de santé et l’acquisition des prothèses pour les enfants ayant subi une amputation. Elle souligne par ailleurs que certains jeunes vivant avec un handicap ont déjà achevé leurs études ou appris un métier. Ils mettent aujourd’hui en œuvre leurs propres projets de développement. « Ce sont des enfants capables, sauf qu’ils ont seulement un handicap physique. »

Mme Bucumi salue la mise en place d’un département chargé de l’éducation inclusive au sein du ministère de tutelle et demande davantage de soutien aux établissements spécialisés. Elle souhaite notamment que les enseignants qui y travaillent soient reconnus par le ministère puisqu’ils travaillent aujourd’hui comme des bénévoles.

Elle précise que les enseignants doivent d’abord passer un test pour être reconnus par le ministère. Elle estime toutefois que cette exigence pourrait tenir compte de l’expérience de quelques enseignants qui exercent dans ce domaine depuis plus de 30 ans.
Selon elle, leur longue expérience pourrait être davantage valorisée et leur intégration au sein du système éducatif contribuerait à renforcer l’encadrement des élèves vivant avec un handicap.Elle demande également une exonération sur le matériel destiné à ces enfants dont une grande partie est importée et coûte cher.

Initier une véritable politique nationale d’inclusion

Selon Jean Samandari, représentant de la Coalition Education pour tous, Bafashebige, les enfants vivant avec un handicap restent confrontés à plusieurs difficultés dans l’accès à une éducation de qualité. Pour lui, l’accessibilité des établissements scolaires dont certains ne disposent pas de rampes, de toilettes adaptées ou d’aménagements facilitant les déplacements des élèves en situation de handicap figure parmi les principaux obstacles.

Abbé Simon Nzigirabarya : « Les élèves vivant avec un handicap obtiennent de bons résultats comme tous les autres élèves »

À cela s’ajoute l’insuffisance de matériel pédagogique adapté aux besoins des enfants malvoyants, sourds ou malentendants. Il souligne notamment le besoin de matériel en braille, de livres adaptés et d’outils favorisant l’apprentissage en langue des signes.

Le manque d’enseignants formés à l’éducation inclusive ainsi que la stigmatisation et les préjugés auxquels certains enfants sont confrontés constituent également des défis. Pour lui, ces difficultés nécessitent le passage d’initiatives limitées à certaines écoles à une véritable politique nationale d’inclusion.

Cela implique notamment de rendre les établissements scolaires accessibles, de renforcer la formation des enseignants, de mettre à disposition du matériel adapté et d’améliorer l’identification des enfants vivant avec handicap en général et ceux scolarisés en particulier.

Contacté à ce sujet, le ministère ayant l’éducation dans ses attributions n’a pas réagi.

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