Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3675 jours. Nous ne l'oublions pas.

La sécurité routière mal en point à Bujumbura

Dans la ville de Bujumbura, la sécurité routière constitue une préoccupation grandissante pour les citadins. Le non-respect du Code de la route, l’indiscipline de certains conducteurs, l’insuffisance au niveau de la signalisation routière ainsi que les difficultés rencontrées par la police de roulage dans la régulation de la circulation sont régulièrement pointés du doigt.

Pendant les heures de pointe, la circulation devient particulièrement difficile dans plusieurs quartiers de Bujumbura. Les véhicules s’entremêlent dans les rues, chacun essayant de se frayer un passage. Les coups de klaxon se succèdent, parfois couverts par les sifflets des policiers chargés de réguler la circulation. À cela s’ajoutent les invectives et les insultes que certains chauffeurs échangent lorsqu’ils se retrouvent bloqués dans les embouteillages.

L’indiscipline de certains conducteurs contribue également à aggraver la situation. Certains n’hésitent pas à utiliser leurs téléphones portables, notamment pour chatter, alors qu’ils sont au volant, parfois même sous les yeux des policiers de roulage. D’autres effectuent des manœuvres dangereuses, changent brusquement de voie ou tentent de dépasser sans tenir compte des autres usagers.

Ces comportements provoquent parfois des embouteillages qui peuvent pourtant être évités avec davantage de discipline et de respect du Code de la route.
Une scène observée dans l’une des rues de la capitale économique illustre parfaitement cette situation. Un chauffeur de taxi a tenté de dépasser un bus mais, le conducteur du bus lui a refusé le passage. Derrière le taxi, un autre véhicule s’est immédiatement positionné de manière à l’empêcher de reculer pour laisser passer les véhicules venant en sens inverse.

La situation s’est rapidement transformée en un véritable bouchon. Les coups de klaxon se sont multipliés tandis que les chauffeurs s’invectivaient. Un policier de roulage présent sur les lieux semblait avoir du mal à rétablir l’ordre. Il a finalement commencé à gronder le chauffeur du taxi alors que le problème nécessitait surtout une intervention pour dégager le passage.

Il a fallu aller demander aux conducteurs de plusieurs voitures se trouvant plus loin de reculer de quelques mètres afin de permettre au taxi de céder le passage aux véhicules venant en sens inverse.

Une fois la situation débloquée, la même scène s’est reproduite un peu plus loin. Les mêmes comportements, les mêmes disputes et les mêmes difficultés de régulation donnent ainsi l’impression d’un cercle vicieux qui se répète quotidiennement dans les rues de Bujumbura.

Les passages piétons devenus des passages à haut risque

La situation est encore plus préoccupante pour les piétons. Sur le boulevard de l’Uprona, des passages piétons ont été aménagés afin de permettre aux gens de traverser la chaussée dans de meilleures conditions de sécurité.

En principe, lorsqu’un piéton s’engage sur un passage prévu à cet effet, les véhicules doivent ralentir et lui céder le passage. Mais, dans la pratique, cette règle n’est pas toujours respectée.

Pour traverser, les piétons doivent souvent faire preuve d’une grande prudence et attendre le moment où les véhicules ralentissent suffisamment. Une simple inattention peut avoir des conséquences graves puisqu’un véhicule peut percuter un piéton qui traverse la chaussée.

Etienne Citegetse « Les automobilistes doivent faire preuve de prudence »

Etienne Citegetse, commandant de la Police nationale de roulage, reconnaît que certains chauffeurs ne maîtrisent pas encore suffisamment les règles relatives aux passages piétons et au respect des piétons en général. Il appelle les conducteurs à davantage de discipline.

Selon lui, les barres blanches qui matérialisent les passages piétons doivent être respectées. Il rappelle également qu’un arrêt est obligatoire lorsqu’un piéton doit traverser.

Le commandant Citegetse appelle ainsi les automobilistes à faire preuve de prudence et à respecter les autres usagers de la route, particulièrement les piétons. Il souligne par ailleurs que des policiers sont régulièrement postés à des endroits stratégiques afin d’assurer la régulation de la circulation et de faciliter la traversée des piétons.

Des feux tricolores en panne qui compliquent la régulation

À la difficulté liée au comportement de certains conducteurs s’ajoute celle du mauvais fonctionnement de certains équipements routiers.
Plusieurs feux tricolores de la ville sont par exemple en panne depuis un certain temps. En leur absence, la responsabilité de réguler la circulation revient aux policiers de roulage, une tâche que le commandant juge particulièrement difficile, notamment lorsque le trafic est important.

Il assure toutefois que la question des feux tricolores est prise en compte par les autorités. Selon lui, le problème est entre les mains du gouvernement et une solution devrait être trouvée prochainement.

En attendant, les policiers doivent continuer à assurer manuellement la circulation dans les carrefours concernés, avec toutes les difficultés que cela comporte.

La corruption au sein de la police de roulage dénoncée

La question de la sécurité routière ne se limite cependant pas au comportement des chauffeurs. Le fonctionnement de la police de roulage est également au centre des critiques.

Lors de l’ouverture de l’année académique à l’Université des officiers de police à Mitakataka, le 30 juillet 2026, le président de la République, Evariste Ndayishimiye, a dénoncé les irrégularités observées dans la circulation routière devant les agents de police. Il a également accusé certains policiers d’être impliqués dans des pratiques de corruption.

Le chef de l’État a notamment évoqué le comportement de certains policiers chargés de contrôler les conducteurs sur les ponts de la rivière Ntahangwa reliant les zones Mukaza et Ntahangwa.

« Vendredi, samedi et dimanche, à partir de 21 h, les policiers postés sur ces deux ponts se sont mis en tête que c’est le moment de remplir leurs poches », a souligné le chef de l’Etat. Il a fait remarquer qu’ils font semblant de contrôler les chauffeurs ivres mais que ceux qui donnent de l’argent sont relâchés.

Une observation met en lumière une autre difficulté majeure dans la lutte contre l’insécurité routière : l’application effective de la loi. Même lorsque les règles existent, leur respect dépend aussi de la capacité des agents chargés de les faire appliquer à agir avec impartialité et professionnalisme.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU