Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3672 jours. Nous ne l'oublions pas.

Développement communal, des ambitions freinées par plusieurs défis

À Muyinga, les projets de développement communal peinent à se concrétiser. Ils font face à plusieurs défis qui freinent leur réalisation. Dans les communes de Rumonge, Cibitoke et Gitega, des reportages réalisés sur le terrain montrent également que les habitants restent confrontés à de nombreux obstacles malgré leurs initiatives pour améliorer leurs conditions de vie.

Sous le thème « Politique d’investissement dans les projets de développement communal au Burundi », l’ONG La Benevolencija, avec l’appui de l’Union européenne, dans le cadre du projet visant à renforcer les médias pour informer et soutenir les choix des électeurs, et en collaboration avec 18 médias partenaires, a organisé une conférence-débat le 30 juillet dans la commune de Muyinga, en province de Buhumuza.

Amédée Misago, administrateur de la commune de Muyinga, l’honorable Aline Manirabarusha, ancienne gouverneure de l’ancienne province de Muyinga, Audace Nizigiyimana, conseiller communal de la commune de Muyinga, et Arthémon Umuntunutwiwe, secrétaire exécutif de l’OLUCOME, ont pris part à ce débat.

Selon Amédée Misago, les ressources financières de la commune proviennent essentiellement des impôts et taxes, des dotations de l’État, des partenaires au développement ainsi que des contributions de la population.

Il a ajouté que les projets de développement sont identifiés avec les citoyens depuis les collines avant d’être intégrés dans le Plan de travail et budget annuel (PTBA), qui s’inscrit dans le plan de développement de la commune qui fixe les objectifs et les projets à réaliser sur cinq ans.

Chaque année, la commune puise dans ce plan pour identifier les problèmes les plus urgents et met en œuvre, en priorité, les projets destinés à y répondre. Les priorités retenues concernent notamment les routes, les écoles, les centres de santé, les infrastructures publiques et l’accès à l’eau.

Il a également annoncé que l’État prévoit d’allouer cinq milliards de francs burundais à la construction d’un gazon synthétique. Il a toutefois reconnu que l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur pour la commune. Selon lui, seuls 54 % de la population y ont actuellement accès. Un budget de 178,5 millions de francs burundais est prévu pour le secteur de l’eau, tandis que l’installation de nouveaux points d’eau, financée par l’État, nécessitera un investissement d’environ quatre millions de dollars.

Arthémon Umuntunutwiwe a déploré que la société civile ne soit pas associée à l’élaboration du plan de développement communal, alors qu’elle est proche des citoyens et est à même d’identifier leurs besoins prioritaires.

M. Misago et M. Nizigiyimana ont assuré que la commune mettra tout en œuvre pour améliorer l’accès à l’eau. Ils ont également appelé les investisseurs privés à implanter des industries afin d’offrir aux habitants des marchés pour leurs productions de fruits.

Des recettes insuffisantes pour répondre à tous les besoins

Amédée Misago : « L’accès à l’eau potable demeure un défi majeur pour la commune »

L’administrateur de la commune de Muyinga a souligné que le manque de ressources financières demeure le principal défi pour concrétiser l’ensemble des projets.

« Il arrive que la commune n’atteigne pas les recettes escomptées, par exemple lorsque les récoltes des agriculteurs sont mauvaises.» Il a ajouté que cette situation est présentée dans le rapport trimestriel soumis aux représentants de la population, ainsi que dans le rapport semestriel présenté à l’ensemble des citoyens, afin d’expliquer les raisons pour lesquelles les recettes attendues ou les objectifs fixés n’ont pas pu être atteints.

Pour le secrétaire exécutif de l’OLUCOME, plusieurs facteurs expliquent la non-réalisation de certains projets communaux. Outre le manque de ressources financières, il a évoqué le favoritisme dans l’attribution des marchés publics, qui conduit parfois à confier des travaux à des personnes non qualifiées.

Il a dénoncé également le détournement de certaines recettes par des agents chargés de la collecte des taxes, ce qui prive les communes de ressources indispensables à la mise en œuvre de leurs projets.

L’administrateur de la commune de Muyinga a précisé que des contrôles sont régulièrement menés auprès des agents de collecte des taxes. Lorsque des irrégularités sont constatées dans le versement des recettes, des sanctions sont prises. La commune organise aussi la rotation des agents de perception afin de limiter les risques liés au fait qu’un agent reste durablement dans le même secteur.

L’ancienne gouverneure de l’ancienne province de Muyinga a expliqué que les projets d’une commune sont comparables à ceux d’une famille. « En cas de ressources limitées ou d’urgence, la commune procède à une révision budgétaire et établit des priorités, ce qui peut expliquer pourquoi certains projets proposés par les citoyens se retrouvent reportés ».

Elle a également souligné que la population doit comprendre que, même si de nombreux projets sont prévus, il est indispensable de prioriser les plus urgents. Par exemple, en cas de catastrophe naturelle ou si un pont s’effondre, les ressources disponibles doivent d’abord être mobilisées pour résoudre ces problèmes avant de poursuivre les autres projets.

Les citoyens témoignent de leurs défis quotidiens

À Rumonge, les producteurs de mangues dénoncent les difficultés d’écoulement de leur production. Bernard Masumbuko, responsable d’une association qui exploite plus de 12 hectares de vergers, soit plus d’une centaine de manguiers par hectare, affirme que l’accès au marché est devenu un véritable défi.
« Auparavant, nous pouvions écouler notre production et c’était permis d’écouler même dans les pays voisins. Aujourd’hui, nous ne vendons que de petites quantités, lorsqu’un acheteur se présente ».

Même constat pour Juma Issa Ntamavukiro, également producteur de mangues. Faute de marchés, une partie de la récolte pourrit. « Nous ne récupérons même pas l’argent investi ».

Ces producteurs dénoncent également les retards de paiement de certains acheteurs locaux, qui invoquent eux-mêmes l’absence de clients. Pour remédier à cette situation, ils plaident pour l’installation d’entreprise de transformation des mangues à Rumonge.
Selon eux, ces infrastructures permettraient de valoriser la production locale, de fabriquer du jus destiné au marché national et à l’exportation, tout en réduisant les pertes.

De son côté, Sylvère Ntirandekura, spécialiste en transformation agroalimentaire, estime que la mise en place d’industries de transformation constitue une priorité. Selon lui, la commune dispose d’un important potentiel de production de mangues, alors que la consommation locale reste limitée. La transformation permettrait ainsi d’améliorer les revenus des producteurs et d’élargir les débouchés commerciaux.

À Cibitoke, le manque d’eau potable complique le quotidien des habitants

« Cela fait près d’un mois que l’eau ne coule plus dans nos robinets », se lamente Adeline, une habitante d’une des collines de la commune du nord-ouest du Burundi.

Faute d’approvisionnement régulier, les ménages sont contraints d’utiliser de l’eau de rivière pour certaines tâches domestiques, tandis que l’eau potable doit être achetée ou puisée à plusieurs kilomètres.Térence qui exerce l’activité de puisage d’eau, explique que les longues coupures provoquent des tensions avec ses clients. « Le prix d’un bidon d’eau peut atteindre 1 000 BIF, ce qui alourdit les dépenses des ménages. » Il explique que c’est difficile d’expliquer cela à un client.

L’administrateur communal, Éloge Ajeneza indique que la commune a prévu d’investir environ 100 millions de BIF dans le secteur de l’eau au cours de l’exercice budgétaire 2026-2027.

Il précise également que des partenaires internationaux se sont engagés à soutenir des projets d’adduction d’eau. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec les responsables du projet du barrage Ruzizi III, qui devrait alimenter en eau les communes de Rugombo et de Cibitoke grâce à un investissement estimé à près de 10 milliards de BIF.

Commercialisation des avocats est en difficulté.

À Gitega, les producteurs et vendeurs d’avocats dénoncent les conséquences de la fermeture de l’entreprise Twitezimbere. Selon eux, cette dernière constituait leur principal marché et leur permettait de tirer des revenus pour subvenir aux besoins de leurs familles.
« Avant, la vente des avocats nous rapportait suffisamment pour couvrir certaines dépenses du ménage, comme les fournitures scolaires ou les vêtements des enfants. Aujourd’hui, un sac d’avocats qui se vendait jusqu’à 100 000 BIF ne rapporte plus qu’environ 15 000 BIF », témoigne un S. N commerçant.

Les habitants demandent la réouverture de l’entreprise afin de relancer la commercialisation des avocats. Le chef de la colline Murayi explique que la fermeture serait liée à l’utilisation irrégulière de l’électricité.

De son côté, M. Umuntunutwiwe, plaide pour un dialogue avec la REGIDESO afin de trouver une solution permettant à l’usine de reprendre ses activités et de préserver les emplois qu’elle générait.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU