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Au coeur du pays/Matana : Des jeunes et des femmes s’organisent pour leur développement

Dans cette commune, les jeunes et les femmes font face à de nombreux défis, notamment la pauvreté, le chômage, le manque de capitaux et la pénurie persistante de fertilisants. Beaucoup s’organisent en associations et coopératives pour développer des activités génératrices de revenus et améliorer leurs conditions de vie.

Par Jules Bercy Igiraneza, Léonce Bitariho et Louange Nezerwe

La commune de Matana est composée del’ ancienne commune Mugamba de l’ancienne province de Bururi, et  Songa, ainsi que de la zone Mahwa qui appartenait à l’ancienne commune Ryansoro dans la province de Gitega.

Jean-Claude Manirambona, un jeune de 28 ans habitant dans la zone Matana, travaille dans une menuiserie après avoir passé plusieurs mois en Tanzanie. Selon lui, les clients deviennent de plus en plus rares à cause de la pauvreté qui frappe les ménages.

« Vous voyez que tout ce que nous avons fabriqué est encore là. Il est difficile d’avoir des clients ces derniers temps et, par conséquent, nous manquons de travail lorsque nos produits ne se vendent pas. »

Même après avoir voté à son retour au pays, il affirme ne pas voir de projets concrets en faveur des jeunes. Selon lui, plusieurs jeunes ont des idées et des compétences mais, ils manquent de capitaux pour réaliser leurs projets.

Il regrette également le manque d’informations sur des programmes comme le PAEEJ ou la BIJE censés soutenir les initiatives des jeunes.

Il demande aux élus de mettre en place des projets capables d’aider les jeunes à accéder aux capitaux afin qu’ils puissent créer eux-mêmes de l’emploi et améliorer leurs conditions de vie.

Quant à Ange Channella Ndikumwenayo, également âgée de 28 ans et résidant dans la même zone, elle souligne qu’après ses études secondaires, elle a commencé par vendre des avocats avant de travailler comme agente Lumicash. C’est ainsi qu’elle a réuni un petit capital qui lui a permis d’agrandir progressivement son commerce.

Cependant, elle dénonce aussi les difficultés auxquelles font face les petits commerçants, notamment la hausse des taxes communales qu’elle juge excessives par rapport aux revenus générés. Selon elle, certaines mesures oppressent les petits commerçants alors que leurs activités leur permettent à peine de survivre.

Elle dénonce également certaines injustices observées au marché de Matana où certains commerçants se seraient vu retirer leurs emplacements au profit d’autres personnes.

Elle demande ainsi aux autorités de faire appliquer la loi de manière équitable pour tous les citoyens et sans favoritisme.

Pour Enock Dukundumuremyi, jeune maçon de 25 ans, plusieurs jeunes restent sans activité en espérant obtenir un emploi de la part de l’État alors que les opportunités deviennent de plus en plus rares.

Selon lui, l’inactivité pousse certains jeunes vers la consommation d ’alcool et de drogues. Il appelle donc les jeunes à aimer le travail et à rester actifs.

Des promesses de développement non tenues

Mlle Ndikumwenayo estime que plusieurs promesses faites pendant les campagnes électorales ne se sont jamais matérialisées sur le terrain, notamment celles d’appui aux projets agricoles des chômeurs.

« Nous avions commencé à chercher des semences, mais nous n’avons jamais su ce qu’est devenu ce projet »

Elle affirme aussi que plusieurs jeunes filles abandonnent l’école très tôt à cause des grossesses non désirées ou de la pauvreté dans les familles. Selon elle, certaines femmes sont également empêchées de travailler par leurs maris ou voient leurs revenus dépensés par leurs époux.

De son côté, M. Dukundumuremyi estime que les jeunes ne sont pas représentés dans les instances de prise de décisions de la commune car, ils ne figurent pas parmi les élues.

Eviter le détournement des fertilisants

« Beaucoup d’agriculteurs se lamentent qu’ils n’auront pas une bonne récolte de haricots », indique Mme Ndikumwenayo. Elle affirme également que certains agents chargés de la distribution des engrais maltraitent parfois les citoyens venus faire la queue pour obtenir ces produits.

Elle estime que les conséquences de cette pénurie ne tarderont pas à se faire sentir avec de mauvaises récoltes. Elle demande une meilleure organisation dans la distribution des fertilisants.

Quant à M. Dukundumuremyi, il affirme que certains fertilisants payés depuis deux ans n’ont toujours pas été livrés aux agriculteurs.

« Il y a des responsables qui donnent ces fertilisants aux commerçants. Ces derniers les revendent ensuite à des prix très élevés. » Il précise qu’ils peuvent les vendre autour de 6 000 FBu le kg alors que, normalement, un sac de 25kg coûte 25 000 FBu

Il demande aux autorités de renforcer le contrôle lors des opérations de distribution afin d’éviter les détournements et de permettre aux agriculteurs d’accéder aux fertilisants en quantité suffisante.

Ndikumwenayo dénonce également certaines injustices observées au marché de Matana où certains commerçants auraient été retirés de leurs emplacements au profit d’autres personnes.

PAEEJ, une opportunité pour l’autonomisation des jeunes

Yves Delux Nduwayo : « Il arrive que nous ayons des marchés et que le courant électrique parte. Cela devient un véritable problème »

Après avoir terminé ses études secondaires en informatique de maintenance, Yves Delux Nduwayo, un jeune entrepreneur de 29 ans vivant sur la colline Mugano, a d’abord travaillé pour une autre personne avant de lancer son propre secrétariat public équipé d’ une machine et deux imprimantes.

Il explique avoir découvert les programmes du PAEEJ avant de déposer son dossier et d’obtenir un financement qui lui a permis de développer ses activités. Selon lui, le manque de capitaux reste l’un des principaux obstacles auxquels font face les jeunes de sa localité malgré de nombreux projets porteurs.

Il affirme que plusieurs difficultés persistent dans son travail quotidien, notamment la concurrence, la baisse de la clientèle ainsi que de fréquentes coupures de courant électrique.

« Il arrive que nous ayons des marchés et que le courant parte. Cela devient un véritable problème. »

Selon lui, les groupes électrogènes comme alternative coûtent très cher. Il demande aux entreprises de proposer des solutions solaires accessibles, et surtout à crédit, pour faire face à ces coupures.

De son côté, Godefroid Nihorimbere âgé de 29 ans et de la même colline, a interrompu ses études en 9ᵉ année avant de traverser une période de chômage. Cette situation l’a poussé à réfléchir à une activité génératrice de revenus. Avec l’aide de son père et de ses petites économies, il a créé un atelier de menuiserie.

Il affirme avoir bénéficié d’un financement du PAEEJ après avoir présenté son projet. Il estime malheureusement que certains jeunes gèrent mal les revenus qu’ils gagnent. Ce qui réduit les possibilités d’investissement dans des projets durables.

Pour lui, beaucoup de jeunes passent aussi leur temps dans des « ligalas » au lieu de s’engager dans des activités de développement, une situation qui peut favoriser certaines mauvaises habitudes comme le vol.

Il explique également que son atelier manque encore certaines machines indispensables. Pour certains travaux, il est obligé de parcourir de longues distances afin de louer des équipements adaptés.

« Quand nous partons chercher ces machines, il y a des commandes que nous ne pouvons pas exécuter ici, et les clients ne nous trouvent pas. »

Il demande que les programmes d’appui aux jeunes entrepreneurs soient renforcés afin de leur permettre d’acquérir davantage de matériels et de développer leurs activités.

Selon ces deux jeunes entrepreneurs, un soutien plus important aux initiatives des jeunes pourrait non seulement améliorer leurs conditions de travail mais aussi créer des opportunités d’emploi pour d’autres jeunes de la localité.

Ils encouragent les jeunes à apprendre des métiers techniques et à s’engager dans des projets de développement plutôt que de rester dans l’inactivité.


Des femmes s’activent pour leur auto-développement

Les femmes de Matana ont décidé d’adhérer dans des associations et coopératives pour réaliser leurs projets de développement. Elles ne veulent pas tout attendre de leurs maris pour faire vivre leurs familles.

Deux grands groupements attirent davantage ces femmes, à savoir les coopératives Sangwe et l’association Nawe nuze. Elles sont présentes sur chaque colline et presque dans toute la commune. Les femmes affirment qu’il y a une plus-value.

Marianne Nahinkuye de la colline Gisarenda indique qu’avec ses consœurs de la coopérative, elles opèrent régulièrement des cotisations quitte à s’octroyer mutuellement des crédits. « Chaque membre a alors des facilités pour assurer la survie de la famille. L’alimentation, l’habillement, la scolarisation des enfants, tout devient facile à travers les dividendes de la coopérative. Certaines d’entre nous peuvent exercer le commerce à l’aide des crédits contractés au sein de l’association », renseigne-t-elle. Il n’y a pas à craindre d’éventuelles pertes en octroyant ces crédits car, selon Mme Nahinkuye, ils sont donnés sur base du capital dont dispose le membre sur le compte.

Caritas Kabibi de la même colline précise que les activités exercées portent essentiellement sur l’agriculture et l’élevage. « Nous cultivons surtout le haricot, le maïs et les pommes de terre ». La coopérative a également deux vaches. Elle possède aussi des porcs qu’elle distribue aux membres qui, à leur tour, distribuent à ceux qui n’en ont pas encore à travers des chaines de valeur.

Cette femme a plus d’une casquette, et sur la colline, et au niveau de l’association. Elle est membre du comité de surveillance de la coopérative et en même temps vice-présidente du Conseil collinaire de Gisarenda. Elle fait partie des leaders féminins qui incitent les autres à s’atteler aux activités associatives.

Travailler dans des groupements associatifs est aussi une satisfaction d’Espérance Nahimana. Celle-ci se réjouit d’avoir atteint un niveau d’auto-développement palpable à ce jour. « Avec des animaux domestiques que nous avons actuellement, des champs de cultures variés, des dépôts et retraits sur le compte suite aux cotisations régulières, …vive la vie en associations », s’exclame-t-elle souriante.

La prénommée Annick, mère d’un enfant, grille le maïs près du marché de Matana. Elle est membre de l’Association Nawe nuze sur la colline Gasenyi. C’est là où elle tire son capital qui peut aller jusqu’à 200.000 francs burundais remboursables en trois mois. Les cotisations sont de 5 000 francs par semaine. Elle ne se plaint pas quant à la vie en famille.

Tout près d’elle, une autre femme exerce depuis quatre ans le commerce de vente d’unités téléphoniques et échange électronique d’argent. Mère d’un enfant aussi, ce métier l’aide à faire vivre sa famille. Seulement, dit-elle, des frais exigés par l’entreprise Lumitel se sont multipliés. « Ils ont introduit le payement des échanges électroniques. Lumitel nous fait payer mensuellement 5 000 francs de frais de commission faute de quoi on se voit retirer la carte ». Elle souhaite que cette situation change.

« De potentielles richesses pour toute personne soucieuse de travailler »

Clémence Niyonsaba, la présidente du Centre de développement familial et communautaire (CDFC) en commune Matana ne se plaint pas de la vie des femmes dans cette commune. « Elles sont éveillées pour exercer des activités génératrices de revenus ». La responsable du CDFC explique que Matana regorge de potentielles richesses pour toute personne soucieuse de travailler.

Elle renchérit que non seulement ses consœurs pratiquent de l’agriculture mais aussi elles exercent le commerce des produits vivriers avec un marché d’écoulement facilement accessible au chef-lieu de la commune.

Le centre urbain de Matana regorge par ailleurs beaucoup de fonctionnaires qui s’approvisionnent en produits alimentaires provenant essentiellement du marché.

A part la vente les produits vivriers, il y a également des femmes qui font la couture. Pour la plupart, le capital provient des groupements associatifs.

Malgré les avantages que tirent ces femmes des différentes associations, il y a certains époux qui, à en croire la présidente du CDFC, éprouvent un malaise de voir leurs conjointes passer des journées en dehors des ménages. « D’un côté, ils pensent qu’elles s’adonnent à la débauche, et de l’autre, ils pensent qu’elles s’enrichissent plus qu’eux alors qu’elles travaillent pour le bien des familles ».

Udusarabwayi ou bangala, un grand défi

Lyduine Sabushimike : « Les femmes élues sont toutes, ou presque, d’un seul parti politique »

Toutes les femmes contactées se montrent dépassées par la consommation excessive des boissons en plastique très alcoolisées que les gens appellent « udusarabwayi » ou « bangala ». Non seulement elles nuisent à la santé humaine, mais aussi elles ruinent les familiales.

Plus grave encore, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, tous en prennent. « Quand l’homme et la femme en couple s’adonnent à la consommation de ces boissons, vous comprenez que la vie familiale va mal », regrette Marianne Nahinkuye.

Pour sa part, Lyduine Sabushimike trouve qu’il n’est pas facile de ne pas prendre ces boissons pour plus d’une raison. Non seulement elles sont moins chères et accessibles que les produits Brarudi, mais aussi elles sont très présentes partout dans les boutiques.

Les autorités appellent les jeunes et les femmes à saisir les opportunités de développement

Les autorités locales estiment que les opportunités de développement existent pour les jeunes et les femmes, même si plusieurs défis continuent de freiner leur épanouissement économique.

Jean-Paul Nsabiyumva : « Lorsqu’un jeune présente un projet sérieux qui nécessite un financement, il peut l’obtenir »

Selon Jean-Paul Nsabiyumva le chargé des droits humains et de l’inclusion genre à Matana, plusieurs opportunités  pour les jeunes liées l’agriculture, au commerce et à l’artisanat existent. Il cite notamment les appuis du PAEEJ et de la BIJE à travers le financement des projets. Toutefois, il regrette que certains jeunes ne saisissent pas ces opportunités de développement.

Concernant la participation des jeunes dans les organes de prise de décisions, M. Nsabiyumva parle d’une évolution encourageante. « Dans les conseils communaux, il y a des jeunes même s’ils ne sont pas encore nombreux. Par contre, plus de 70 % des zones sont dirigées par des jeunes », précise-t-il.

Il affirme également que plusieurs promesses faites pendant les campagnes électorales commencent à être mises en œuvre, notamment à travers le financement des projets des jeunes par le PAEEJ et la BIJE. « Lorsqu’un jeune présente un projet sérieux qui nécessite un financement, il peut l’obtenir », assure-t-il.

Toutefois, la question du manque de fertilisants reste préoccupante dans la commune comme cela est le cas à travers tout le pays.

Du côté des femmes, plusieurs se plaignent des difficultés d’accès aux financements. Bien que la BIDF soutienne certains projets féminins à Matana, les bénéficiaires dénoncent la lourdeur des procédures et l’éloignement des services situés à Gitega.

Selon toujours M. Nsabiyumva, certaines femmes parviennent néanmoins à obtenir des crédits. « Si vous analysez les rapports, notre commune figure parmi les dix communes ayant bénéficié de plusieurs financements », souligne-t-il.

Il trouve que l’ouverture d’une agence à Matana faciliterait l’accès des femmes aux crédits et réduirait les frais de déplacement.

Il reconnaît également l’existence de violences économiques faites aux femmes, tout en précisant que les autorités interviennent et sanctionnent les auteurs lorsque des cas sont signalés.

Les femmes sont incluses dans les organes de prise de décisions

Nsabiyumva parle toutefois des avancées enregistrées dans la participation des femmes aux instances de prise de décisions. « Les femmes sont incluses dans les organes de décisions. Nous pouvons citer l’exemple de l’administratrice communale qui est une femme », indique-t-il.

Il précise que la représentation féminine progresse également dans d’autres structures administratives locales. « Dans notre commune, nous avons douze départements, dont deux sont dirigés par des femmes. Parmi les quinze chefs de zone, deux sont des femmes. Elles sont également présentes parmi les chefs collinaires. Au niveau du conseil communal, le quota de 30 % est respecté ».

Lyduine Sabushimike, militante du Frodebu, trouve toutefois un bémol. Elle fait en effet remarquer que malgré cette représentativité, les femmes qui se trouvent dans les organes sont toutes, ou presque, d’un seul parti politique.

Clémence Niyonsaba renseigne quant à elle que la présidence des conseils collinaires et communal est assurée par des hommes.


Interview avec Déo Gahiro : « Plusieurs commandes d’engrais effectuées depuis 2022, 2023 et 2024 n’ont jamais été livrées »

Le conseiller chargé de la communication et des relations publiques dans la commune Matana fait les points sur les priorités et tente des réponses aux préoccupations de la population de la commune.

Quels sont les projets prioritaires alignés à la Vision 2040-2060 dans votre commune ?

Nous avons plusieurs projets orientés vers le développement durable. Il y a notamment la construction d’infrastructures et l’amélioration de l’assainissement. Nous mettons aussi un accent particulier sur l’agriculture et l’élevage. Aujourd’hui, nous sensibilisons la population à pratiquer un élevage moderne avec des vaches capables de produire du lait et du fumier. Dans le secteur agricole, nous avons également un projet de construction d’une usine de transformation du thé afin de valoriser la production locale.

Quels sont les principaux défis qui freinent la réalisation de ces projets ?

Avec le nouveau découpage administratif, nous faisons face à plusieurs difficultés, notamment le manque de bureaux et l’insuffisance du personnel. Nous avons aujourd’hui beaucoup de départements à gérer, mais les infrastructures administratives restent limitées.

La population dénonce une pénurie persistante de fertilisants. Comment l’administration fait-elle face à cette situation ?

Comme ailleurs dans le pays, la commune Matana n’est pas épargnée par le manque d’engrais chimiques. Dans nos quinze zones, il existe des stocks, mais plusieurs commandes effectuées depuis 2022, 2023 et 2024 n’ont jamais été livrées. Nous essayons néanmoins de faire une distribution équitable des fertilisants disponibles. Pour combler ce déficit, nous sensibilisons la population à l’utilisation du fumier naturel afin de maintenir la production agricole.

Certains habitants dénoncent des commerçants qui spéculeraient sur les prix des fertilisants. Que fait l’administration ?

Nous faisons tout notre possible pour assurer une distribution équitable et limiter les irrégularités. Les multiplicateurs de semences peuvent recevoir une quantité plus importante. Nous surveillons en outre la situation afin d’éviter les abus. L’administration intervient pour corriger les irrégularités qui s’observent.

 Les femmes sont-elles impliquées dans des projets de développement ?

Oui, les femmes sont fortement impliquées. Nous essayons d’intégrer toutes les catégories de la population dans les projets de développement. Par exemple, dans les projets d’adduction d’eau, les femmes sont directement concernées car ce sont elles qui souffrent le plus du manque d’eau potable.

Les femmes participent également à travers différentes associations de développement comme Sangwe et Nawenuze où elles sont très nombreuses.

Sont-elles suffisamment représentées dans les organes de prise de décisions ?

Oui. L’administratrice de notre commune est une femme. Sur les quinze zones que compte la commune, deux sont dirigées par des femmes. Au niveau des conseils collinaires, sur cinq membres, il y a toujours deux femmes. Même dans le conseil communal, le quota de 30 % réservé aux femmes est respecté.

 Certaines femmes affirment que la consommation excessive de boissons fortement alcoolisées perturbe les ménages. Quelle est la position de l’administration ?

Effectivement, ces boissons existent et sont consommées aussi bien par les hommes que par les femmes. Des décès liés à ces produits ont même déjà été signalés. Nous sensibilisons la population à privilégier les boissons traditionnelles ou les produits reconnus comme ceux de la Brarudi.

Cependant, nous faisons face à une contradiction : certaines personnes nous demandent pourquoi nous décourageons leur consommation alors que ces boissons sont toujours commercialisées sur le marché. Nous insistons donc sur une consommation modérée, même si nous savons que certains Burundais ont tendance à consommer une bouteille entière même lorsqu’elle est très alcoolisée. Si possible, nous souhaiterions que des mesures plus strictes soient prises.

 Les femmes ont-elles facilement accès aux financements pour leurs projets ?

Des institutions comme la BIDF soutiennent les projets des femmes, tandis que le PAEEJ accompagne les jeunes garçons et filles. Mais, beaucoup de femmes nous disent que les banques sont trop éloignées car, elles doivent se rendre à Gitega.

Un processus est en cours pour implanter une agence de la BIDF dans notre commune afin que les dossiers puissent être traités localement.

Les jeunes participent-ils à la gestion de la commune et aux élections ?

Oui, mais nous faisons face à certaines difficultés. Beaucoup de jeunes intègrent des associations, puis les abandonnent après quelques mois pour aller chercher du travail ailleurs, notamment au Kenya ou en Zambie. Malgré cela, plusieurs zones sont dirigées par des jeunes.

 Les financements du PAEEJ produisent-ils des résultats visibles ?

Oui, les résultats sont palpables. Plusieurs jeunes ont pu se développer grâce à ces financements. Nous voyons aujourd’hui des salons de coiffure, des ateliers de menuiserie, des secrétariats et d’autres activités créées par des jeunes.

Certaines jeunes filles sont victimes de grossesses précoces et de mariages illégaux. Que fait l’administration à ce sujet ?

Nous avons déjà observé ce phénomène, notamment avec certaines catégories de personnes comme les motards. Aujourd’hui, nous menons des campagnes de sensibilisation pour montrer les conséquences négatives des mariages illégaux et des grossesses précoces.

Nous sensibilisons également les jeunes contre la consommation excessive d’alcool, car ils représentent l’avenir du Burundi. Lorsqu’une jeunesse tombe dans l’alcoolisme très tôt, cela compromet son avenir et celui du pays.

La construction des bureaux de zones a connu des irrégularités dans plusieurs régions du pays. Qu’en est-il à Matana ?

La majorité des bureaux ont déjà été réceptionnés. Seules les zones de Ndago et Gasibe accusent encore du retard, mais nous sommes en train de prendre des mesures afin que les travaux soient rapidement achevés.

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