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Urbaniser ou vendre : il faut choisir

Voilà bientôt deux ans que les autorités annoncent la viabilisation de Tenga, à Mutimbuzi. Sur le terrain, rien n’a attendu cette annonce. Les parcelles se vendaient déjà, les maisons sortaient de terre, les familles s’installaient sur un sol non aménagé. Depuis, le mouvement s’est accéléré. Un quartier de plus naît aux portes de Bujumbura. Le cas n’est pas isolé : les villes gagnent du terrain, à Gitega, à Ngozi, à Rumonge. Le Burundi s’urbanise.

À première vue, cette effervescence a tout d’un signe de vitalité : un pays qui change, des besoins en logement qui augmentent, des centres urbains qui deviennent des pôles d’attraction. La dynamique, en soi, est bonne. Ce qui l’est moins, c’est la manière dont on la conduit. Les maisons précèdent les infrastructures, alors que ce sont les infrastructures qui devraient les précéder ou les accompagner. La construction dicte l’organisation de la ville au lieu de s’y conformer.

Un quartier viabilisé, c’est au minimum des routes praticables, un réseau d’eau potable, l’électricité, des écoles, des centres de santé, des espaces publics. Peu de quartiers périphériques réunissent tout cela. On construit dans les zones inondables, dans les marais, sur les pentes instables, au bord des rivières. Et l’on expose des familles entières à la première catastrophe venue.

Installer des infrastructures dans un quartier déjà bâti coûte cher. Démolir, percer des routes entre des maisons habitées, régulariser des zones saturées : tout cela se paie plus tard, sur l’ensemble des contribuables, et provoque des conflits.
Comment un quartier peut-il être autorisé à accueillir des habitants avant même de disposer des infrastructures essentielles ?

La réponse tient à des logiques simples. Le ménage préfère une parcelle disponible, même non viabilisée, plutôt que d’attendre des années : devenir propriétaire prime sur tout le reste. Le promoteur, lui, vend sans se plier aux normes, et s’épargne au passage des procédures et des taxes. Chacun y trouve son compte. La collectivité paiera.

Mais la responsabilité première incombe à ceux qui autorisent, planifient et contrôlent. Le ménage achète, le promoteur vend ; c’est la puissance publique qui fixe les règles et les fait respecter.

Face à l’extension des villes, l’État ne peut plus se contenter de réparer après coup. Il doit poser des conditions, et les tenir. Il doit être ferme.  Aucun lotissement ne devrait être autorisé sans voies de circulation, réseaux d’eau et d’électricité, drainage, ni réserves foncières pour les écoles, les centres de santé, les marchés et les espaces publics. Aucune construction ne devrait sortir des zones inscrites dans les plans d’aménagement.

L’urbanisation n’est pas une course à la vente des parcelles. C’est une politique publique exigeante, où l’État planifie, où les promoteurs répondent de leurs actes, où les citoyens respectent la loi. Il reste à passer d’une logique de réaction à une logique de prévention.

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