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Région Centre/Gitega : Cri de détresse de certains commerçants du marché central

Après avoir investi des millions de francs pour s’installer au marché central de Gitega reconstruit après un incendie dévastateur, il y’a plusieurs années, des centaines de commerçants sont sommés de détruire leurs stands. Entre colère, larmes et sentiment d’injustice, ils pointent la responsabilité de l’administration qui les a laissé faire avant de les condamner à la ruine.

L’ambiance est lourde dans les allées du marché central de Gitega. L’effervescence habituelle a laissé la place à une angoisse palpable chez certains commerçants. La nouvelle est tombée comme un couperet au cours de la semaine : tous les stands érigés à proximité des entrées, des sorties et sur les voies réservées aux camions anti incendie doivent être démolis. Pour les autorités, il s’agit d’une mesure de sécurité non négociable afin d’éviter que le drame du passé ne se répète. Mais, pour les commerçants visés, c’est un arrêt de mort économique.

« On nous demande de détruire de nos propres mains nos vaches laitières. C’est ici que je trouve de quoi nourrir mes quatre enfants. Si on casse ce stand, on casse ma vie » s’indigne le prénommé Pacifique, un vendeur de souliers installé au milieu du marché.

Des millions de francs partis en fumée

L’incompréhension est d’autant plus vive que ces emplacements dits illégaux ne se sont pas matérialisés par magie. Suite à la pression de la demande, les commerçants ont occupé le moindre mètre carré disponible.  Selon beaucoup, cette anarchie s’est développée au vu et au su des responsables du marché. Pire encore, ces places sont devenues l’objet d’une spéculation intense, changeant de mains à coup de millions de francs burundais.

« J’ai acheté cet emplacement l’année dernière à 25 millions de francs burundais au premier acquéreur », confie Chantal Wakana, les larmes aux yeux, derrière son étal de cosmétiques. Quant à Richard Ndikumana, l’administration du marché a laissé faire et ils payent régulièrement les taxes et impôts comme les autres. « Comment peuvent-ils dire aujourd’hui que nous sommes des hors la loi alors qu’il ‘y a un commissaire qui a un bureau dans ce marché et son comité du marché ? Personne ne peut faire quelque chose à leur insu »

Beaucoup affirment que le marché noir des stands, toléré pendant des années, se retourne aujourd’hui contre les derniers acheteurs souvent plus vulnérables qui ont investi toutes leurs économies, voire contracté des crédits, pour obtenir ces places stratégiques.

Une double peine

« Nous n’avons pas d’autre métier. Si l’administration détruit nos stands, que va-t-on devenir ? Voler ? Mendier ? », lâche le prénommé Jean-Marie, un jeune commerçant, le visage grave.  Pour lui, dans cette période où la vie est devenue excessivement chère, cette décision est d’une injustice sociale sans nom. « On nous punit pour les erreurs et la complaisance des gestionnaires du marché !», a-t-il ajouté.

Pour savoir si les allégations de ces commerçants envers les responsables du marché sont vraies, nous avons cherché à interviewer le commissaire du marché mais en vain.

En ce qui concerne la commune, il n’y a pas de dérogations. Tout passage pour les camions anti incendie aménagés depuis la construction du marché doit être dégagé le plus rapidement possible.

Si personne ne conteste la nécessité de sécuriser le marché contre les risques d’incendie, les commerçants de Gitega réclament d’une seule voix une solution alternative : un relogement digne ou une indemnisation juste. Sinon, la démolition des stands risque de laisser de profondes cicatrices économiques chez certains.

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