« Ils nous avaient caché nos minerais, maintenant nous les avons découverts. C’est un champ mûr, c’est le temps de la moisson, nous allons récolter sans vergogne. » Ainsi parlait le chef de l’État, ce 1er juillet, à l’occasion du 64ᵉ anniversaire de l’indépendance du Burundi.
Faut-il y lire, en filigrane, le cadeau offert sur un plateau à la Sopebu — la « Société pétrolière » créée, à l’origine, pour approvisionner le Burundi en produits pétroliers ?
L’article premier du décret portant création, missions, organisation et fonctionnement de cette société stipule qu’elle est « dotée d’une personnalité juridique, un patrimoine propre et une autonomie administrative et financière ».
Ce n’est pas tout : « La Société pétrolière est constituée pour une durée indéterminée. Elle est placée sous la tutelle du Ministre ayant l’Énergie dans ses attributions. » C’est sur le papier.
Après le carburant problématique, voici l’exploitation minière. What next ? L’export d’avocats Hass ? Le forage offshore dans le lac Tanganyika, si la chose se confirme ? L’hôtellerie ? Le transport urbain ? La gamme peut être extensible.
Une chose à la fois, tout de même. On ne court pas deux lièvres en même temps. La sagesse burundaise l’enseigne depuis toujours : on ne peut donner deux coups de pied simultanés, sans tomber.
Il ne faut pas se mélanger les pinceaux — le risque est réel. La Regideso en sait quelque chose. Cette Régie de production et de distribution d’eau et d’électricité, déjà en peine face à des attentes toujours plus grandes, ne s’est-elle pas vu confier, à une certaine époque, le carburant ? Un fiasco.
Admettons. Il existe des exceptions : des équilibristes, des jongleurs hors pair, un mental de boxeur, passés maîtres dans l’art d’esquiver les coups — y compris les coups bas.
Mais tôt ou tard, l’uppercut est si vite arrivé. Ils finissent dans les cordes, groggy, à l’hosto — une commotion économique qui paralyse un pays déjà chancelant, tenant debout par sa seule résilience, elle-même à bout de souffle.
La voilà désormais multitâche, cette Sopebu. Une pieuvre aux bras multiples. Non contente de gérer le carburant, elle étend désormais ses tentacules sur l’exploitation minière.
Avant de nous vendre de l’or, si la Sopebu nous vendait au moins l’or noir. Le pétrole…
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