Dans la commune Rumonge, plusieurs habitants rencontrés dressent un constat préoccupant des effets de ces boissons à forte teneur en alcool consommées dans la localité.
P. N., une habitante du quartier Gatete, évoque le cas d’une personne récemment décédée après en avoir abusé ainsi que celui d’une autre qui a commencé à souffrir de gonflements au niveau des jambes et du visage.
« Mon mari en consomme aussi et, lorsqu’il rentre à la maison, il n’est plus maître de lui-même. Il arrive titubant et s’endort là où il se trouve comme s’il était mort ».
Pour cette femme, la trentaine, ces boissons ont également des conséquences sur la stabilité des ménages. Elle cite le cas d’une voisine qui a fini par divorcer à cause du comportement violent de son mari lorsqu’il rentrait complétement défoncé. Elle ajoute que de nombreux consommateurs abandonnent leurs responsabilités familiales, laissant aux femmes la charge du foyer.
C.A., un jeune homme de Gatete qui dit consommer régulièrement des boissons comme Kick, Suisse et Boss Licker, estime que ces dernières constituent un problème pour la population. « Les personnes qui en consomment peuvent passer jusqu’à trois jours sans manger ».
« Alors, où sont-elles fabriquées ? », s’interroge-t-il. Une question qui est sur toutes les lèvres comme pour demander une solution en amont.
Tout en saluant les efforts des autorités, il s’interroge sur la disponibilité persistante de ces boissons dans les boutiques et estime que leur fabrication devrait être interdite.
P. N. appelle les autorités à agir à la source en fermant les sites de production. Selon elle, tant que ces boissons continueront d’être fabriquées, il sera difficile d’empêcher leur commercialisation et leur consommation même dans les coins les plus reculés.
À Bururi, le même constat alarmant
Odile Ndayikeza, habitante de la colline Kajabure, évoque les situations humiliantes auxquelles elle est confrontée lorsque son père a excessivement consommé ces boissons.
« Imaginez que je sois obligée d’aller chercher mon père. Il se met à crier partout parce qu’il est complètement ivre pendant que les gens nous regardent. C’est vraiment humiliant et douloureux ».
Lydie Nimpagaritse une autre habitante de la même colline, fait remarquer que ces boissons sont à l’origine de nombreux conflits conjugaux. Elles sont en train de détruire des familles. Elle raconte que son mari en consomme. « Ce que je dis, je le vis au quotidien ».
Elle insiste que « lorsqu’un homme consomme ces boissons, il ne peut plus vivre harmonieusement avec son épouse. C’est la déchéance à coup sûr. Quand il rentre à la maison, il cherche souvent la dispute. On entend des cris presque tous les jours dans le foyer ».
Selon elle, la consommation excessive de ces boissons pousse également certains hommes à négliger leurs foyers et à entretenir des relations extraconjugales. Ce qui accentue davantage les tensions familiales.
Un constat partagé par N.T., sa voisine, qui affirme que de nombreux hommes de la localité consacrent l’essentiel de leurs revenus à l’achat de ces boissons. « Les enfants manquent de fournitures scolaires et ne mangent plus comme il faut ».
N.T. se dit également préoccupée par l’ampleur du phénomène chez les jeunes qui en consomment de plus en plus. Certaines femmes commencent aussi à les adopter.
Les femmes qui se sont exprimées appellent ainsi les autorités à interdire définitivement ces boissons afin de restaurer la paix dans les familles.
Des avancées saluées dans certaines localités
Certains habitants estiment que les mesures prises par les autorités commencent à produire des résultats dans certaines localités. C’est notamment le cas sur la colline Nyavyamo où, selon Vianney Arakaza, ces boissons ne sont pratiquement plus commercialisées.
« Aujourd’hui, les habitants s’habituent progressivement à consommer d’autres boissons comme la bière de banane ».
Il salue l’initiative, estimant que ces boissons avaient gravement affecté la santé de nombreux consommateurs. « Il arrivait souvent d’entendre qu’une personne était décédée ou blessée après les avoir consommées ».
Selon lui, elles favorisaient également certains actes de vol, des consommateurs devenus dépendants cherchant à tout prix les moyens pour s’en procurer.
D.N., un autre habitant de la même colline, partage cette appréciation. Il estime que l’interdiction de ces boissons a contribué à réduire leurs effets néfastes sur la population.
Il appelle toutefois les autorités à poursuivre leurs efforts dans les autres localités où ces produits seraient encore vendus afin qu’ils disparaissent définitivement de la circulation.
Plusieurs mesures déjà prises
Selon Augustin Minani, administrateur de la commune Rumonge, plusieurs mesures ont déjà été prises pour lutter contre la commercialisation et la consommation de ces boissons fortement alcoolisées. « Nous avons donné un délai aux commerçants pour qu’ils vident leurs stocks et cessent de s’approvisionner ».

Selon lui, l’administration prévoit d’installer une barrière de contrôle sur la colline Rutumo afin que ces boissons n’entrent plus dans la commune.
Par ailleurs, les chefs de zone ont été chargés d’effectuer un inventaire des stocks encore disponibles afin d’identifier les commerçants et les débits de boissons qui en détiennent toujours.
Il indique que ces mesures font suite à plusieurs cas de décès attribués à la consommation de ces boissons. En plus des pertes en vies humaines, il déplore aussi d’importantes conséquences sociales et économiques.
« Nous avons constaté une forte dépendance chez certains consommateurs. Beaucoup ne mangent plus correctement. Ils s’affaiblissent et deviennent improductifs ».
Ferdinand Nduwimana, secrétaire exécutif de la commune Bururi, reconnaît que ces boissons étaient largement consommées par la population et commercialisées dans plusieurs boutiques de la commune.
Il précise qu’elles disposaient d’une certification du Bureau burundais de normalisation et du contrôle de la qualité (BBN) même si leur teneur réelle en alcool suscitait des inquiétudes.
Selon lui, l’administration communale a récemment reçu l’instruction d’interdire leur commercialisation et leur consommation. « Nous avons demandé aux boutiquiers de ne plus s’approvisionner en ces boissons et aux détaillants d’écouler les stocks restants afin de mettre progressivement fin à leur commercialisation ».
Il fait toutefois remarquer que d’autres produits alcoolisés prohibés continuent d’être fabriqués et consommés dans certaines localités de la commune, notamment une boisson connue sous le nom de « Igiti ».
L’administration affirme sanctionner les producteurs et vendeurs de ces boissons tout en menant des campagnes de sensibilisation pour décourager leur production et leur consommation.
M. Nduwimana se réjouit alors des premiers résultats enregistrés. Il observe qu’un nombre croissant de boutiques ne disposent plus de ces boissons et que les stocks restants sont en voie d’épuisement.
Pour lui, cette mesure se justifie par les nombreux risques que ces boissons font peser sur la population. Il évoque notamment plusieurs cas de décès y relatifs rapportés ainsi que leurs effets sur la santé et la productivité des consommateurs.
« Beaucoup de personnes qui consommaient ces boissons passaient leurs journées devant les boutiques ou traînaient dans des buvettes au lieu de travailler. Leur état de santé se détériorait progressivement ».
« Le problème réside parfois dans le non-respect des normes par certains producteurs »
Le Premier ministre, Nestor Ntahontuye reconnaît que certaines boissons alcoolisées peuvent avoir des effets néfastes sur la santé de la population. Il indique que le site du BBN contient la liste de toutes les boissons autorisées ainsi que leurs usines de fabrication.
Selon lui, le problème réside parfois dans le non-respect des normes par certains producteurs qui augmenteraient la teneur en alcool au-delà des seuils autorisés.
Il rappelle que le rôle du BBN est de notamment vérifier régulièrement si les boissons mises sur le marché répondent aux normes exigées. Lorsqu’une irrégularité est constatée, des sanctions allant jusqu’à la fermeture de l’usine concernée peuvent être prises,
Il souligne qu’une autorité qui constate qu’une boisson consommée par les citoyens nuit à leur santé, doit agir comme ambassadeur du BBN pour renseigner qui de droit. Des enquêtes sont alors menées.
Par ailleurs, il annonce de nouvelles mesures visant à mieux encadrer la commercialisation des boissons fortement alcoolisées. Parmi celles-ci figure l’obligation, prévue dans le budget général de l’Etat 2026-2027, de conditionner les boissons à forte teneur en alcool dans des bouteilles en verre plutôt qu’en plastique. Un délai de mise en conformité sera fixé pour les producteurs.
Concernant le paiement des taxes, le Premier ministre affirme que les producteurs s’en acquittent. Cependant, cela n’exclut pas l’existence de certaines irrégularités dans les pratiques de fabrication. « Nous prévoyons également de vérifier si les activités autorisées par les permis délivrés correspondent réellement à ce qui est pratiqué sur le terrain dans les usines ».
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