Lors d’une émission publique du 11 juin 2026 animée par les membres du gouvernement à l’intention des journalistes et des citoyens, le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, a annoncé le rétablissement de la 10ᵉ année ainsi que de nouvelles mesures dans le système éducatif burundais. La 10e année avait été supprimée en 2013 lors de l’instauration de l’École fondamentale,
Certains parents rencontrés dans la zone Kamenge de la commune Ntahangwa, accueillent favorablement la décision. Selon eux, l’instauration de l’École fondamentale a contribué à la baisse du niveau scolaire des enfants.
Nadine Nibitanga, parent habitant dans le quartier Mirango, espère que les nouvelles mesures permettront d’améliorer la qualité de l’enseignement.
« Lorsque j’ai entendu les propos du Premier ministre, j’ai été heureuse. J’ai un enfant qui a passé le concours de la 9ᵉ année. Mai, s’il n’a pas réussi. Il a alors été orienté vers une école technique et professionnelle. Comme il souhaitait obtenir un certificat à la fin de ses études, il s’y est inscrit, mais il n’y a passé qu’une seule année avant d’abandonner. Il a de petits frères. J’avais peur que ceux-ci ne suivent son exemple. Mais, avec le retour de l’ancien système éducatif, j’ai espoir que cela ne se reproduira pas. »
Un autre parent, qui a préféré garder l’anonymat, partage l’avis. Selon lui, même le programme enseigné dans le cadre de l’École fondamentale n’était pas adapté.
« Imaginez qu’on enseigne l’entrepreneuriat à un enfant de 2ᵉ année ! Même parmi les adultes, certains ne maîtrisent pas cette matière. Dire qu’un élève de 9ᵉ année qui échoue au concours peut se lancer dans l’entrepreneuriat est irréaliste. À 13 ou 14 ans, est-il vraiment possible d’entreprendre ? Il fallait également tenir compte de l’environnement dans lequel nous vivons et des réalités socio-économiques auxquelles les familles sont confrontées. »
Des inquiétudes restent
Jean-Paul Nsengiyumva est un parent dont l’un des enfants est actuellement en 9ᵉ année. Il se dit préoccupé par les incertitudes entourant la mise en œuvre de la réforme annoncée.
« Nous avons encore beaucoup d’interrogations car, la décision du Premier ministre n’entrera en vigueur qu’à partir de la prochaine année scolaire. Que deviendront nos enfants qui passeront le concours cette année scolaire qui s’achève ? Poursuivront-ils directement en 11ᵉ année comme cela se faisait jusqu’à présent, ou devront-ils d’abord passer par la 10ᵉ année ? Qu’adviendra-t-il pour ceux qui n’auront pas réussi le concours ? Leur permettra-t-on de reprendre l’année comme c’était le cas dans l’ancien système ? »
Ces parents demandent au gouvernement de renforcer la formation et le perfectionnement des enseignants afin d’améliorer davantage la qualité de l’enseignement au Burundi. Selon eux, il est essentiel d’investir dans le renforcement des capacités du personnel enseignant pour garantir une éducation de qualité et mieux préparer l’avenir du pays.
Réactions
Antoine Manuma : « Elever et investir dans l’éducation, c’est préparer l’avenir d’une Nation. »
Le président de la Fédération nationale des Syndicats du secteur de l’Education et de l’Enseignement au Burundi (Fenaseeb) estime que le rétablissement de la 10e année est une bonne décision.
Toutefois, il indique que d’autres mesures de la part du gouvernement sont nécessaires pour renforcer davantage la qualité de l’enseignement à tous les niveaux, y compris dans l’enseignement supérieur.
M. Manuma insiste également sur la révision et la mise à jour des programmes d’enseignement depuis la première année de l’École fondamentale jusqu’au post-fondamental.
Ce syndicaliste est convaincu que les fondements de l’apprentissage se construisent dès les niveaux inférieurs de l’enseignement.
« Un enseignant d’université ne peut pas corriger à lui seul les lacunes accumulées par un étudiant tout au long de son parcours scolaire. Le Premier ministre devrait plutôt proposer un plan global d’amélioration salariale couvrant tous les niveaux d’enseignement afin de motiver l’ensemble du personnel éducatif. »
Pour lui, les résultats de la recherche permettent aux décideurs de mieux orienter les politiques publiques en faveur du développement durable.
« Pour rehausser la qualité de l’enseignement, le gouvernement doit placer l’éducation parmi ses priorités. Les besoins sont énormes et nécessitent des ressources budgétaires conséquentes. Élever et investir dans l’éducation, c’est préparer l’avenir d’une Nation. »
Libérat Ntibashirakandi : « La restauration de la 10e année est une fausse solution à un problème dramatique. »
Ce professeur d’université estime que le système éducatif burundais est dans un état de délabrement qui dépasse l’entendement. « Il est plongé dans un chaos total à la suite de réformes improvisées, menées sans études préalables et sans ressources suffisantes pour les mettre en œuvre correctement. »
Il met en doute les promesses formulées par le Premier ministre lors de l’émission publique, rappelant qu’un de ses prédécesseurs avait déjà assuré, en décembre 2020 devant les parlementaires, que le problème du manque de bancs-pupitres dans les écoles allait être résolu.
« Six ans après, qu’en est-il dans les écoles ? L’annonce du Premier ministre redonne l’espoir aux jeunes. Mais, le Burundi dispose-t-il de ressources suffisantes pour concrétiser ces promesses ? Les enseignants quittent massivement le Burundi à destination des pays du Golfe. Le manque d’enseignants qualifiés constitue un véritable drame national. La restauration de la 10e année est une fausse solution à un problème dramatique. »
Enfin, il estime que l’amélioration de l’éducation au Burundi passe par « une réforme progressive et bien préparée, des enseignants qualifiés et motivés, des infrastructures scolaires suffisantes et bien équipées, une participation de toute la société aux décisions éducatives, une meilleure gouvernance des écoles, un système efficace d’évaluation et d’inspection ainsi qu’une vision nationale claire de l’éducation fondée sur la qualité plutôt que sur des décisions politiques ou improvisées. »
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