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A la veille de l’Aïd el-Hadj, le marché de bétail de Rutegama vire à la douche froide

A Gitega, le faste habituel des préparatifs de la fête du sacrifice n’est pas au rendez-vous au principal marché de bétail de la capitale politique. Face à une spéculation jugée folle par les acheteurs, les commerçants qui espéraient maximiser leurs profits se heurtent au mur de la réalité économique burundaise. Entre déception des vendeurs rentrés bredouilles et résignation des fidèles musulmans, le cœur n'est pas aux dépenses excessives.

A Rutegama, l’ambiance des grands jours n’aura duré que le temps d’une illusion. Le lundi 25 mai 2026, les meuglements des vaches et les bêlements des chèvres ainsi que des moutons s’entremêlaient dans une cacophonie de transactions avortées. Eleveurs et négociants attendaient ce moment depuis plusieurs mois, misant gros sur la grande fête musulmane pour réaliser la plus belle plus-value de l’année. Mais le réveil a été brutal. « Nous avons investi d’énormes capitaux pour acheminer ces bêtes jusqu’ici, en payant le transport et les taxes, tout cela en pensant que les acheteurs se bousculeraient comme d’habitude », confie, dépité, Léopold Bizimungu, commerçant de bétail de la commune Ruyigi.

D’après lui, les clients viennent, demandent les prix, secouent la tête et repartent. « Nous rentrons bredouilles, l’argent bloqué dans un cheptel que personne ne peut s’offrir », a-t-il déploré.

Comme Léopold , de nombreux vendeurs ont refusé de revoir leurs ambitions à la baisse, persuadés que l’imminence du jour J forcerait la main des chefs de famille. Au fur et à mesure que les heures avancent, ils regrettaient une erreur de calcul face à un pouvoir d’achat exsangue.

Des prix prohibitifs face à un pouvoir d’achat en berne

Sur le marché, la spéculation a atteint des sommets vertigineux. Une chèvre ou un mouton de taille moyenne oscille désormais entre 300 000 et 400 000 Fbu. Pour les bovins, la situation est encore plus déconnectée de la bourse du citoyen moyen : un taureau s’échange difficilement entre 2 000 000 et 3 000 000 Fbu.

Des tarifs prohibitifs qui subissent de plein fouet l’impact de l’inflation et des difficultés économiques globales que traverse le pays.  Pour déjouer cette flambée prévisible, certains fidèles plus prévoyants  ou légèrement plus aisés avaient tenté de prendre les devants. « J’ai acheté deux chèvres il y a trois semaines à 20kilometres de  la ville, car je savais qu’à la veille de la fête, les prix au marché seraient intenables », explique Issa Harakandi, rencontré  au quartier Nyamugari. « Mais aujourd’hui, pour la majorité de mes frères de foi, une telle dépense est tout simplement devenue impossible »,a-t-il ajouté.

Le choix de la piété contre la folie des grandeurs

Dans les quartiers de Gitega, le constat est partagé par de nombreuses familles : l’Aïd el-Hadj de cette année ne ressemblera pas aux précédents. L’heure est à la sobriété forcée et au refus du gaspillage. « La vie est devenue beaucoup trop chère pour que l’on s’expose à des dépenses inconsidérées », analyse sagement Fatouma Hussein, mère de quatre enfants.  Même son de clochez chez Abdallah Hakizimana. Il affirme que ses voisins et  lui n’iront pas faire des folies. « Nous irons à la prière du matin, c’est le plus important. Ce qui compte aux yeux d’Allah, c’est la piété et l’intention du cœur, pas la taille de la bête égorgée! »

A Gitega, cette résignation pragmatique montre à quel point les priorités ont changé. Face aux impératifs du quotidien (scolarité, logement, nourriture de base), le sacrifice d’une bête entière est devenu un luxe d’un autre temps pour la classe moyenne.  Alors que le soleil se couche sur la capitale politique, les commerçants de Zege surveillent leurs bêtes d’un œil morne, tandis que les foyers se préparent à célébrer dans le recueillement.  A défaut d’opulence, c’est la ferveur spirituelle qui viendra illuminer cette édition de l’Aïd el-Hadj.

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