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Le leadership national appelé à ne pas se dérober de sa responsabilité.

L’organisation « Parole et action pour le réveil des consciences et le changement des mentalités (PARCEM) a organisé, mercredi 13 mai 2026, à Bujumbura, une conférence de presse sur son rapport analytique de la situation de gouvernance et de la vie socio-politico-économique du pays pour les premiers mois de l’année 2026 intitulé « Où allons-nous ?». Faustin Ndikumana, directeur national de PARCEM, interpelle le leadership actuel à assumer ses responsabilités.

D’emblée, le directeur national de PARCEM fait observer qu’il existe des défis qui semblent ne pas attirer l’attention particulière des autorités pour que ces dernières puissent y trouver des solutions adéquates et idoines.
« Le leadership national se dérobe de plus en plus. Il n’assume pas l’échec évident de la situation, alors que la Constitution, à travers certains articles, les appelle à y trouver des solutions », s’indigne Faustin Ndikimana.

Il fait constater que la situation va se compliquer davantage tout en déplorant le fait qu’il n’y a pas de volonté de la part du leadership actuel d’y consacrer une attention particulière et de se sentir redevable devant le peuple burundais.
Cet activiste de la société civile énumère les aspects sur lesquels tout gouvernement responsable doit afficher une attention particulière au quotidien.

Il s’agit, selon lui, de l’inflation, de l’énergie, de la mobilité des personnes et des biens, du niveau de pauvreté tant en milieu urbain qu’en milieu rural, des indicateurs démographiques et de croissance.

Il s’agit, ajoute-t-il, de la situation fiscale, de l’emploi, des réserves de change, de l’endettement, des services sociaux de base et de la disponibilité des produits de première nécessité.
« Un gouvernement qui n’accorde pas une attention particulière à ces aspects, partout c’est un gouvernement qui ne comprend pas ses missions », regrette le directeur national de PARCEM.

Pour y parvenir, souligne Faustin Ndikumana, il y a les piliers fondamentaux, des politiques connus partout au monde.

Selon lui, il faut une politique budgétaire responsable et une politique monétaire responsable. Il faut une lutte contre la corruption avec une volonté politique. Il recommande aussi une coopération et une mobilisation des financements, un environnement propice au climat des affaires. Il faut, enfin, une bonne politique d’intégration régionale, la concurrence et la compétitivité, la cohésion nationale et la solidarité politique.

Qu’en est-il de l’état des lieux au Burundi ?

Le directeur national de PARCEM dépeint un tableau plutôt sombre et inquiétant. Il fait remarquer que tous ces aspects se font parler d’eux-mêmes actuellement au Burundi. De prime à bord, il cite l’inflation, qui selon lui, est un indicateur par excellence d’une mauvaise politique dans le pays.
« Dans un pays où la politique est mise en échec, le premier indicateur, c’est une inflation, non contrôlée, non maîtrisée », martèle-t-il.

Selon lui, l’inflation ne devrait pas dépasser 8%. Il informe que l’inflation au Rwanda, au Kenya, en Tanzanie est en dessous de 5%. Mais au Burundi pendant les premiers mois, fait-il savoir, on est encore à 31, 29, 30 selon les publications de l’INESB. « Ce n’est pas normal pour un gouvernement responsable », s’alarme-t-il.

Le problème n’est plus cette inflation, analyse Faustin Ndikumana, c’est cette considération que la situation est normale par un gouvernement responsable. C’est cela qui inquiète. « L’inflation est à l’origine de la paupérisation et de la vulnérabilité. C’est l’inflation qui érode le pouvoir d’achat des familles ».
Par ailleurs, Faustin Ndikumana est préoccupé par le manque de sécurité énergétique. Le manque de carburant et de l’électricité reste un casse-tête pour la population burundaise. Il évoque les tracasseries liées à l’approvisionnement en charbon dans la capitale. « Il n’a même pas d’alternative comme le gaz. La tourbe a disparu. Les autres pays sont déjà dans le nucléaire comme le Rwanda », renchérit le directeur national de PARCEM.

M. Ndikumana n’oublie pas les tracasseries liées à la mobilité des biens et des personnes. « Le carburant donne du fil à retordre aux citoyens. Les gens ne se déplacent plus. Ce n’est pas normal ».

Un cortège de défis

Le directeur national de PARCEM ne mâche pas ses mots. D’autres défis hantent l’économie burundaise. Il cite, entre autres, le manque de réserves de change. Il parle aussi de l’endettement qui explose. « On s’endette à tout vent, autour de 50% du PIB. On ne parvient pas même à financer l’éducation mais on s’endette. On n’arrive pas à recruter le nombre suffisant d’enseignants mais on s’endette ».

Le secteur de la santé n’est pas épargné. Il fustige le manque de médicaments dans les structures de soins, un accès difficile aux services de santé et un personnel soignant insuffisant.

Selon lui, la croissance économique reste préoccupante. Or, fait-il observer, on doit avoir une croissance économique de 15% au moins pour atteindre la vision. Mais on est toujours à 3,3% alors que dans la sous-région on est à 8,7,9,10.
Faustin Ndikumana épingle aussi le chômage et le sous-emploi. Et comme corollaire, c’est le départ massif des jeunes vers d’autres cieux qui continue. « Le pays n’a pas de croissance, de stabilité économique. Le sous-emploi s’observe même en milieu rural », alerte-t-il.

Cet activiste de la société civile se lamente de l’état actuel de la fiscalité. Pour lui, la fiscalité continue à être un fardeau pour le contribuable. Il dénonce aussi les exonérations non contrôlées qui continuent. « On taxe plus la consommation. Les gros revenus sont épargnés. On reste toujours dans l’économie informelle », tout en déplorant que le commerce des devises et du carburant continue à être exécuté à l’informel.

M. Ndikumana s’insurge contre le manque de rigueur dans les dépenses surtout dans la gestion des missions que ce soit à l’intérieur qu’à l’extérieur. « Ça saigne le trésor public au niveau même des réserves de devises ».

Il épingle aussi un déficit au niveau de la coopération et la mobilisation des fonds. Pour lui, plusieurs projets peinent à démarrer et d’autres restent inachevés. Il cite, entre autres, le cas de la zone économique spécial de libre-échange, la construction du marché central et des bâtiments de l’OBR, la réfection de l’hôpital roi Khaled, la construction de la route Bujumbura Rumonge, la réhabilitation de l’aéroport Melchior Ndadaye, l’aéroport de Bugendana.

Par ailleurs, Faustin Ndikumana pointe du doigt le monopole de l’Etat tout en citant le cas de la SOPEBU et de l’ANAGESSA qu’il qualifie de monopoles inefficaces.
« Quelle capacité pour la SOPEBU pour importer le carburant ? Quelle est sa logistique ? », s’interroge-t-il.

Une justice paralysée

Des journalistes participent à la conférence de presse

Pour le directeur national de PARCEM, la lutte contre la corruption reste un défi majeur tout en évoquant le cas de la construction des zones où on ne daigne pas arrêter personne.
« L’ancien président, Domitien Ndayizeye, parle de 100 personnalités inarrêtables qui causent un tort au trésor public. Mais, elles se la coulent douce. Les institutions de contrôle telles que la cour des comptes ne sont pas mises à contribution », s’insurge-t-il.

Selon M. Ndikumana les cas de détournement gonflent mais restent impunis. « Quand un policier détourne 30 sacs de riz, c’est un procès de fragrance qui est engagé. Mais pour des milliards, on se contente de demander le remboursement. C’est inédit », regrette-t-il.
En outre, il dénonce des cas d’enlèvements et de disparitions de personnes tout en déplorant le manque de campagne pour juguler ce phénomène.

Le directeur national de PARCEM interpelle le leadership actuel d’assumer ses responsabilités devant une nation qui se meurt petit à petit.
« L’ère n’est plus de régner sans gouverner. L’ère n’est plus du mensonge, de manipulation populaire. C’est l’ère de l’action, de rendre compte », insiste-t-il.

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