Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3594 jours. Nous ne l'oublions pas.

Les dénonciations de Neva. Et après ?

Des chantiers inachevés, de l’argent détourné, des cadres corrompus, entre autres dénonciations faites par le président de la République Evariste Ndayishimiye. La dernière en date de sa visite, ce 18 mai 2026, au Centre naisseur de lapins de Karusi, en province Gitega. Traité publiquement et devant les caméras de tous les noms, Dr Ir Lieutenant-Colonel Léonidas Nibigira, Commissaire général de l’OBUHA en a payé le prix. Le lendemain, il a été directement destitué. Le chef de l’Etat a promis un audit sur l’utilisation de plus de 2,391 milliards BIF déjà dépensés à ce chantier depuis 2023.

Partagée  par le service présidentiel de la communication, une vidéo de cette visite au chantier du Centre naisseur de lapins de Karusi est devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit le président de la République à son arrivé accueilli solennellement par le Commissaire général de l’OBUHA (Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction).

En tenue civile, contrairement aux usages habituels, il fera un salut militaire impeccable et il tient à se présenter en commençant par son numéro matricule avant la visite proprement dite : « Je vous présente l’équipe de projet faite pour votre visite ici au Centre naisseurs de Karusi. A vos ordres Excellence président de la République… » 

Vue partielle du chantier inachevé du centre naisseur des lapins de Karusi

Après cette présentation militaire, il y aura une poignée de mains sous les flashs des photographes et les projecteurs des caméras.  Et une visite guidée suivra.  « Comme vous allez le constater, on va vous montrer un centre constitué d’infrastructures subdivisées en deux parties principales : La 1ère comprend un salon d’accueil et ici c’est une partie réservée à… ».

Il ne termine pas sa phrase quand le président de la République l’interrompt net  par une salve de questions : « Quel est le budget déjà octroyé pour la construction de ces maisons ? Au total, on vous a déjà donné combien ? »

Le Commissaire général de l’OBUHA tente de répondre mais les mots peinent à sortir : « Eh, je l’avais écrit quelque part mais ici, eh… » La Commissaire est visiblement mal à l’aise mais le président revient à la charge par une deuxième salve de question : « Côté ministère, est ce que vous n’avez pas ce chiffre ? »

Concomitamment, des cadres dudit ministère présents sur place annoncent que globalement, c’est 4 milliards BIF mais que pour ce centre de Karusi, il s’agit de 2,391 milliards BIF.  Ils précisent d’ailleurs que pour le 2ème versement, c’était 1,191 milliards BIF.

Le Président s’énerve

« Est-ce que vous savez qu’avec ce montant, je peux construire deux centres du genre, même trois ? Faut-il que je vous montrer le centre construit à Kibimba ? Qu’est-ce que vous avez ajouté depuis ma dernière visite ici ? », demande-t-il au Commissaire Nibigira. Très en colère, le chef de l’Etat haussera le ton : « J’ai vu que tu m’as mené en bateau ici et là, j’avais déjà fait une visite ici, montrez-moi ce qui a été fait après ? »

Encore une fois, apparemment abattu, le Commissaire Nibigira tentera de s’expliquer : « Excellence après votre visite, notre priorité a été de rénover… ». Encore une fois, il ne terminera pas sa phrase, le président lui coupera la parole : « Non. Montre-moi ! »

Le Commissaire tentera de poursuivre : « Après votre visite Excellence, nous nous sommes concentrés sur les travaux du 2ème lot ». Même avec cette réponse, le président restera perplexe et lui demandera pourquoi entamer le 2ème lot avant de terminer le 1er.

« Excellence, Excellence, », tentera encore une fois de se justifier M. Nibigira. Et d’un geste de la main, le chef de l’Etat le stoppe net : « Silence ! M. le ministre, on leur retire de ce projet. L’OBUHA est disqualifié. Je ne veux même plus l’entendre dans ce projet. Je vais effectuer un audit, mes techniciens vont compter tout le budget utilisé dans ce projet. C’est incompréhensible ».

Pour démontrer l’incompétence de l’OBUHA, le chef de l’Etat donnera l’exemple du Stade Intwari : « Il n’a pas coûté autant d’argent et la durée de sa construction n’a pas été aussi longue ».

Pour lui, le minimum serait que le commissaire général de l’OBUHA montre une partie du centre naisseur de Karusi déjà fonctionnelle.  « Quelle stupidité ! Pensez-vous que les biens du pays sont à gaspiller ? C’est une bévue de ne pas pouvoir montrer la phase I, la phase 2 et la phase 3 ! Allons voir le coût du centre naisseur de Cibitoke ou celui de Kibimba ? Et tu viens me raconter des histoires ? Tout ce que vous savez c’est manger seulement. Vous n’êtes capable de rien. Entendons-nous sur une chose : T’es disqualifié, je vais envoyer ceux qui vont mener un audit technique et financier. La suite, on la saura ».

Ce n’est pas fini. Le chef de l’Etat lui demandera quand les travaux de construction de ce centre ont commencé. « Nous avons commencé en novembre 2023 », glissera M. Nibigira. Une réponse qui laissera le président stupéfait : « Trois ans ? Quand  est-ce que j’ai commencé le Stade Intwari ? Rappelle-toi de l’année ? La construction d’autres palais que j’ai piloté, c’était quand ? Le palais de Bujumbura, je l’ai commencé quand ? Allez voir comment il est ? »

Le président Neva ne tardera pas à tirer la conclusion : « Vous n’êtes là que pour manger, être payés sans travailler. C’est intolérable. » Et de s’adresser au ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, Calinie Mbarushimana : « Cherchons nos techniciens pour le faire. Vous allez voir dans moins de 5 mois, ça sera fini ».

Aussitôt disqualifié, aussitôt destitué

Poignée de main lors de la remise et reprise à l’OBUHA, ce mercredi 20 mai 2026

24 heures après la visite du président Evariste Ndayishimiye au centre naisseur de Karusi, un décret nommant un nouveau commissaire général de l’OBUHA est tombé. Il s’agit de Msc. Arch. Dieudonné Nkunzimana.

Selon des sources dignes de foi, celui-ci n’est pas un inconnu au sein de l’OBUHA. Architecte de formation, il occupait déjà les fonctions de Directeur de la planification ad intérim au sein de l’OBUHA. Il faisait partie des principaux cadres chargés du suivi des projets et de la coordination des activités de planification dans cette institution. La remise et reprise a eu lieu ce mercredi 20 mai 2026. Le nouveau commissaire a promis qu’il va s’atteler à développer l’OBUHA dans l’intérêt du pays et de la population.


« Le Burundi risque d’être un pays des chantiers inachevés »

D’après le ministre des finances, un projet qui n’est pas achevé ne peut produire aucun impact réel sur le développement du pays. Devant les députés, Alain Ndikumana, ministre des Finances a fait un diagnostic accablant.  Ce dernier avertit que le Burundi risque de devenir « un pays de chantiers inachevés » si les infrastructures en cours de construction ne sont pas achevées.
Au siège de l’OBR, les travaux semblent suspendus au cinquième niveau alors que le bâtiment devait initialement s’élever sur douze étages

Devant les députés de la chambre basse dans la séance du 13 mai 2026, Alain Ndikumana indique que cette situation traduit un problème de planification et de priorisation dans l’exécution des projets publics.

Il déclare également que : « Dans le ministère de la Santé, il n’y aura plus de nouveaux hôpitaux ou centres de santé construits avant l’achèvement de ceux qui sont encore en cours de construction », après avoir évoqué des infrastructures sanitaires exécutée par l’OBUHA qui restent inachevées dans différentes localités du pays dont : les centres de santé de Nyabikere, Busoni, Kabezi, Jabe et Kamenge.

Le ministre estime qu’il est urgent de revoir la manière dont les projets publics sont planifiés et mise en œuvre afin d’éviter le gaspillage des ressources publiques. Il appelle à concentrer les moyens disponibles sur l’achèvement des infrastructures déjà entamées pour garantir leur fonctionnement.

Ces propos interviennent dans un contexte où plusieurs économistes et ceux de la société civile dénoncent régulièrement la lenteur dans la mise en œuvre de certains projets publics.

Sur terrain, la réalité est troublante

Après les déclarations du ministre des Finances, Iwacu s’est rendu sur terrain. Le constat est amer. Plusieurs chantiers peinent à avancer, d’autres sont presqu’à l’abandon. Reportage.

Depuis trois ans, le chantier de l’OBR stagne. Lancé en décembre 2020 par le président de la République, Evariste Ndayishimiye, avec un budget estimé à 68 milliards de BIF, le chantier du siège de l’Office burundais des recettes (OBR) peine à avancer depuis trois ans.

Vers 13 heures, dans le quartier Kigobe, à proximité de l’Ambassade des États-Unis au Burundi, le chantier du futur siège de l’Office burundais des recettes (OBR) donne l’image d’un projet à l’arrêt. Les travaux semblent suspendus au cinquième niveau alors que le bâtiment devait initialement s’élever sur douze étages. Sur place, aucun maçon ni aide-maçon n’est visible. Le site est plongé dans un calme inhabituel, sans bruit de machines ni mouvement d’ouvriers, seul un gardien assurant la surveillance des lieux.

Rappelons que ce chantier, dont le délai d’exécution avait été fixé à quatre ans, a été lancé le 17 décembre 2020 par le président de la République, Évariste Ndayishimiye, lors de la cérémonie de pose de la première pierre de cette infrastructure.

À la BRB, les travaux évoluent au ralenti

À Bujumbura, le chantier du nouveau siège de la Banque de la République du Burundi (BRB) est en cours depuis 2019. Malgré l’importance stratégique de cette infrastructure, plusieurs citoyens s’interrogent sur les retards observés dans l’exécution des travaux.

Rencontré à proximité du chantier, Jean Paul Nindorera peine à comprendre cette lenteur autour de l’immeuble de la Banque centrale. « Ce n’est pas l’infrastructure de n’importe quelle banque. C’est la banque mère des autres banques. Elle ne peut pas manquer de budget pour poursuivre les travaux. Attendons le mois d’août pour voir si elle sera opérationnelle. »

Une diminution du nombre d’ouvriers est tout de même perceptible. Les mouvements ne sont plus aussi soutenus qu’au début des travaux.

La salle des conférences internationales de Bujumbura toujours non opérationnelle

Depuis avril 2022, l’Office burundais de l’habitation (OBUHA) a entamé les travaux de construction d’une salle de conférences internationales en mairie de Bujumbura. Le projet devait être achevé dans un délai de 18 mois, mais jusqu’en mai 2026, cette infrastructure demeure non opérationnelle.

Sur place, dans la zone Rohero de la commune Mukaza, sur l’avenue de la Culture, l’infrastructure présente pourtant l’apparence d’un chantier presque terminé. Les travaux de construction semblent achevés, même si la salle n’est toujours pas fonctionnelle. Tout en rappelant que cette salle de conférence internationale avait un délai d’exécution de 18 mois.

Sous couvert d’anonymat, N.A., une personne vivant dans les environs, affirme que les travaux se sont arrêtés il y a plusieurs mois. « Nous pensions que cette infrastructure allait bientôt être inaugurée et devenir fonctionnelle, mais jusqu’à présent, rien n’a changé. Je crains qu’il y ait encore des travaux non achevés à l’intérieur, parce que si l’on regarde l’extérieur, le bâtiment paraît déjà prêt. Pourtant, c’est une belle infrastructure qui devait générer des revenus pour le Trésor public. Je ne comprends pas pourquoi elle n’est toujours pas opérationnelle. »

Au chantier des Logements sociaux au site SOCARTI, en zone Kamenge, commune Ntahangwa, tout est à l’arrêt.

Pour certains économistes, le problème réside principalement dans la planification des investissements publics. Ils estiment que lancer plusieurs projets à la fois sans ressources suffisantes entraîne souvent des retards, une hausse des coûts et parfois la dégradation des infrastructures avant même leur mise en service.

Ces derniers soulignent également que les infrastructures inachevées réduisent l’impact attendu sur l’économie nationale. Un bâtiment administratif ou sanitaire qui n’est pas opérationnel ne crée ni services efficaces ni bénéfices directs pour la population.


Réactions

Gabriel Rufyiri : « Ses missions dépassent largement ses capacités »


Gabriel Rufyiri, president de l’OLUCOME estime que les nombreux chantiers inachevés de l’Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (OBUHA) trouvent leur origine dans des problèmes de planification, d’organisation et de gouvernance.

Selon lui, l’OBUHA, créé par la loi n°1/079 du 10 mai 2019, regroupe plusieurs anciens services publics liés à l’urbanisme et à la construction, notamment l’urbanisme, la SIP, Ecosat, le laboratoire national ainsi que la direction du bâtiment. Mais pour Gabriel Rufyiri, cette centralisation excessive rend l’institution difficile à gérer efficacement.

Il explique que l’OBUHA intervient pratiquement dans tous les domaines liés à la construction publique : routes urbaines, viabilisation et lotissement des parcelles, logements sociaux, infrastructures gouvernementales ainsi que plusieurs autres chantiers à travers le pays, à l’exception des routes nationales gérées par l’ARB, Agence routière du Burundi.

Pour le président de l’OLUCOME, les missions confiées à l’OBUHA dépassent largement ses capacités humaines et techniques. « L’OBUHA est à la fois maître d’œuvre, structure de surveillance, structure de réception et même chargée de l’achat des matériaux », critique-t-il. Il s’interroge ainsi sur la capacité réelle de l’institution à accomplir efficacement autant de responsabilités avec les ressources et les experts dont elle dispose.

Gabriel Rufyiri évoque également un problème de contrôle et de transparence. Il rappelle que la loi créant l’OBUHA prévoit que deux commissaires aux comptes transmettent chaque année un rapport aux ministres de tutelle, au ministre des Finances ainsi qu’au président de la République. Il se demande toutefois si ces rapports ont réellement été produits depuis 2019 et si les mécanismes de contrôle fonctionnent correctement.

Selon lui, les retards et les abandons de chantiers résultent à la fois de cette mauvaise organisation, du manque de moyens techniques et humains, mais aussi de ce qu’il qualifie de « vol organisé » autour des projets publics.

Pour illustrer ses propos, Gabriel Rufyiri cite le chantier de l’ancien marché central de Bujumbura. Il affirme que plusieurs sociétés se sont déjà succédé dans l’exécution du projet. D’abord une société sino-africaine liée, selon lui, à certains dignitaires, puis une société des banques du Burundi, ensuite une autre entreprise dénommée Ubaka Nation, avant que l’État ne s’associe à une nouvelle société.

Pour lui, cette situation entraîne un gaspillage des ressources publiques, car des budgets continuent d’être injectés dans des projets qui peinent à aboutir.

Selon lui, le principal problème réside dans l’absence d’une véritable planification stratégique. Il estime que le gouvernement burundais planifie davantage « au niveau des discours » qu’à travers des documents techniques et des programmes clairement définis.

Gabriel Rufyiri explique qu’en matière de gestion d’un État, il doit exister une vision stratégique à court, moyen et long terme. Cette vision, dit-il, devrait être étudiée minutieusement par des experts avant d’être transformée en politiques publiques réparties sur plusieurs années.  Avec des objectifs précis, des indicateurs de suivi et des budgets bien établis, on peut avancer.

Il précise que les projets publics doivent être accompagnés de mécanismes de contrôle et d’évaluation afin de mesurer les résultats obtenus. Or, selon lui, au Burundi, plusieurs projets restent au stade des discours politiques sans être intégrés dans des documents officiels de planification.« Vous entendez souvent plusieurs projets dans les discours des dirigeants, mais lorsque vous cherchez où ils sont écrits, vous ne trouvez rien », déplore-t-il.

Pour illustrer ses propos, Gabriel Rufyiri cite l’exemple du stade Intwari de Bujumbura. Il affirme qu’au niveau du suivi budgétaire, il est difficile de retrouver dans le budget national les fonds ayant servi à sa construction. Une situation qu’il considère comme un problème de transparence et de gestion des finances publiques.

Gabriel Rufyiri estime que ces retards ont des conséquences directes sur le développement économique du pays. Il rappelle qu’un pays ne peut progresser sans infrastructures fonctionnelles, qu’il s’agisse des routes, des hôtels, des hôpitaux ou des marchés publics.

Il souligne également que même certaines infrastructures existantes souffrent d’un manque d’entretien et de réhabilitation, citant notamment l’hôpital Roi Khaled parmi les exemples préoccupants.

Face à cette situation, le président de l’OLUCOME appelle à un changement de mentalité dans la gestion des affaires publiques. Selon lui, les responsables devraient davantage privilégier l’intérêt général, renforcer la planification et améliorer les mécanismes de contrôle afin de garantir l’achèvement des projets publics et le développement du pays.

Faustin Ndikumana: « Changer les responsables sans respect des principes ne sert à rient »


Faustin Ndikumana, directeur national du PARCEM pointe du doigt les problèmes d’organisation et de gouvernance qui empêchent l’OBUHA d’être efficace.   « Il est inconcevable que l’OBUHA concentre les missions de planification, exécution, surveillance et réception. Si cela est fait par une seule entité, il ne peut pas manquer des cas de détournement. »

Une autre cause évoque par M. Ndikumana est l’impunité dont bénéficient les corrompus. Il trouve que Les auteurs de détournements ne sont pas punis. Dans ce cas, dit-il, changer les responsables de l’OBUHA ne change rien sans des coupables soient punis et que des principes de bonne gouvernance soient respectées.

Le directeur national du PARCEM propose des pistes de solution pour être efficace. Il cite notamment la division du travail. Il considère que l’OBUHA devrait s’atteler à la planification, la surveillance et la mobilisation des fonds. « Avec une bonne organisation, il peut y avoir des centres d’étude et d’expertise. Des sociétés ayant des compétences et d’expériences dans la construction participent à l’appel d’offres dans la transparence. »

Après cela, il y a aussi un appel d’offres pour des entreprises qui font la surveillance de l’exécution du projet en collaboration avec un organe de l’État. Si un projet un mal exécuté ou inachevé, les responsabilités doivent être établies et les coupables punis.

Faustin Ndikumana rappelle que ses échecs dans la mis en œuvre des projets de construction par l’OBUHA s’ajoute aux autres projets qui n’ont pas abouti. Il s’agit notamment comme la construction du barrage hydroélectrique de Mpanda, barrage d’irrigation de Kajeke et la construction des bureaux des zones.

Jean Claude Nzigamasabo : « On attend du Président la  fermeté et la vérité. »

Selon Jean Claude Nzigamasabo, avocat et expert en bonne gouvernance commence par ensemble de questionnements. Le président est sidéré par une situation flagrante de mauvaise gestion des hauts responsables de son gouvernement, promet de sévir. Il donne même des délais.   L’opinion publique attend la suite en vain. Pourquoi ?  On a encore en mémoire le barrage de Mpanda. Y’a-t-il eu un rapport d’établissement des responsabilités ? Les responsables auraient-ils été punis ? L’Etat aurait-il été dédommagé du manque à gagner énorme ?

On se souvient également de l’appel à restitution des biens publics volés fait par le Président en Janvier 2023. Qui ont payé ? Lors de l’Inauguration du barrage KABU 16, le Président s’en est pris à certains de ses propres collaborateurs qui sabotent les projets énergétiques du pays. Qui sont-ils ? Quelles mesures prises contre eux.

Et de s’indigner : « Le président Evariste Ndayishimiye fait souvent des dénonciations publiques des cas de malversations économiques et des cas de corruption. Ces dénonciations ne sont pas suivies, ni d’enquêtes transparentes avec des rapports publiés, ni de procès aboutissant sur l’établissements des responsabilités et de condamnation. »

En conséquence, explique M.Nzigamasabo, l’opinion publique donne très peu d’importance à ces dénonciations non suivies d’effets.  «Wole Soyinka, l’a très bien dit :  « le Tigre ne proclame pas sa tigritude, il saute sur sa proie et la dévore ». Je pense que moins de paroles et plus d’actions pour le Président serait plus dissuasif et efficace. »

Cet avocat spécialisé dans la bonne gouvernance fait savoir que le Président doit constater et ordonner des enquêtes qui, selon la nature des faits, devraient être confiées, soit à l’Inspection Générale de l’Etat, soit à la Police ou aux parquets. Inutile d’accuser qui que ce soit, car même l’auteur d’un délit flagrant jouit de « la présomption d’innocence ». Il faut attendre l’aboutissement des procédures engagées et surtout publier les résultats.  «Ce qu’on attend du Président en pareilles circonstances, c’est la fermeté, l’exigence de la vérité « what happened ? », l’ouverture des enquêtes et la prise des mesures légales et administratives qui s’imposent. La suspension provisoire de ses fonctions du cadre présumé fautif pour raison d’enquêtes est un préalable. »

En plus, le chef d’Etat est observé pour ce qu’il décide, mais aussi pour la manière dont il réagit. En aucun cas il ne doit montrer la colère et l’énervement sur la place publique. « Il doit être au-delà de la mêlée et traiter avec considération et respect les cadres qu’il a nommés lui-même, malgré leur gestion calamiteuse. S’il les traite d’incompétents(ibijuju), de voleurs (mangeurs), l’opinion pourrait se demander si en tant que chef suprême, pourquoi il n’a pas nommé des cadres compétents aux places qu’il faut. »

Dans un certain sens, ajout-il, il peut donc être tenu solidairement responsable de la mauvaise gestion, par défaut de vigilance, à travers les nominations des cadres incompétents. « C’est cela la responsabilité du Chef, qui ne doit pas se disculper en disant que ses cadres sont des incompétents. Qu’a-t-il fait pour nommer des cadres compétents et intègres ? »

D’après Jean Claude Nzigamasabo, le recouvrement des biens de l’Etat pour des faits de corruption et infractions connexes est une question très problématique au Burundi. Il fait savoir que le cadre légal est inadapté et ne rend pas aisé ce travail. « Le taux de recouvrement très faible. »

Il recommande de débattre des défis y relatifs et réviser le cadre légal pour maximiser le recouvrement des biens et avoirs de l’Etat.

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