« Vous êtes disqualifiés. Je ne veux plus entendre parler de cette institution dans ce projet. » C’est sur un ton ferme, avec colère, que le chef de l’État s’est adressé aux responsables de l’OBUHA — l’Office burundais de l’urbanisme — lors de sa visite au chantier du Centre naisseur de lapins de Karusi, le 18 mai 2026.
Aucun bâtiment n’était achevé alors qu’environ quatre milliards de francs avaient déjà été décaissés. Une semaine plus tôt, le ministre des Finances avait dénoncé la multiplication des projets publics inachevés : « Le Burundi risque de devenir le pays des chantiers inachevés. » Un signal d’alerte. Une tentative de responsabiliser les gestionnaires publics.
De nombreux projets publics connaissent des retards excessifs, des interruptions prolongées, des dépassements budgétaires ou des abandons purs et simples. Le phénomène donne l’impression d’un pays éternellement « en construction ». On trouve des bâtiments administratifs, des routes, des écoles, des hôpitaux dont les travaux sont bloqués depuis plusieurs années. Des cas récents ont particulièrement marqué l’opinion, notamment des bureaux zonaux inachevés et certains grands édifices administratifs.
Chaque chantier abandonné raconte la même histoire : des promesses politiques ambitieuses, des budgets engagés, des marchés attribués — puis le silence. Les années passent. Les herbes poussent autour des murs fissurés.
Les analystes dénoncent une mauvaise planification, des défaillances de gouvernance — marchés publics gangrénés par le favoritisme, la corruption ou l’attribution à des entreprises peu qualifiées —, une instabilité budgétaire chronique et la multiplication de projets à portée essentiellement politique. Beaucoup estiment que l’impunité est l’une des causes principales — voire la cause centrale — de ces abandons : « Quand il n’y a presque jamais d’enquêtes sérieuses, de sanctions administratives, de poursuites judiciaires ni d’obligation de remboursement, les mauvaises pratiques finissent par devenir un système normalisé. »
L’OBUHA est régulièrement au cœur des débats sur les retards des chantiers publics, la qualité des infrastructures, les coûts de construction et la gestion des marchés. On lui reproche un cumul de fonctions problématique : il conçoit les projets, exécute les travaux et assure lui-même le contrôle technique. Ces attributions sont normalement séparées, précisément pour éviter qu’une même institution soit à la fois juge et partie. « Qui trop embrasse mal étreint » : un tel cumul pose un grave problème de gouvernance et de conflit d’intérêts. Selon les économistes, un système sans contrôle indépendant finit inévitablement par masquer ses propres échecs.
Qui répond des milliards investis dans des projets abandonnés ? Qui est sanctionné lorsqu’une entreprise encaisse des fonds publics puis quitte le chantier ? Pourquoi tant de dossiers disparaissent-ils sans audit public ni poursuites visibles ?
Le pays gagnerait à instaurer des audits indépendants des marchés publics, à sanctionner fermement les entreprises et les responsables défaillants, à ouvrir davantage les marchés à une concurrence privée qualifiée et transparente.
Car un chantier inachevé n’est pas seulement du béton abandonné. C’est un hôpital qui ne soigne pas, une école qui n’ouvre pas, une route impraticable, un service public inexistant. Autrement dit : un développement suspendu.
Un pays ne se construit pas au nombre de chantiers lancés, mais au nombre d’infrastructures achevées, fonctionnelles et utiles à sa population.
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Merci IWACU. Ce sont nos élus locaux et nationaux qui devraient poser les questions aux responsables administratifs et contrôleurs. Ensuite et régulièrement, ceux-ci nous donneraient les réponses, chacun en ce qui le concerne.