Espérance Nibigira, habitante de Mpongwe de la commune Ruyigi, alerte sur la pratique. « Des gens peuvent raviver la haine en se basant sur le passé. Rappeler à chaque fois les violences dont on a été victime suscite la haine et les tensions », explique-t-elle.
Pour elle, l’objectif de ceux qui agissent ainsi est clair : semer la haine. Elle estime qu’il faut au contraire « transcender les violences et les souffrances du passé pour arriver au développement intégral ».
Mélissa Iratabara partage la même lecture. Elle indique que certaines personnes ne digèrent pas la souffrance vécue et rappellent constamment ce qui leur est arrivé dans le temps. « L’objectif est de manipuler certaines consciences, semer la haine et les divisions afin de déstabiliser la société ».
Même analyse pour Bernard Nishemezwe. Il observe en effet que certains évoquent à chaque occasion les souffrances qu’ils ont endurées lors des différentes crises en jetant la responsabilité sur les autres. Cela ne fait qu’entretenir les ressentiments, souligne-t-il.
Pierre Nshimirimana quant à lui replace le phénomène dans l’histoire du pays. « Le Burundi a été endeuillé par des crises ethniques. Des gens diffusent des messages de haine pour rappeler ce qui s’est passé ».
Face à ce constat, les habitants de Mpongwe redoutent que, si rien n’est fait, la société risque de replonger dans la crise. Ils appellent chacun à cultiver la paix et la réconciliation en évitant d’utiliser la mémoire des souffrances.
Pour sa part, Asmani Bimazubute, le chef de la sous-colline Nankage de la colline Mpongwe, des gens ont des blessures du passé qui influencent leurs comportements. « Dans plusieurs localités du pays, des familles sont disparues. Beaucoup vivent le traumatisme ».
Il indique néanmoins que cela ne devrait pas affecter les relations humaines. Il appelle à transcender les souffrances et à bâtir une société juste et stable.
Rien de réparateur
Pour le psychologue Alexis Niyibigira, rappeler les crises du passé peut réactiver la haine au lieu de guérir. Cette pratique n’a rien de réparateur. « On désire toujours parler des conflits et des douleurs subis dans le passé non pas pour guérir ou obtenir réparation mais pour attiser les rancunes contre un groupe de personnes ».
Il s’agit, selon lui, d’utiliser des événements comme les guerres, les violences, les tueries et les traumatismes pour réactiver les blessures émotionnelles. L’objectif : désigner des coupables, justifier un sentiment de haine ou de vengeance.
Ce langage est mobilisé par différents groupes, explique le psychologue. « C’est un langage qui tient sur les ficelles du passé ». Certains diront « nous avons été persécutés » tandis que d’autres, y compris des bourreaux, affirmeront « qu’ils se sont défendus ».
Une approche plutôt constructive
Les effets sont lourds de conséquences. Cela provoque la colère, alimente les divisions sociales et fragilise la cohésion. Des personnes ayant vécu des événements douloureux se retrouvent replongées dans la souffrance. S’ensuivent la stigmatisation et la discrimination. La réconciliation devient alors impossible.
Le psychologue évoque aussi le danger du trauma intergénérationnel transmis aux enfants.
Alexis Niyibigira plaide pour une approche constructive notamment la reconnaissance de la douleur des uns et des autres ainsi que l’engagement d’un dialogue pour guérir. Cette démarche doit passer par l’éducation et l’engagement communautaire.
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