Qu’est-ce que la salinité des sols ?
C’est une forme de dégradation chimique du sol se manifestant par un excès de sels dans la solution du sol. En cas d’excès de sels divalents, le calcium et le magnésium, on parle de salinisation. Le sol qui subit ce phénomène est dit sol salin ou solonchak. Quand c’est l’ion sodium (Na+) qui domine, on parle de sol sodique ou solonetz. Le processus est appelé sodisation.
Peut-on dire alors que la salinité du sol, c’est trop de sels dans le sol ?
Oui. Quand je parle de sels, c’est que même les nutriments dont les plantes ont besoin font partie des sels. Si leurs quantités deviennent excessives ou dépassent un certain seuil dit seuil de toxicité, ils deviennent toxiques.
Où est le problème ?
Cela conduit à la nuisance de la croissance de la plante voire à sa mort. Donc, les plantes ont besoin de sels mais en quantité limitée. S’ils deviennent très élevés, c’est nuisible pour les plantes, le sol et l’environnement de façon globale.
Pourquoi se soucier de la sodicité du sol ?
Le sodium peut causer des problèmes à la plante quand il est en excès mais aussi et surtout, lorsqu’il se trouve en qualité élevée. Il entraîne des problèmes au sol. A l’état humide, celui-ci verra ses colloïdes dispersés. Cela veut dire que l’argile et les matières organiques sont détruites et dispersées.
Pouvez-vous expliquer davantage ?
Quand je dis que les matières organiques sont dispersées, cela signifie que les particules ne sont plus agrégées. C’est une perte de la structure. Le sol prendra un aspect boueux, la porosité diminue et le sol va perdre l’aération. Les racines n’auront plus assez d’oxygène. Même la microbiologie du sol perdra son activité. Et quand le sol sodique est sec, il se forme à la surface une croûte incassable.
Quelles sont alors les causes de salinisation et de sodisation ?
Les causes sont presque les mêmes sauf que pour la sodisation, il doit y avoir des sources particulières de sodium. Les origines des sels peuvent être naturelles ou anthropiques. Pour le premier cas, on parle de salinisation primaire et dans le second cas, c’est la salinisation secondaire.
La salinisation primaire est due à quoi ?
Vous savez, il y a un principe chimique que nous avons étudié depuis l’école secondaire, celui de Lavoisier qui dit que « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ce qui sous-entend que si à un endroit donné il y a beaucoup de sels, c’est qu’ils sont venus de quelque part.
Alors, pour cette salinisation primaire, c’est d’abord et avant tout l’altération des roches qui fournissent au sol les sels. Ensuite, c’est le défaut de drainage l’évapoconcentration qui peut causer l’accumulation de sels dans le sol.
Ce qui signifie….
Dans certains endroits, surtout dans les endroits désertiques ou semi-désertiques, où la demande évaporatoire est très élevée par rapport aux précipitations, les ions sont entrainés dans le trajet ascendant à partir de la nappe phréatique vers la surface. Si cette nappe phréatique contient beaucoup de sels et qu’il n’y a pas assez de précipitations, les sels montent avec l’eau évaporatoire jusqu’à la surface du sol et vont y rester. L’eau va continuer son trajet seule, mais le sel va rester à la surface.
Par quels mécanismes l’Homme peut-il causer la salinisation du sol ?
L’homme peut contribuer à enrichir le sol en sels par les mauvaises pratiques de l’irrigation avec les eaux de mauvaise qualité qui contiennent beaucoup de sels. C’est une accumulation progressive de sels. Et quand on n’a pas établi de bonnes conditions de drainage, ces sels peuvent s’accumuler d’une année à l’autre. Bref, c’est par l’irrigation avec les eaux de mauvaise qualité ou avec de faibles quantités d’eau ne permettant pas un essuyage continu de sels.
Que voulez-vous dire par une mauvaise pratique d’irrigation ?
Une mauvaise pratique d’irrigation consiste à utiliser de grandes quantités d’eau. Si la nappe phréatique est saline et qu’elle se trouve près de la surface, son niveau va monter à la surface avec les sels qu’elle contient.
Quand vous dites irrigation avec les eaux de mauvaise qualité, c’est quoi exactement ?
L’eau de mauvaise qualité, c’est quoi ? C’est une eau contenant beaucoup de sels ou dont le sodium est plus représenté par rapport au couple calcium- magnésium.
Un autre indicateur c’est la teneur élevée en anions bicarbonates et carbonates par rapport aux cations calcium et magnésium.
Quels sont les indicateurs de la salinité des sols?
Par des observations visuelles, on peut diagnostiquer, mais difficilement, un sol salin. Premier indicateur : les sols salins se manifestent par la présence d’une efflorescence saline blanchâtre, des poudres blanchâtres observables à la surface du sol pendant la saison sèche.
L’autre élément, c’est la mauvaise croissance des plantes cultivées. Quelques plantes résistent aux quantités excessives des sels. Il faut notamment citer les Cyperus platicaulis (indava), le Typha domingensis (umubere) et le Cynodon (urucaca).
Et la sodicité, ça se manifeste comment ?
La sodicité, c’est le sodium qui cause une dispersion des colloïdes. S’il y a assez de matière organique dans le sol, la matière organique dispersée va conditionner au sol la couleur brune, la solution du sol (ou l’eau des flaques d’eau) aura un aspect ou une apparence de purin. C’est vraiment un signe éloquent de sodicité.
Existe-t-il ce genre de sols au Burundi ?
Evidemment. On trouve des sols salins dans la plaine de la Rusizi, l’Imbo-Centre. C’est sur le couloir Gihanga- Gatumba-Ruvyagira-Rukaramu. A Gatumba, des éleveurs extraient de grandes quantités d’efflorescence salines qu’ils vont donner au bétail. Ils profitent du sodium qu’il y a là-dedans.
On trouve aussi quelques poches de salinité à Cibitoke près de la rivière Rusizi. D’autres endroits où on peut suspecter la présence de sols salins ou qui pourront se saliniser petit à petit, ce sont les localités proches des lacs du nord.
Pourquoi ?
Parce que là-bas, c’était une région semi-aride avec de faibles précipitations par rapport aux autres régions du Burundi.
Quelles sont les origines de la salinité de la basse Rusizi ?
Ce sont, entre autres, le volcanisme du Kivu en RDC ; l’hydrothermalisme (les eaux thermales) dans le bassin versant, y compris dans Cibitoke ; l’hydrothermalisme du lac Tanganyika et l’altération des roches de la crête Congo-Nil.
Quelles sont les caractéristiques des sols qui sont salins ici au Burundi ?
D’après des études, les sols de la basse Rusizi (Gihanga et Gatumba) sont non seulement des sols salins mais aussi il y a des zones où c’est plutôt la sodicité qui domine. C’est connu depuis les années 1960. Les sols sodiques, on les retrouvera dans les endroits du périmètre rizicole de Mugerero notamment.
Est-ce que ce phénomène a des conséquences sur la production agricole ?
Bien évidemment ! Il y a beaucoup de hectares du périmètre rizicole de Mugerero qui ont été abandonnés parce qu’ils sont touchés par le phénomène de salinité ou de sodicité.
En moyenne, ici, dans la basse Rusizi, le rendement en riz paddy est d’environ 4,2 tonnes par hectare. Supposez qu’il y a dix hectares qui sont déjà abandonnés. On encaisse des pertes d’environ 42 tonnes de riz pour chaque saison. Je n’ai pas les chiffres exacts sur moi. Mais, sachez que c’est beaucoup de hectares qui sont touchés par la salinité ou la sodicité au Burundi, surtout dans le périmètre rizicole de Mugerero.
Est-ce qu’il y a moyen de prévenir ce phénomène ou de corriger les sols déjà affectés ?
C’est possible. S’il y a des sels qui causent la salinité, il faut à tout prix s’en débarrasser. Il faut les déplacer vers d’autres endroits grâce à l’eau. On doit apporter de l’eau de bonne qualité pour lessiver ces sels. Mais il faut faire attention. Là, il s’agit des sols salins et non sodiques. Parler de lessivage signifie qu’il faut d’abord établir de bonnes conditions de drainage. On doit se rassurer que la nappe phréatique n’est pas proche de la surface. Bien évidemment, ici au Burundi, à Gihanga, nous savons qu’elle n’est pas proche. On doit se rassurer aussi qu’elle n’est pas saline et que le système de drainage est bien établi.
A Gihanga, un autre problème qui se pose est la présence des vertisols, c’est-à-dire des sols qui contiennent un pourcentage élevé en argile du genre smectite. Ces argiles sont difficiles à travailler et retiennent fortement l’eau et les sels. Alors, il devient difficile de corriger la salinité ou la sodicité si les localités affectées sont des sites à vertisols.
Mais, il faut toujours essayer. Soit par fertilisation organique et ensuite, lessiver les sels avec l’eau de bonne qualité après avoir établi les bonnes conditions de drainage.
Est-ce que de simples agriculteurs peuvent avoir des moyens pour corriger leurs sols ?
Oui parce que le premier élément qui doit être disponible c’est l’eau. Par irrigation avec de l’eau de bonne qualité, suivi du drainage des rizières, les agriculteurs parviennent à récupérer certaines superficies affectées.
Est-ce qu’à Gihanga l’eau est suffisante pour corriger cette dégradation ?
Non. En effet, l’eau qui était au départ destinée à alimenter les seules rizières de Mugerero est sollicitée par d’autres périmètres rizicoles qui s’y sont ajoutés. Rendre disponible l’eau pour l’irrigation c’est une affaire de l’Etat. L’eau qui est utilisée là-bas pour l’irrigation vient de la rivière Gatura.
Alors, que faut-il faire concrètement ?
Quand votre parcelle n’est pas encore touchée, il faut l’isoler des autres parcelles. Il ne faut pas non plus irriguer avec de l’eau provenant des surfaces déjà affectées. Sinon, il y a un phénomène de contamination. Et cette contamination latérale est très dangereuse.
Pour celles déjà attaquées, il faut prévoir le lessivage avec l’eau de bonne qualité. Afin de réussir, il faut bien entretenir les drains avec des conduits fonctionnels.
Par contre, récupérer les sols sodiques n’est pas facile. Il faut apporter un autre cation qui puisse déloger le sodium. Il s’agit du calcium. Il est apporté sous forme de gypse, un produit qui n’est pas localement disponible mais qui peut être importé.
Et quel est le coût ?
Je ne sais pas mais, sachez que c’est un produit disponible ! Le produit le plus efficace dans cette affaire est le chlorure de calcium. Mais, il est très cher. D’où il faut utiliser le gypse qui paraît bon marché. On peut l’incorporer à l’eau d’irrigation ou la répandre aux sols et y apporter de l’eau. On n’a jamais essayé le gypse ici au Burundi, mais c’est très nécessaire. Il faut aussi promouvoir des cultures résistantes : coton, tomate, sorgho, palmier dattier, fourrage, etc.
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.