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Catastrophes naturelles : Bujumbura n’est pas à l’abri

Inondations, glissements de terrain, ravinements, pluies torrentielles, montée des eaux du lac Tanganyika, …. Telles sont, entre autres, les catastrophes naturelles auxquelles le Burundi fait face. Bujumbura est l’une des principales provinces les plus affectées. Le jeudi 16 avril 2026, l’ONG La Benevolencjia, en collaboration avec les médias partenaires, a organisé une conférence publique afin d’échanger là-dessus.

Autour du thème « De la prévention des risques et de la gestion des catastrophes naturelles : bilan, défis et perspectives », des experts environnementaux, des politiciens, des défenseurs de l’environnement, des officiels, des administratifs à la base et bien d’autres partenaires ont passé en revue la situation sur le terrain et proposé des actions à mener.

Le constat a été amer. Dr. Athanase Nkunzimana, enseignant chercheur à l’Université du Burundi et expert en prévention des risques et gestion des catastrophes naturelles a souligné que les effets du changement climatique sont une triste réalité dans le pays. Ils se manifestent par des inondations, des mouvements de terrain et ravinements surtout dans les Mirwa, le déficit hydrique, la tombée de la grêle, des vents violents, de la sédimentation, etc.

D’après lui, en 2024, suite au phénomène El-Nino, de fortes pluies ont entraîné des inondations et la montée des eaux du lac Tanganyika. Plus de 230 mille personnes ont été affectées, 125 blessées et 29 sont mortes. Cette année, il  a indiqué qu’à Gatumba, plus de 2 000 personnes se retrouvent aujourd’hui sans abris suite aux crues de la rivière Rusizi. Les mouvements de terrain se sont également amplifiés dans les Mirwa comme dans les quartiers Nkenga-Busoro, Gikoto, Gikungu-rural, Gasekebuye, etc.

Les causes sont multiples. M. Nkunzimana a cité, entre autres, les constructions anarchiques, le non-respect des lois, la pression démographique, le manque de  culture du risque et les exploitations agraires inadaptées.

En ce qui est de la prévention des risques, il a signalé que plusieurs défis existent. Il a notamment déploré l’installation humaine qui précède la viabilisation dans plusieurs coins de Bujumbura.  « Les lois et les plans de contingence ne sont pas mis en application. Il n’y a pas aussi de zones pour l’installation des victimes des catastrophes naturelles. Les moyens financiers manquent aussi et nous sommes encore en arrière en ce qui est du système d’alerte précoce. »

Les administratifs à la base appellent à l’action 

Invités dans cette conférence publique, les chefs des zones souvent très touchées ont fait entendre leurs voix. Dieudonné Mubanda de Gatumba a indiqué que c’est depuis 2006 que  sa zone est affectée par les inondations. « Elle est très menacée par les crues de la rivière Rusizi. Tous ses neuf quartiers sont touchés. Des familles sont dépourvues de tout. Récemment, plus de 4 mille familles ont été inondées et contraintes de vider les lieux. »

Pour essayer de limiter les dégâts, les habitants creusent des digues, des canalisations, etc.  Des actions qui, selon lui, restent sans effet. « Nous demandons à l’Etat d’initier des travaux de grande envergure pour protéger Gatumba. »

Même son de cloche à Gihosha où beaucoup de ses quartiers sont menacés par des ravinements, des glissements de terrain et l’effondrement des berges des rivières et ruisseaux. Jacques Nahingejeje, un des conseillers du chef de zone,  a donné l’exemple du quartier Sangwe connu sous le nom de Gikungu-Rural. D’après lui, il y a un petit ruisseau dénommé Nyenzari qui devient très dangereux en période pluviale. Il en est de même du ruisseau Cari qui a causé beaucoup de dégâts en 2015. « Malheureusement, à notre niveau, nous n’avons pas encore un plan de son aménagement. Aujourd’hui, beaucoup de maisons se sont déjà effondrées. D’autres sont sur le point de s’écrouler. »

A Kinindo, le lac Tanganyika ne décolère pas. Jean Fréderic Haruna, un des conseillers du chef de zone,  a indiqué que toutes les maisons se trouvant dans la zone tampon sont actuellement inondées. « Il ne reste que quelques maisons en étages qui tiennent débout encore. Mais, elles sont vides. » 

Comme dans d’autres coins très exposés à ces catastrophes naturelles, il a évoqué le manque d’espace réservé à l’accueil des victimes.  Pour lui, il est urgent que ces endroits soient institués.

Le respect de la loi, une nécessité

Parmi les actions, les participants ont d’abord insisté sur le respect de la loi. Innocent Banirwaninzigo, militant pour la protection de l’environnement a dit ne pas comprendre pourquoi différents codes comme celui de l’eau de 2012 ou le code forestier ne sont pas mis en application. Il a donné l’exemple de la zone tampon de 150 m du lac Tanganyika qui n’est pas respectée. Il en est de même pour les rivières traversant la ville de Bujumbura. « Malheureusement, parmi les contrevenants, il y a des autorités alors que ce sont elles qui devraient faire respecter ces codes. » Il a ensuite déploré le fait que des constructions se poursuivent dans les montagnes surplombant Bujumbura. Pour lui, les administratifs à la base devaient s’imprégner de ces codes et lois pour pouvoir les défendre.

Afin de réussir, Jadot Nkurunziza, un autre défenseur de l’environnement, a recommandé que chacun joue son rôle, qu’il ne faut pas tout demander à l’Etat. Ce qui n’a pas convaincu néanmoins  Sylvestre Bikorindagara, du parti Sahwanya-Frodebu. Celui-ci a rappelé que c’est l’Etat qui est le premier responsable.  « C’est lui et ses services qui peuvent empêcher les constructions anarchiques ; faire appliquer la loi ; interdire le déboisement, les attributions des espaces cultivables dans des aires protégées ou dans les parcs nationaux, etc. » 

Cela a été soutenu par Anatole Kanyenkiko, ancien 1er  ministre (1994-1995) et ex-ministre de l’environnement, de l’aménagement du territoire et des Travaux publics (2007).  Pour lui, il revient à ceux qui votent les lois de les faire appliquer.

Insistant sur la situation qui prévaut dans la ville de Bujumbura, il a rappelé que dans le temps, les Setemu (Services techniques municipaux) faisaient des curages dans les caniveaux, en dessous des ponts pour permettre une meilleure circulation des eaux pluviales.

Pour sa part, Dr. Désiré Kubwimana, expert en prévention des risques et gestion des catastrophes,  a mentionné que les eaux pluviales devaient être canalisées jusqu’au lac Tanganyika. Il a demandé aussi la réactualisation des lois et la vulgarisation des risques.

Athanase Nkunzimana : « Les lois et les plans de contingence ne sont pas mis en application. »

De son côté, Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona, a insisté sur la nécessité de la révision du plan d’urbanisation. « A quoi faites-vous référence pour octroyer des parcelles ? », a-t-il lancé au responsable de l’Obuha (Office Burundais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction) qui était présent aussi dans la conférence. « C’est l’Etat qui doit protéger la population et ses biens. Aujourd’hui, nous entendons des extractions minières à travers tout le pays. Est-ce que ces travaux respectent les normes environnementales ? »

Et à Pamphile Malayika, ancien député,  de demander où est passé le plan directeur innovant de la ville de Bujumbura, vision 2045. D’après lui, le processus de son élaboration a coûté plus de deux millions de dollars américains.   « On nous disait que dans les montagnes surplombant Bujumbura, on doit boiser et non pas y installer des maisons. Si ce plan n’est pas mis en exécution, c’est de l’argent jeté à travers la fenêtre. »

Pour Gaspard Kobako, président du parti AND, il faut le respect de la loi et répondre aux appels à l’aide en cas de catastrophes naturelles. Il a demandé aussi de rompre avec les détournements des fonds destinés aux infrastructures d’intérêt général comme des ponts.  Sans citer le nom de l’auteur, il a donné  l’exemple d’un détournement de 800 mille dollars américains qui étaient destinés à la construction d’un pont reliant Rweza et Gasekebuye. « L’Etat doit jouer pleinement son rôle. »

Côté Croix Rouge, Désiré Bundoyi, expert national en préparation, anticipation et réponse aux catastrophes a suggéré de prévenir en se basant sur les  déclencheurs et les  alertes. « Il faut aussi doter à la plateforme nationale des compétences de prendre des décisions et de les mettre en application. »

Haruna Nkunduwiga, membre de la société civile, propose l’organisation des formations environnementales à l’endroit des administratifs à la base. Il suggère également de faire de nouvelles études sur la ville de Bujumbura.

Soulignant que les femmes sont très affectées lors des catastrophes naturelles, Juliette Kamwiza, membre de la société civile  a demandé qu’il faille prévoir comment assister les femmes et les enfants en particulier lors de la survenue des catastrophes. Une idée appuyée par Jeannette Kaneza, membre aussi de la société civile, qui a aussi suggéré l’instauration d’un quartier pilote pour accueillir les victimes des catastrophes naturelles et multiplier des spécialistes en la matière.

« Ça nous concerne tous »

Léonidas Nibigira : « Aujourd’hui, personne n’ignore que même pour construire une clôture tu dois avoir une autorisation officielle. »

Tel est l’appel du Commissaire général de l’Obuha lors de la conférence publique. Léonidas Nibigira a d’abord apprécié l’existence des lois et des textes même s’ils méritent une actualisation. « Sur le terrain, il y a beaucoup d’erreurs. Les origines sont à chercher à différents niveaux. Il y a des gens qui connaissent la loi et qui l’outrepassent. Aujourd’hui, personne n’ignore que même pour construire une clôture tu dois avoir une autorisation officielle. » Ce qui n’est pas le cas sur le terrain, selon lui. Il a ensuite souligné qu’il existe certains administratifs à la base complices dans ces tricheries.  Il a par ailleurs informé  que le schéma national d’aménagement du territoire est en cours d’élaboration.  « Le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme doit être validé par un décret. Nous attendons encore cette étape. »

Il a rassuré que son office est à l’œuvre mais que les défis sont aussi là. A titre illustratif, il a indiqué qu’il est tellement difficile de faire la viabilisation alors que les habitations sont déjà installées. Selon lui, devant une telle situation, on doit essayer de faire des manœuvres afin que les pertes ne soient pas très importantes même du côté des habitants.

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