Des jeunes déterminés à changer leur destin
Emelyne Itangishaka, une jeune fille de la colline Gishuha, est membre de la coopérative « Umutwenzi Iwacu ». Elle l’a rejointe après ses Humanités pour aider financièrement sa famille. Avec douze personnes à charge, dont des parents cultivateurs, elle se sent responsable de soutenir ses frères et sœurs comme ses grands frères l’ont fait pour elle.
Elle souligne que la pauvreté est la cause majeure des abandons scolaires observés dans sa localité. « Moi aussi, j’allais abandonner, mais j’ai eu une chance divine en recevant mon certificat », déclare-t-elle.
Mlle Itangishaka estime que les familles devraient réduire le taux de natalité pour améliorer leur situation. « Il faut que les parents sachent que mettre au monde plusieurs enfants affecte la croissance de ces derniers. Il faut mettre au monde le nombre d’enfants dont ils sont capables d’élever. Les responsables de la santé communautaire devraient augmenter les sensibilisations ainsi que les publicités pour que nos parents en sachent les conséquences. »
Elle appelle également le gouvernement à soutenir sa coopérative qui dispose d’un site touristique prometteur et des eaux thermales chaudes. « Nous avons besoin d’aide financière pour avancer nos projets et créer des emplois. »
Coiffeuse à domicile : un métier précaire mais vital
Sur la même colline, à 25 ans, Nadia Irankunda mène un combat quotidien pour subvenir aux besoins de sa famille. Mariée et mère de deux enfants, elle a dû abandonner l’école dès la sixième année primaire. Face au manque d’opportunités, elle s’est tournée vers un métier artisanal : le dégraissage et la plantation de cheveux, communément appelé « gusuka ».
Cette activité constitue sa seule source de revenus. « Ce métier me fait vivre », confie-t-elle. Grâce à son savoir-faire, elle parvient à répondre aux besoins esthétiques de ses clientes, essentiellement de jeunes filles et des femmes. Cependant, son activité reste irrégulière. « J’ai des clients de temps en temps », précise-t-elle tout en soulignant l’instabilité de ses revenus.
L’un des principaux obstacles auxquels elle fait face est l’absence d’un lieu de travail fixe. Elle exerce de manière informelle, en se déplaçant chez ses clientes ou en travaillant dans des conditions souvent improvisées. « Je n’ai pas d’endroit bien défini pour travailler », regrette-t-elle.
À cela s’ajoute le coût élevé du matériel professionnel. Les produits et outils nécessaires à son activité sont non seulement chers, mais également difficiles à trouver. « Pour s’en procurer, il faut parcourir de longues distances », explique-t-elle. Ce qui augmente encore ses charges.
Mme Irankunda reste toutefois déterminée à poursuivre son activité, consciente qu’elle représente le seul moyen de faire vivre sa famille. Elle lance ainsi un appel aux organismes de financement et aux structures d’appui aux petits métiers de la soutenir.
La couture comme levier d’autonomie
Sur la colline Rutegama, Jeanne Ndayizeye incarne le parcours de nombreux jeunes contraints de se réinventer face au chômage. « Après l’école, je n’ai pas pu décrocher du travail. Pour m’en sortir, j’ai décidé d’apprendre la couture », raconte-t-elle. Un apprentissage qui n’a pas été sans sacrifices. Pour acquérir les compétences nécessaires, elle a dû en effet dépenser plus de 500 000 francs burundais.
Deux ans plus tard, les efforts commencent à porter leurs fruits. « Ma situation a changé. Je peux subvenir à mes besoins. Aujourd’hui, personne ne peut profiter de ma vulnérabilité car, j’ai mon propre revenu », affirme-t-elle avec fierté. Son activité lui permet non seulement de gagner sa vie mais aussi de retrouver une certaine stabilité.
Cependant, le quotidien reste semé d’obstacles. La jeune couturière déplore la hausse constante des prix des matières premières indispensables à son métier notamment les fils, les aiguilles et les machines à coudre. À cela s’ajoute la pénurie des carburants qui renchérit considérablement les coûts de déplacement nécessaire à son activité.
L’accès aux financements constitue un autre défi majeur. « Nous avons des projets. Mais, sans moyens financiers, ils ne peuvent pas se réaliser », explique-t-elle. Mlle Ndayizeye nourrit l’ambition de créer un grand atelier de couture, capable de former d’autres jeunes et de contribuer au développement local.
Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, elle se heurte à la réticence des institutions financières. « Les banques ne nous font pas confiance. Elles disent que nous ne sommes pas fiables », regrette-t-elle. Par ailleurs, elle affirme ne pas avoir d’informations sur certains programmes de financement destinés aux jeunes, comme le PAEEJ, dont le fonctionnement lui est totalement inconnu.
Mlle Ndayizeye reste toutefois déterminée à avancer.
Face aux VBG, les femmes ne baissent pas les bras

Dans la zone Mubuga, une situation préoccupante met en lumière la vulnérabilité de certaines femmes face aux conflits conjugaux. Evelyne Ndayizeye, une mère de trois enfants rencontrée dans la ville de Gitega, a été renvoyée du domicile conjugal par son mari qui a contracté une nouvelle union avec une autre femme.
Pourtant légitime, elle s’est retrouvée sans recours immédiat après son expulsion. Avec ses trois enfants, elle vit aujourd’hui dans une situation de grande précarité en dépendant de l’aide des proches pour subvenir à ses besoins quotidiens.
Malgré plusieurs tentatives de médiation entreprises par des proches et certaines autorités locales, aucune solution durable n’a encore été trouvée. La femme n’a pas été rétablie dans ses droits, notamment celui de réintégrer le domicile conjugal ou de bénéficier d’une protection adéquate pour elle et ses enfants.
Des habitants de la zone s’inquiètent de cette situation. Ils estiment qu’elle reflète des difficultés persistantes dans le respect des droits des femmes en général et en particulier en milieu rural. Ils appellent à une implication plus ferme des autorités compétentes afin de garantir justice et protection aux victimes de ce type de conflits.
Un des conseillers du chef de zone contacté reconnait que des cas de violences basées sur le genre existent et que l’administration est à l’œuvre pour assurer les droits de chacun.
Prendre le destin en main
Espérance Niyonkuru, résidant sur la colline Rutegama en commune Gitega, affirme que le développement de la femme connaît une avancée significative.
« Aujourd’hui, les femmes participent activement aux associations d’épargne et de crédit. Pour ma part, je suis cultivatrice. Grâce à mon appartenance à une association, je ne manque pas de moyens pour acheter des fertilisants. Je ne peux pas manquer de quoi nourrir mes enfants. Je peux solliciter un crédit et le rembourser progressivement. En somme, nous, les femmes, progressons très bien. »
Concernant le secteur agricole qui constitue sa principale source de subsistance, Mme Niyonkuru explique que malgré la rareté des fertilisants, elle trouve des alternatives grâce à l’élevage. « N’ayant pas pu me procurer des fertilisants pour mon champ de maïs, j’ai utilisé le fumier provenant de mes porcs. La production a été satisfaisante. En revanche, pour les haricots, les résultats n’ont pas été aussi bons. »
Elle lance un appel à toutes les femmes pour qu’elles prennent leur destin en main et œuvrent à subvenir à leurs besoins. « Certaines femmes passent des heures sans rien produire. Je les invite à ne pas rester inactives en attendant que leurs maris pourvoient seuls aux besoins de la famille. » Elle est convaincue qu’une femme peut également contribuer et que cela renforce sa valeur. « Un homme qui a une épouse combattante et travailleuse ne la traite pas à la légère. Il l’aime et la respecte plutôt. Je dirais donc aux femmes de travailler pour accroître leur valeur au sein de leurs foyers. », conseille-t-elle.
La sensibilisation communautaire, un levier contre les violences conjugales
Toujours sur la colline Rutegama, Scholastique Ndayisenga, relais communautaire, témoigne de la persistance des violences conjugales au sein des ménages. Un phénomène souvent silencieux mais bien réel qui affecte la stabilité des familles et le bien-être des femmes.
Selon elle, ces violences prennent différentes formes et restent parfois difficiles à dénoncer en raison des pressions sociales et culturelles. « Les cas de violences conjugales existent dans notre communauté », affirme-t-elle. Elle souligne toutefois que certaines victimes hésitent encore à s’exprimer là-dessus ouvertement.
Face à cette réalité, les relais communautaires multiplient les initiatives de sensibilisation auprès de la population. Réunions locales, échanges directs avec les familles et campagnes d’information sont autant d’actions mises en œuvre pour faire évoluer les mentalités.
Mme Ndayisenga observe déjà des résultats encourageants. « Nos sensibilisations apportent une solution pour atténuer ces défis », explique-t-elle. Elle note notamment une prise de conscience progressive au sein des couples ainsi qu’une diminution de certains comportements violents.
Toutefois, elle estime que ces efforts doivent être renforcés et accompagnés par un soutien accru des autorités et des organisations spécialisées. Pour elle, la lutte contre les violences conjugales passe par une mobilisation collective impliquant à la fois les leaders locaux, les familles et les institutions.
Des conflits fonciers : une injustice décriée
Les habitants de Zege, dans la commune Gitega, dénoncent des irrégularités au niveau de l’administration locale. Ils affirment que les chefs de quartier et les « Abahuza » (médiateurs collinaires) ne traitent pas équitablement les conflits fonciers et familiaux. Ils exigeraient souvent de l’argent pour résoudre ces problèmes.

Spéciose Nzeyimana, 69 ans, habite sur la colline Zege. Elle informe qu’elle a eu un conflit foncier avec ses sœurs, qui l’auraient accusé à tort d’avoir un champ plus grand que les autres. Les Abahuza lui auraient demandé 500 000 francs burundais pour trancher l’affaire en sa faveur. Comme elle n’avait pas cet argent, ils auraient donné raison à l’autre partie.
Elle appelle l’administrateur de la commune Gitega et le gouvernement à prendre des mesures pour mettre fin à ce genre de pratiques.
Des injustices et des soupçons de corruption
Diane Shurweryimana vit une épreuve judiciaire qu’elle qualifie d’injuste et éprouvante. Engagée dans un litige foncier opposant sa famille à celle de son père défunt, elle affirme que l’accès à la justice est fortement compromis par des pratiques de corruption.
À la mort de leur père, elle et ses sœurs se seraient vu dépossédées de leurs terres par leurs oncles. « Nous sommes uniquement des filles. Il n’y a pas de garçon dans la famille. Nos oncles se sont alors accaparés des terres », explique-t-elle. Elles ont alors décidé de saisir la justice.
Selon elle, dans un premier temps, les décisions judiciaires leur ont été favorables. « Nous avons gagné en première instance et devant le tribunal de Grande instance », précise-t-elle. Mais, la situation a basculé lors de la procédure en appel.
Elle fait savoir que la partie adverse aurait eu recours à la corruption pour influencer l’issue du procès. « Sans avoir de l’argent pour corrompre, on ne peut pas gagner. Ils ont corrompu les juges pour nous faire perdre en appel », déplore-t-elle.
Depuis, Mme Shurweryimana et ses sœurs sont confrontées à une série d’obstacles et à un sentiment de désorientation. « On nous balade tout le temps. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer », confie-t-elle visiblement découragée.
Gishuha : les eaux thermales peinent à attirer les visiteurs en raison des contraintes de transport

La colline Gishuha, située dans la commune Gitega (province de Gitega), est réputée pour ses sources d’eaux thermales naturelles très fréquentées pour leurs vertus relaxantes.
À Gishuha, le site des eaux thermales aménagé en 2025 suscite un intérêt croissant mais il reste confronté à plusieurs défis qui limitent son plein potentiel touristique. Gloriose Kwizera, facturière sur ce site, décrit une activité prometteuse mais fragilisée par des contraintes logistiques.
Le site, qui dispose d’un bar-restaurant et est géré par une coopérative locale, peut accueillir plus de 100 personnes durant les week-ends. Les tarifs d’accès à la baignade sont fixés à 2 000 BIF par tête pour les nationaux et 10 000 BIF pour les visiteurs étrangers, « une tarification préférentielle qui vise à rendre le service accessible tout en valorisant le site. »
Parmi les clients présents sur place, Jean Ndayizeye se dit satisfait de son passage dans ces eaux naturelles réputées pour leurs effets relaxants. Il affirme avoir apprécié le cadre et encourage d’autres personnes à venir découvrir le site.
« C’est une eau vraiment relaxante. Ça fait du bien après une longue semaine de travail », témoigne-t-il.
Malgré ces atouts, Gloriose Kwizera souligne un problème majeur : le manque de visiteurs réguliers. Selon elle, les pénuries répétitives de carburants constituent un frein important au développement de l’activité touristique. « Les visiteurs doivent payer cher pour le transport et beaucoup finissent par abandonner », explique-t-elle. Ce qui affecte directement les revenus de la structure.
Gitega : Des habitants dénoncent la lenteur dans la mise en œuvre du statut de capitale politique

Parmi les principales préoccupations figure le retard dans le développement des infrastructures. « Nous ne voyons pas d’améliorations significatives malgré le statut de capitale politique », déplorent certains résidents. L’insuffisance d’eau potable est également pointée du doigt avec des pénuries régulières qui compliquent le quotidien des ménages.
Le transport en commun constitue un autre défi majeur. Les habitants dénoncent le manque de bus urbains. Ce qui rend les déplacements difficiles, surtout pour les travailleurs et les élèves. « Nous ne comprenons pas pourquoi Gitega ne dispose pas d’un système de transport en commun structuré comme c’est le cas à Bujumbura », s’interroge Jean Ndayizeye, un commerçant du centre-ville.
Un enseignant de l’université polytechnique de Gitega estime que l’élévation de Gitega au rang de capitale politique devait s’accompagner d’investissements visibles et d’une amélioration des services de base. Or, pour lui, les progrès restent limités et insuffisants pour répondre aux attentes de la population.
Il appelle alors les autorités compétentes à accélérer la mise en œuvre des projets d’infrastructures et à renforcer les services publics afin que le statut de capitale politique se traduise concrètement dans la vie quotidienne des habitants.
Interview avec Jacques Nduwimana, administrateur de la commune Gitega
« Nous travaillons pour améliorer la santé de la population »

Qu’est-ce qui a changé au niveau administratif par rapport aux années précédentes ?
Le changement est d’abord mental. On ne parle plus seulement de besoins immédiats, mais de projections à 20 ans. Dans nos bureaux, la gestion au jour le jour a été troquée contre une planification scientifique. La commune doit désormais fonctionner comme une entreprise de précision.
Une nouvelle exigence imposée par la Vision 2040-2060 ?
C’est une exigence du présent. Pour devenir un pays émergent, la cellule de base, la commune, ne peut plus se permettre l’improvisation. Aujourd’hui, chaque investissement est interconnecté. Si nous décidons d’une nouvelle route, elle doit obligatoirement avoir un rôle stratégique : mener à un centre de santé ou désenclaver une école. Rien n’est isolé.
Comment parvenez-vous à financer les projets ?
Par la synergie. Le Conseil communal et nos partenaires ne sont plus dans une relation de donneur à receveur. Nous sommes dans la co-construction.
Comment vous vous assurez que les projets des ONG correspondent réellement à votre Plan communal (PCDC) ?
C’est tout l’enjeu. Le Conseil communal joue un rôle de régulateur. On n’accepte plus un projet juste parce qu’il y a un financement. On s’assure qu’il coche les cases de nos priorités. C’est ce front uni qui nous permet de maximiser chaque franc investi malgré nos limites budgétaires.
Votre population a des mots très durs sur la baisse de la qualité de l’enseignement. Quel est le constat exact sur le terrain ?
Personne n’a exagéré. La qualité a dangereusement baissé. A Gitega, nous faisons face à un manque criant de plus de 765 enseignants. C’est un gouffre que nous ne pouvons plus ignorer si nous voulons former la génération de 2060. Un Fonds d’appui à l’Education (financé par les particuliers et la commune) est déjà à l’étude pour donner la stabilité aux enseignants et l’amélioration de leur vie quotidienne. C’est de cette manière de disposer des fonds propres qu’on règlera ce problème qui ne trouve pas de solutions jusqu’ici.
Comment le fonds sera-t-il alimenté ?
C’est un fonds hybride. Il sera alimenté par la commune ainsi que par des contributions de particuliers et d’entreprises locales. Certaines banques ont déjà été approchées. Nous ne nous limitons pas à stabiliser les enseignants mais aussi nous voulons que beaucoup d’établissements scolaires retournent au régime d’internat car l’oisiveté des élèves contribue beaucoup à la baisse de la qualité de l’enseignement.
Vous prévoyez aussi de généraliser l’internat. Pourquoi ce choix alors que cela coûte plus cher aux familles ?
L’école à régime d’internat offre un cadre de rigueur. Les premières écoles initiées par la commune seront érigées à Giheta sur la colline Musama et à Gitega à Nyabugogo. Elles ouvriront leurs portes dans deux ou trois ans et serviront à la formation professionnelle. Par exemple, celle de Gitega à Nyabugogo, en collaboration avec l’Eglise méthodiste unie, va former les élèves sur l’exploitation des minéraux. C’est un investissement sur le capital humain, pas une dépense.
La politique zéro enfants mal assis est-elle suivie à Gitega ?
Chez nous, même si on constate qu’il y’a un manque d’enseignants qualifiés et des classes parfois surchargées, du matériel pédagogique insuffisant, vous ne trouverez pas une école où les enfants apprennent étant assis par terre. Certes ils peuvent être 4 ou 5 sur un banc-pupitre mais nous ne sommes pas encore arrivés là.
Vous préconisez construire de nouvelles écoles, les équiper et stabiliser le corps enseignant. Comment la commune va s’y prendre ?
Je ne dis pas que nous allons faire des miracles mais, ce qui est sûr et certain, beaucoup d’entreprises et d’institutions financières ont été approchées pour qu’elles aident dans cette politique et, la majorité comme la Fenacobu ont accepté de créer des écoles d’excellence.
Quelles sont les réformes et innovations envisagées face aux soins de santé qualifiés aujourd’hui de chers et insuffisants par la population ?
Côté santé, la vision est tout aussi ambitieuse. Une planification minutieuse se manifeste par une décentralisation des soins. Notre politique repose sur l’accès universel à des soins de qualité, la prévention, et la réduction des inégalités sociales de santé. Elle intègre la planification familiale, la vaccination, la nutrition et la lutte contre les maladies. Nous visons le bien-être physique et mental de tous, qu’aucun citoyen de Gitega ne se retrouve à plus de quelques kilomètres d’un plateau technique de qualité.
Les infrastructures sanitaires existantes et nouvelles seront renforcées pour la santé. En collaboration avec nos partenaires, la commune a posé la première pierre pour la construction des Centres de santé sur les collines Jimbi et Mugutu. En parallèle, nous préconisons la réhabilitation des infrastructures existantes. Peut-être que peu de gens savent que notre commune aujourd’hui dispose de deux districts sanitaires notamment l’Hôpital communal d’Itaba qui est actuellement un hôpital de district.
Qu’en est-il des Cartes d’assurance maladie qui se vendent souvent par fraude ?
Pour la population avec des moyens insuffisants, nous la sensibilisons sur la politique de la Carte d’assurance maladie pour que quiconque la veut, la trouve facilement.
Comment comptez-vous transformer l’agriculture locale en agrobusiness comme vous le souhaitez ?
La vision 2040 impose une transition d’une agriculture de subsistance vers un agrobusiness créateur de valeur ajoutée. L’administration se donne la mission d’accompagner les coopératives, faciliter l’accès au foncier pour les investisseurs. En priorisant l’agriculture centrée sur l’exportation, la sensibilisation continue pour amener la population à ne pas penser seulement aux haricots et au maïs.
Beaucoup sont-ils prêts à prendre ce risque ?
Les débuts sont encourageants. La commune facilite l’accès au foncier pour ceux qui ont des moyens d’investir. Pour devenir un pays développé, il faut créer de la valeur ajoutée et cela passe par l’exportation.
Comment comptez-vous le faire avec les retards et l’insuffisance des engrais Fomi ?
La question de Fomi est nationale mais, je ne pense pas que la situation restera toujours comme ça. Nous restons toujours sur le terrain pour vulgariser le compost afin de pallier l’insuffisance des engrais agro minéraux.
On parle aujourd’hui de déforestation continuelle. Quelle est votre réponse à ce désastre ?
On ne peut pas améliorer l’agriculture si on ignore l’environnement. C’est pourquoi nous misons sur la cuisson propre via le projet Soleil Nyakiriza ainsi que les gaz de cuisine pour alléger le fardeau du bois de chauffe et le prix du charbon de bois.
Comment le projet change-t-il la donne pour les ménages ruraux ?
Il réduit l’usage du bois de chauffe. A terme, nous voulons que les ménages abandonnent le bois au profit du gaz. Cela libère aussi du temps pour les femmes et les enfants qui n’auront plus à chercher du bois.
Visiblement, seul le parti CNDD-FDD reste actif sur le terrain. Où sont les autres ? Y aurait-il des mesures administratives qui les empêchent de travailler ?
A Gitega, toutes les formations politiques sont autorisées à exercer leurs droits. La preuve, parmi les membres du Conseil communal, on trouve des membres des partis d’opposition. Serait-il possible d’empêcher quelqu’un d’exercer ses droits politiques alors que vous siégez ensemble pour étudier un plan de développement de votre commune ? Tout ce que je sais, personne ne m’a jamais contacté pour m’informer que ses activités ont été empêchées ou que quelqu’un qui n ‘est pas du parti au pouvoir est malmené ou menacé
Dans certains quartiers de Gitega, l’eau potable est encore un luxe.
Je ne vais pas le cacher : c’est notre talon d’Achille. Mais, nous ne restons pas les bras croisés. Des études sont en cours pour réhabiliter les réseaux urbains.
On parle d’utiliser les eaux de la Ruvubu. Est-ce un projet réaliste ?
C’est une solution concrète. Une fois traitées, les eaux de la Ruvubu pourraient servir les quartiers périphériques qui s’agrandissent. La ville de Gitega explose démographiquement. Nous devons adapter nos infrastructures à cette réalité.
A quoi ressemblera Gitega en 2040 si votre plan directeur est respecté ?
Ce sera une ville durable, inclusive et résiliente. On y verra des constructions en hauteur, des zones industrielles bien définies et des logements sociaux modernes.
Un dernier mot pour les habitants qui trouvent que les changements tardent parfois à venir ?
L’émergence ne se décrète pas, elle se construit une brique à la fois, une colline à la fois. Le cap est fixé. La base est solide. Le navire Gitega ne vacillera pas.