La Commission Vérité et Réconciliation du Burundi (CVR) avance. Lundi 4 mai 2026, quatre maisons situées à Bujumbura ont été officiellement restituées à leurs propriétaires légitimes — un geste symbolique, mais concret, qui préfigure une opération appelée à s’étendre à l’ensemble du pays. Car l’enjeu est considérable : plus de 35 000 dossiers laissés en suspens par l’ancienne Commission nationale des terres et autres biens (CNTB) attendent encore d’être soldés.
La restitution des biens spoliés est un pilier de la justice transitionnelle. Elle est aussi l’un de ses terrains les plus minés. Au cœur des débats : la disposition selon laquelle « les décisions de la CVR sont exécutoires et ne sont susceptibles d’aucun recours juridictionnel ». Cette formule suscite des réactions profondément contrastées — juridiquement, politiquement, socialement.
Ses partisans avancent des arguments de fond. Face à l’ampleur des spoliations passées, la CVR incarne une réponse nécessaire pour restaurer la dignité des victimes et rétablir un minimum d’équité sociale. Les voies judiciaires classiques se sont trop souvent révélées lentes, inaccessibles ou paralysées. « Chaque décision devenait un feuilleton sans fin. » Autoriser des recours multiples risquerait de prolonger indéfiniment les conflits fonciers, de raviver les tensions communautaires, de bloquer ce que le processus est précisément censé débloquer. Le caractère exécutoire des décisions permet d’accélérer les réparations, de désengorger les tribunaux, d’apporter des solutions concrètes à des victimes qui attendent depuis des décennies.
Leurs adversaires, eux, pointent une dérive plus fondamentale. En soustrayant les décisions de la CVR à tout contrôle juridictionnel, le législateur consacre une logique d’exception qui fragilise l’État de droit. « Empêcher tout recours, c’est supprimer les garanties contre l’erreur et ouvrir la porte à l’arbitraire. » Ils invoquent l’article 210 de la Constitution, qui stipule que la justice est rendue par les cours et tribunaux sur l’ensemble du territoire national. La CVR n’est pas une juridiction ; elle ne dispose pas des mêmes garanties procédurales. Lui conférer un pouvoir définitif sans contrôle brouille la séparation des pouvoirs et affaiblit l’architecture judiciaire dans son ensemble. Pire : une décision imposée sans possibilité de contestation peut calmer un conflit aujourd’hui, tout en en préparant un autre pour demain. « Une décision injuste qui s’exécute peut être plus dangereuse qu’un litige encore ouvert. »
Le dossier est redoutablement délicat. Les Burundais ont besoin de solutions concrètes, pas de procédures sans horizon. Mais peut-on, au nom de la rapidité, sacrifier ce qui fonde la justice elle-même ? Une justice sans recours est une justice qui peut se tromper — et qui n’a aucun moyen de se corriger.
« Une paix durable ne peut pas se construire sur une justice sans recours. Mais une justice infiniment contestable ne construit pas la paix non plus. » Entre efficacité et équité, le véritable défi du Burundi est précisément de trouver cet équilibre — difficile, mais indispensable.