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La gestion des engrais fait déchanter les agriculteurs de Rusabagi

La question des fertilisants est devenue un véritable casse-tête pour de nombreux agriculteurs. Entre retards de livraison, soupçons de détournement et manque de transparence, ces derniers dénoncent une distribution qu’ils jugent inéquitable. Leur non-implication dans le processus alimente les frustrations tandis que leurs cultures dépérissent sous leurs yeux.

Dans la localité de Rusabagi, en zone Buterere, une vaste rizière s’étend sur plusieurs hectares. Du matin au soir, les cultivateurs y travaillent sans relâche. La rizière est subdivisée en parcelles appartenant à différents exploitants. Sur chacune d’elles, un ou deux agriculteurs s’activent, pieds dans la boue, le corps ruisselant de sueur.

Pourtant, derrière cette activité intense, un constat inquiétant s’impose, les pépinières de riz jaunissent. Une petite partie du champ, réservée aux boutures, montre déjà des signes de faiblesse.

Un ouvrier agricole, originaire de Maramvya, explique : « Je travaille pour un patron. Je suis actuellement au stade d’hersage. C’est lui qui fournit les intrants mais il peine à les trouver. »

La culture du riz, souligne-t-il, nécessite plusieurs étapes exigeantes et surtout une quantité importante de fertilisants aujourd’hui difficile à obtenir.

Une commande de septembre 2025 livrée en avril 2026

Pour Emmanuel Miburo, cultivateur dans cette rizière, la situation est critique. Les engrais commandés en septembre 2025 ne commencent à être livrés qu’en avril 2026. « Nous sommes obligés de conserver ces sacs pour la prochaine saison de septembre. Pour la présente saison, nous n’avons rien reçu. Regardez comment les pépinières jaunissent faute d’engrais », déplore-t-il.

Face à cette pénurie, certains agriculteurs se tournent vers les commerçants chez qui les prix sont nettement plus élevés.

Il accuse même certains responsables de la distribution de détourner les engrais destinés aux agriculteurs pour les revendre aux commerçants « Des camions appartenant à de riches opérateurs viennent se servir à la coopérative. Nous sommes ensuite obligés d’acheter chez eux. »

« On sert d’abord les grands »

Au-delà de la pénurie, les agriculteurs dénoncent leur exclusion dans la gestion des engrais. Selon Emmanuel Miburo, les petits exploitants n’ont pratiquement aucune voix face aux grands propriétaires. « Un bon d’un petit agriculteur n’est pas considéré de la même manière que celui d’un grand », souligne-t-il.

Malgré plusieurs demandes pour intégrer les comités de gestion ou de distribution des engrais, les agriculteurs n’ont pas été écoutés. « On nous renvoie toujours “en haut”. Mais, en réalité, personne ne nous écoute », ajoute-t-il, amèrement.

Ce sentiment de marginalisation est partagé par Déo Ndayikengurukiye. « Nous vivons uniquement de l’agriculture. Recevoir les engrais après que les cultures aient été abîmées est inutile. Tous ces efforts deviennent un gâchis. »

Pour lui, les agriculteurs devraient être au cœur du processus de gestion. « Nous sommes les premiers concernés. Nous devrions automatiquement être impliqués. »

Un silence des autorités qui interroge

Du côté des autorités locales et des élus du peuple, c’est le silence. Contacté, le chef de zone Buterere, Mussa Hakizimana, a d’abord demandé de recevoir les questions par WhatsApp, promettant une réponse ultérieure. Mais, après les questions, aucune réaction.

Quant à Alexis Havyarimana, administrateur de la commune Ntahangwa, au moment de la prise de contact, il a indiqué qu’il se déplaçait vers Gitega.

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