Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3582 jours. Nous ne l'oublions pas.

Le calvaire des petits vendeurs ambulants

Dans les rues de Bujumbura, de nombreux enfants sont engagés comme vendeurs ambulants d’arachides, d’œufs et autres beignets. Ils sont mal payés, méprisés, parfois battus. Reportage

Vêtements crasseux et souvent en loques, tristes, corps maigres, chassies sur les yeux, lèvres sèches et fendillées pour la plupart d’entre eux … Ce sont les visages offerts par quelques enfants dans les rues de Bujumbura. Ils ont pour la plupart moins de 16 ans. On les rencontre devant les bars, sur les parkings des taxi-vélos, tout près des marchés, etc. Ils viennent des familles pauvres de l’intérieur du pays. Ils n’ont pas pu poursuivre les études comme Eric Kwizerimana, un de ces enfants rencontrés au marché de Kamenge : « Je n’avais pas d’autres choix. J’ai abandonné l’école à cause de ma marâtre qui me maltraitait. Je suis descendu à Bujumbura accroché sur l’arrière d’un camion parce que je ne pouvais pas me payer le ticket de transport. »

Âgé de 15 ans, il est originaire de Ngozi. Il était en 8e année de l’école fondamentale quand il s’est retrouvé dans l’incapacité de continuer l’école. Arrivé à Bujumbura, cet enfant dit que les choses se sont compliquées. «J’ai passé plusieurs mois errant dans les rues de Bujumbura. Je pouvais passer une journée sans rien mettre sous la dent. Et je dormais devant des boutiques, en plein air, sans couverture », raconte-t-il, ses yeux inondés de larmes. C’est par après qu’il a eu ce petit ‘’job’’ de vendeur d’arachides grillées. « Par mois, mon patron me donne 20 mille BIF».

Le « salaire » n’est même pas régulier : « Il arrive qu’il ne me donne rien prétextant qu’il n’y a pas eu de bénéfice. »
Eric n’est pas le seul à vivre cette situation. Jean-Bosco Bigirimana, un autre enfant de Kirundo, raconte : « Mon patron m’a chassé sans rémunération. » Âgé de 15 ans, il dit avoir quitté l’école à cause d’un directeur qui lui a refusé la place de redoublement. Lui aussi, malgré les efforts fournis pour écouler ses produits, arachides et œufs, il ne reçoit que 20 mille BIF par mois.

Ces enfants disent qu’ils sont exposés à toutes sortes de dangers. « Je suis tombé dans un groupe de trois policiers, un jour. Ils ont saisi mes beignets et les ont piétinés en pleine rue. Et je n’ai rien récupéré », se souvient Niyonkuru, un autre enfant âgé de 15 ans et originaire de Muyinga. Encore sous le choc, il ajoute qu’il a été par après emprisonné.
C’est après 48h qu’il a été libéré grâce à l’intervention de son employeur. D’autres enfants interrogés signalent qu’ils sont souvent attaqués par des voleurs. Parfois des clients prennent leurs produits et partent sans payer. De retour chez leur patron, les gamins doivent se justifier : « Souvent, nos explications ne sont pas entendues. Nos employeurs nous accusent de mentir pour voler leur argent. On est soit chassé, soit bâtonné. »

Interrogés, quelques employeurs rétorquent que ces enfants sont affectés à « des petites tâches. » Moïse Nkunzimana de Bwiza rejette les allégations de ces enfants : « Il ne faut pas généraliser. Peut-être qu’il y en a qui maltraitent ces enfants, mais de mon côté, ils sont bien payés et nourris. » Au sujet de l’âge, il se présente en sauveur et estime qu’il les aide plutôt : «Ces enfants viennent des familles pauvres, comment refuser un job à un enfant nécessiteux pour survivre ? »

Que dit la loi ?

Selon Jacques Nshimirimana, le commissaire chargé du droit de l’enfant au sein de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), l’article 545 du Code pénal révisé en 2017 stipule : « Quiconque a utilisé un enfant, à des travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à sa santé, à sa sécurité ou à sa moralité, est puni d’une servitude pénale de trois ans à cinq ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs.» Il ajoute que le code de travail dans son article 10 stipule : « L’âge d’admission de travail est fixé à 16 ans. En cas d’exception, l’enfant ayant l’âge compris entre 12 et 16 ans est autorisé à faire des travaux uniquement légers dans le cadre de l’apprentissage. Pour M.Nshimirimana, la justice devrait s’occuper de cette question. Aux employeurs des enfants, il conseille de les traiter comme leurs propres enfants. Ce commissaire appelle enfin la population à dénoncer tout acte qui viole les droits de l’enfant.
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