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Chalk Chain Enterprise, la seule à fabriquer des craies au Burundi

Trois jeunes burundais se sont associés pour créer Chalk Chain Enterprise. Une société locale, la seule à s’être lancée dans la fabrication de craies de qualité. Aimé Ndizeye, directeur général, 34 ans, nous raconte leur aventure.

A l’intérieur de l’usine, les agents de production tamisent le carbonate de potassium devant le directeur général de Chalk Chain Enterprise. Cette dernière est située dans le quartier industriel, avenue Ruvyironza, n°687

A l’intérieur de l’usine, les agents de production tamisent le carbonate de potassium devant le directeur général de Chalk Chain Enterprise. Cette dernière est située dans le quartier industriel, avenue Ruvyironza, n°687

Depuis quand existe Chalk Chain Enterprise ?

Chalk Chain fabrique des craies depuis trois ans. Mais, nous avions attendu cinq ans avant de la lancer.

Que faisiez-vous durant ces cinq ans ?

Nous mettions de côté de l’argent pour avoir la base nécessaire à la réalisation de notre rêve. Et durant ces cinq ans, nous avons pu rassembler 30 mille dollars.

Qu’est-ce qui vous motivé à créer cette entreprise ?

Sur le banc de l’école, les enseignants utilisaient des craies emballées dans des cartons sur lesquels était mentionnée leur provenance : ’’Made in Kenya’’ ou ’’Made in China’’. Après mes études universitaires, avec deux de mes amis, nous nous sommes dits « Pourquoi pas nous ? ». Nous nous sommes lancés dans la fabrication des craies ’’made in Burundi’’ et nous sommes les seuls sur le marché.

Combien êtes-vous dans l’équipe de Chalk Chain Enterprise ?

Nous sommes une dizaine. Il y a le conseil d’administration, moi-même le directeur général, le responsable marketing, le chef de production, 10 agents de production et un comptable qui travaille à temps partiel. Pendant la période qui précède la rentrée scolaire, nous ajoutons trente à quarante agents de production.

Avez-vous eu des difficultés pour enregistrer votre entreprise ?

La procédure n’a pas été difficile. Après les cinq ans d’épargne, nous avons approché l’Agence pour la Promotion des Investissements. Nous avons rempli toutes les formalités et en une semaine nous étions aptes à commencer.

Vous attirez des clients malgré la concurrence des craies kenyanes et chinoises ?

Bien sûr. Nous fournissons des craies à des écoles, lycées et universités basés dans huit provinces du pays. Nous recevons aussi des commandes des organisations nationales et internationales qui soutiennent le milieu scolaire. Les craies fabriquées par Chalk Chain Enterprise ont une plus-value : elles sont solides, ne se cassent pas facilement et ne font pas mal aux oreilles lorsqu’on écrit sur les tableaux, en classe. En plus, les commandes peuvent se faire par appel téléphonique, l’entreprise se charge de la livraison et peut personnaliser l’emballage si le client le désire. Enfin nos craies sont les moins chères : un carton de vingt boîtes, de cent cinquante craies chacun, est vendu à 50.000 Fbu alors que celles qui sont importées sont à 60.000.

Quelles sont les procédures pour fabriquer une craie ?

Nous importons la matière première, une poudre de carbonate de calcium, du Kenya ou de la Chine. Dans l’usine, nous la mélangeons avec de l’eau et de l’huile et d’autres éléments pour fabriquer une sorte de pâte.Une machine donne le moule des craies. Nous les exposons au soleil pour qu’elles sèchent. Après, nous les emballons et les livrons à nos clients.

Quelle est votre production journalière ?

Nous fabriquons entre 80 et 100 mille craies par jour.

L’entreprise rencontre-t-elle des difficultés dans son quotidien ?

Dans le domaine des affaires, il est difficile de travailler dans un climat morose : les moyens sont limités, certains clients potentiels hésitent toujours à acheter une craie fabriquée au Burundi. Mais nous faisons face à cette situation.

Avez-vous déjà participé à des compétitions ou formations professionnelles ?

Chalk Chain a reçu le premier prix au concours de Shika Awards 2014 organisé par Burundi Business Incubator (BBIN). Du coup, nous avons obtenu un crédit de 20 millions à la Banque de Crédit de Bujumbura (BCB). Ce qui nous permettra d’améliorer la qualité de nos craies, de réduire les coûts de production, de ramener le prix d’un carton de 50 à 45 mille Fbu, et de développer notre entreprise. Grâce au BBIN et SPARK, j’ai bénéficié de plusieurs formations en marketing, en finances, en gestion et comptabilité, etc.

La production de craies est votre première expérience professionnelle ?

Non, avant j’ai travaillé dans des hôtels et restaurants comme, serveur, réceptionniste, ou gérant. Mon salaire n’était pas enviable mais cette expérience me permet de mieux comprendre mes employés et d’être ce que je suis aujourd’hui.

Vos perspectives d’avenir ?

Nous envisageons d’agrandir notre marché local et de commencer à exporter nos craies. L’entreprise va aussi se lancer dans la fabrication d’autres gammes de produits comme des frottoirs pour nettoyer les tableaux, des tableaux sur lesquels écrivent les enseignants quand ils dispensent un cours,…

Chalk Chain Enterprise apporte-t-elle un plus dans votre vie personnelle ?

Certainement ! Mon niveau de vie s’est amélioré, je me suis marié, j’ai une voiture de fonction, j’ai l’estime de moi-même et je suis fier de contribuer au développement du pays en créant de l’emploi et en payant l’impôt.

Que demandez-vous au gouvernement ?

Nous demandons au président de la République de promouvoir l’entrepreneuriat et en particulier celui des jeunes, au ministère de l’Education d’acheter nos craies qui sont fabriquées au Burundi pour contribuer à la création de l’emploi et au trésor public.


Bio Express

Aimé copie copieChrétien pratiquant, Aimé Ndizeye aime beaucoup lire la Bible. « Il n’y a pas que l’intelligence ou le travail pour entreprendre quelque chose, il y a aussi l’intervention divine », affirme-t-il avec un sourire. Natif de la zone Ngagara, il est issu d’une famille de cinq enfants. Aujourd’hui, il est marié et réside dans la zone Kinindo. Il ne boit pas d’alcool, aime faire du sport (ceinture noire de karaté), se rendre à l’intérieur du pays et sortir avec des amis ou son épouse pour profiter du bon temps. Titulaire d’une licence en Droit, il affirme que c’est un atout lorsqu’il traite avec ses clients, dans ses relations avec les banques.


Témoignages

« Cette entreprise est jeune, sérieuse et prospère ! »

L’économe du lycée du Saint-Esprit n’achète que les craies de chez Chalk Chain Enterprise depuis qu’il les a expérimentées.

Richard Ngendakumana : « Les craies de Chalk Chain ne se cassent pas facilement et elles sont moins chères. »

Richard Ngendakumana : « Les craies de Chalk Chain ne se cassent pas facilement et elles sont moins chères. »

« Je m’approvisionne en craies, de plusieurs couleurs, depuis trois ans chez Aimé Ndizeye », raconte Richard Ngendakumana, enseignant et économe au lycée du Saint Esprit. Il m’a présenté des échantillons que nous avons, mes collègues et moi, beaucoup appréciés, avec des conditions de paiement qui sont favorables à notre lycée. « L’établissement achète six cartons par trimestre à Chalk Chain Enterprise ».

L’économe énumère ce qui l’a poussé à faire ce choix : « Les craies ne se cassent pas facilement ; elles sont moins chères que les autres ; Chalk Chain Enterprise nous livre elle-même les commandes – ce qui nous fait épargner du carburant – et ce à n’importe quelle heure de la journée. Et s’il arrive que la marchandise soit défectueuse, elle est remplacée aux frais de la société ». M. Ngendakumana est fier de travailler avec une jeune entreprise « très sérieuse et honnête et qui prospère ». Il ajoute que pour fidéliser le lycée, « l’entreprise a peint, gratuitement, les tableaux noirs dans toutes les classes du cycle inférieur et nous a offert des frottoirs ».

« C’est une entreprise qui inspire confiance »


Un inspecteur de l’enseignement secondaire à Ngozi, vendeur de craies au détail, a trouvé un fournisseur qui s’occupe bien des clients.

Maxime Ndayisaba : « Aujourd’hui, j’utilise deux cartons au lieu de quatre pour une même période. »

Maxime Ndayisaba : « Aujourd’hui, j’utilise deux cartons au lieu de quatre pour une même période. »

« J’achète 200 cartons à Chalk Chain Enterprise à 45 000 Fbu chacun, alors qu’avant je m’approvisionnais au Rwanda ou je prenais celles qui proviennent du Kenya et à un prix élevé », affirme Maxime Ndayisaba, inspecteur de l’enseignement secondaire dans la province de Ngozi. Ce dernier se les procure en gros et les vend au détail. Il indique que ses collègues et lui ont été très intéressés. Dans chaque boîte de craie, il y a 150 pièces alors que pour celles du Kenya il n’y a que 100. « Aujourd’hui, j’utilise deux cartons au lieu de quatre pour une même période. » Il y a une confiance mutuelle et j’ai une bonne impression pour l’entreprise qui fournit les craies : quand je n’ai pas de l’argent, je prends la marchandise à crédit et je rembourse après avoir tout vendu. M. Ndayisaba fournit à certaines écoles et lycées des provinces Ngozi (Lycée Don Bosco, lycée New Life, lycée de Buye, des lycées techniques), Muramvya (Lycée de Bukeye, lycée communal de Mbuye, collège communal Nyamirambo,…), Kayanza (Lycée de Kayanza, lycée communal de Matongo,…). « La carence de craies est une évidence dans ces établissements et même ailleurs. »M. Ndayisaba promet que si Chalk Chain Enterprise commence à vendre une autre gamme de matériel scolaire, il sera preneur.


Conseil d’un pro

« Chalk Chain doit ouvrir son capital à des investisseurs qui ont des moyens »

Le directeur général du Burundi Business Incubator propose que la jeune société investisse dans la technologie et vise également le marché régional.

Pour Pierre-Claver Nduwuwami, Il faut que la société investisse dans la technologie

Pour Pierre-Claver Nduwuwami,
Il faut que la société investisse dans la technologie

Pour Pierre-Claver Nduwumwami, directeur général du BBIN, l’idée de fabriquer des craies au Burundi est excellente. C’est dans le cadre de l’import-substitution :« Si on pouvait produire sur place ce que nous consommons, nous créerons de l’emploi, nous économiserons des devises, …. Et surtout que la craie est un produit de consommation de masse. »

Chalk Chain a l’avantage d’être locale, d’avoir un accès facile à une main-d’œuvre, d’avoir des connaissances du marché,… Toutefois, pour bien s’implanter, conseille le patron du BBIN, elle doit faire face à la concurrence étrangère (chinoise et kenyane) qui est rude. Il faut que la société investisse dans la technologie, réduise le coût des produits fabriqués pour intéresser beaucoup de clients, garde et développe l’image de qualité de ses produits (promotion, publicité, …). « Heureusement que les promoteurs sont conscients de tout ça. »

Il se souvient que d’autres Burundais avaient tenté de fabriquer des craies mais leurs entreprises n’ont pas fait long feu. « Créer une entreprise est une chose mais la faire pérenniser en est une autre. »

M. Nduwumwami propose que l’entreprise contacte des investisseurs étrangers pour un transfert de technologies, les inviter à venir visiter le marché local qui est vaste mais également celui de la région. Il faut que Chalk Chain ouvre son capital à des investisseurs qui ont des moyens. A elle seule, il lui sera très difficile de répondre à toute la demande. Dans ce genre d’affaires, rappelle-t-il, il faut éviter l’autosatisfaction et surtout que Chalk Chain Enterprise est jeune. Elle doit également penser à vendre sa craie dans les pays de la région et non seulement au Burundi.

La BBIN et ses partenaires vont envoyer Aimé Ndizeye, au mois de novembre, à une rencontre d’investisseurs à Amsterdam aux Pays-Bas. Elle est organisée par IGNITE Found. « Il va profiter pour entrer en contact avec des investisseurs venus de plusieurs contrées», se réjouit Pierre-Claver Nduwumwami.

  8   Vos commentaires
  1. Ami

    Bravo aimé,
    Je t’encourage, dans la vie il faut oser et qui ne risque rien n’a rien. Les facteurs de durabilité et analyse des risques sont très importants penses y et je suis sûr que petit oiseau deviendra grand. Aide aussi des jeunes et amis à suivre le pas.

  2. Guy-Fleury Munezero

    Cyooo, ni ivya grave vraiment. Congratulations. Ndi umuntu ari ému. Je sais que le Burundi est riche de talentueux et talentueuses. . . Bravo

  3. Pasteur Jean-Claude Makaka

    Bravo mon cher frère. Que notre Dieu tout puissant continue à te rendre prospère, qu’il te donne encore d’autres idées d’affaires qui vont réussir, qu’il ordonne la bénédiction de te suivre. «La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse» nous dit la Bible. We are proud of you. Je suis au Canada, et si je vois des opportunités d’affaires, je n’hésiterai pas de te faire signe. Keep it up.

  4. kindros

    aho sha komera , mureke abo ba DD biyumvira kurya gusa au lieu de produire

  5. abao nibo bantu dukeneye mugihugu,bashishikajwe niteranbere ryabanyagihugu

  6. aimme

    Le monde actuel demande des gens come vous et no au gens qui ne parlent que la politique et les positions.
    En fait il ya trop de profit et peu de risk au monde actuel de business a moyen et long term que la politique
    Il ya trop de machines en chine a moins chere et de bonne quality.
    Avec des jeunes comme vous le burundi peut etre industrialised et utiliser nos savon,juices,colgates…
    Que Notre Segneur Jesus Christ vous benisse beaucoup .

    AIME
    HOME AFFAIRE ET REFUGIE BURUNDAIS EN AFRICA DU SUD
    COURAGE

    • Backary

      @aimme
      « Le monde actuel demande des gens come vous et no au gens qui ne parlent que la politique et les positions. »
      Izo affaires ngw’ino uzigirire mu gihugu ca kwibarutse nawe sanga atari akarimi gusa!

  7. Bizos

    Bravo!

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