Le blog d'Antoine Kaburahe

Un blog de la rédaction d'IWACU

Une belle aventure

Rendre un peu ce que j’ai reçu. Que donner à  la ville de son enfance? Gitega, c’est chez moi,  c’est là dans ce que l’on appelait alors « le Centre Culturel Français » que j’ai appris à lire. C’est là que mes yeux se sont ouverts sur le monde.

À l'entrée du Centre Culturel de Gitega ©Iwacu

À l’entrée du Centre Culturel de Gitega ©Iwacu

Des BD, des romans, m’ont ouvert sur la culture. Ceux qui connaissent Gitega se souviennent j’imagine de cette bibiothèque, cette petite maisonnette blanche, fraîche, même aux pires heures de l’été, aux rayons garnis de romans et de BD. C’est une autre époque. Aujourd’hui les jeunes lisent peu. Mais je me souviens, dans ces années là, tous les jours le Centre était rempli. On s’abreuvait de littérature, on voyageait grâce aux livres. Là, j’ai découvert des auteurs, d’autres pensées.Mais avec la crise, le Centre a fermé. Les livres se sont perdus dans la nature. Moi-même, à un moment je me suis perdu dans le vaste monde.  C’est une autre histoire. Une longue histoire.

Des années plus tard, je suis retourné au pays, à Gitega. La bibliothèque de notre enfance tombait en ruine. La maison qui appartient à la commune menaçait de s’écrouler. J’ai eu une idée folle: demander le bâtiment aux autorités et collecter des livres d’occasion en Europe. Surprise, le bâtiment est accordé, gracieusement.  Et avec des amis de Belgique, Joseph Ntamahungiro, Claude Zubatse, Manu Wauthier, et bien d’autres, nous allons  organiser des spectacles  dont le droit d’entrée est  un livre! Et les gens vont venir non pas avec un  livre, mais des cartons.

Signature de la convention de subvention du CCG par l'Ambassade des États-Unis au Burundi ©Iwacu

Signature de la convention de subvention du CCG par l’Ambassade des États-Unis au Burundi ©Iwacu

Mieux, nous allons vider caves et greniers de Bruxelles et la Wallonie. Des gens enthousiastes , séduits par notre projet se laissent « piller » tous les livres qu’ils n’utilisent plus. Je passe sur les difficultés  de les  envoyer au pays. L’OBR qui veut taxer ces livres d’occasion! je passe sur les paperasses, le calvaire administratif… Mais nous étions tous transportés par l’envie  de faire ce centre. Tenez-vous bien: ce sont 80.000 livres  qui sont aujourd’hui à Gitega. Un grand merci au ministère des Affaires Etrangères belge pour le transport. Aujourd’hui, nous avons dû déménager, louer une maison plus grande au coeur de la  ville. Une belle maison  de l’époque coloniale.

 Le 17 mai dernier, de nombreux invités sont venus nous soutenir: le ministre de la Culture, plusieurs ambassadeurs( celui de Belgique, des Etats-Unis, l’Ambassadeur de l’Union Européenne, le représentant de la Coopération suisse, de l’Ambassade d’Allemagne, de la France), des artistes, etc. Voir les images de cette belle journée sur http://on.fb.me/19tJax0

Nous n’avons pas beaucoup de moyens, mais nous avons mieux: une immense conviction. Nous savons que nous pouvons bâtir un vrai Centre Culturel à Gitega.Tous mes amis impliqués dans le projet sont des bénévoles.Notre passion est notre meilleur atout. Signe de cette  confiance, comme l’a déclarée Mme l’Ambassadeur Liberi , l’Ambassade des Etats-Unis va ouvrir « un american corner » dans notre Centre Culturel de Gitega. Là, les jeunes vont pouvoir lire des livres en anglais, avoir un accès à l’internet haut débit.   Un grand merci à tous ceux qui nous soutiennent dans ce projet.

La semaine prochaine, je vous parlerai de « l’Espace Canjo », un bel  espace, construit dans les enceintes du Centre Culturel. Comme vous le voyez, l’aventure continue. Vous pouvez même vous joindre à nous dans ce beau projet…

De la sincérité du président des Imbonerakure

 

Prenons au mots les paroles du président de la jeunesse Imbonerakure . Dénis Karera invite au calme  les  jeunes de tous les partis. Il leur fait remarquer qu’ils sont  les  futurs responsables de la vie du Burundi : « c’est nous qui avons encore beaucoup d’années devant nous, c’est nous qui devons préparer notre avenir. » Il faut qu’il soit sincère.  On a tellement envie de le croire.  Antoine KaburaheCar  malheureusement des éléments objectifs sur les exactions des Imbonerakure existent. Tous les  partis politiques de l’opposition dénoncent les intimidations, les violences commises par cette jeunesse.

La justice, de son côté, doit sanctionner les dérives des plus radicaux parmi cette jeunesse. Ceci mettra fin à la globalisation-toute aussi condamnable- car tous les Imbonerakure ne sont pas dans cette logique de violence.

La violence n’a jamais été une solution. Toutes les milices mènent les pays  au chaos. L’histoire récente est là pour nous le rappeler.   Pour le moment prenons au mot la déclaration du président de la ligue Imbonerakure. Au moins, on sait qu’il contôle cette jeunesse. Ceci pourra être rappelé devant un tribunal, non pas burundais, mais étranger. A La Haye par exemple…

Du pain et des jeux

Iwacu« Signe de népotisme et de favoritisme », « personnification du pouvoir »  « déviation vers la dictature », plusieurs voix  ont tiré à boulets rouges  sur la remise d’une décoration à madame Nkurunziza par son époux, en même temps chef de l’Etat, M. Pierre Nkurunziza

L’opposition est irritée et l’exprime, au sein du parti au pouvoir on trouve qu’il n’ y a rien de plus normal…Mais la réaction la plus instructive, à mon sens, c’est cette indifférence, teintée de fatalisme de nombreux de Burundais.

En effet, ces décorations ne changent rien, mais strictement rien dans la vie quotidienne de millions de nos compatriotes. Les vrais enjeux ne sont pas autour de ces médailles. Ce qui hante la population aujourd’hui, c’est la flambée du coût de la vie, les hausses des taxes, bref, cette misère galopante.

Je suis sûr que si les Burundais étaient dans de meilleures conditions économiques, ces médailles, ils s’en amuseraient même un peu…

Dans la Rome antique, des empereurs proposaient du pain et des jeux au peuple. Et tout le monde était content. Au Burundi, on a le cirque mais pas le pain…

 

La mémoire blessée

livre_kaburahePour comprendre le drame vécu par le  Burundi, pays livré à une longue guerre civile , il faut remonter aux élections démocratiques organisées par le major Buyoya en 1993, à la victoire inattendue de Melchior Ndadaye et à l’assassinat de ce dernier trois mois plus tard.

L’auteur du présent témoignage, qui travaillait alors à la radio nationale, a assisté au déchaînement de la violence, aux luttes des partis, à la radicalisation des responsables politiques et de la société tout entière. Avec un exceptionnel souci de l’exactitude,  dans ce livre il nous brosse le tableau effrayant d’un conflit qui  qui a duré plusieurs années  en dépit des efforts – sporadiques et maladroits – de la communauté internationale. Mais cette «mémoire blessée» est aussi un livre d’espoir, car l’avenir du Burundi est entre les mains de la jeunesse burundaise et aucune nation n’est condamnée au malheur.

Préface de Filip Reyntjens


Postface de Jean-Pierre Chrétien

Edition La longue vue , Bruxelles,août 2003, 243 pages 

→ L’ouvrage est aujourd’hui épuisé mais en cours de réédition. Envoyez-moi un mail si vous souhaitez réserver l’ouvrage.

Témoignage

Cet article a été publié dans la revue suisse Politorbis. Il est disponible dans sa version PDF en anglais.

=> Télécharger l’article: ICC-Complementarity – Swiss MFA (3)

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