Au cours de l’exercice 2024-2025, les gros montants de fonds publics à rembourser étaient constitués de la récupération des fonds détournés et de malversations à 3 milliards ; le remboursement d’une avance sur subventions des engrais estimée à plus de 195 milliards ; le remboursement sur l’achat du maïs estimé à 45 milliards ainsi que le remboursement des crédits accordés aux parlementaires estimé à 966 millions.
Le total des fonds publics à rembourser était évalué à plus de 247 milliards. D’après les chiffres tirés du site web de la BRB, de juillet 2024 à juin 2025, il a été opéré un remboursement de plus de 33 milliards, soit un taux de 14% et le site ne montre pas de détails en rapport avec la rubrique qui a remboursé.
Concernant l’exercice 2025-2026, globalement, les prévisions de fonds à rembourser étaient estimées à plus de 232 milliards. D’après toujours les chiffres de la BRB, seuls 50 milliards ont été remboursés, soit un taux de 22%, et il n’y a pas de trace pour plus de 182 milliards.
Quant aux rubriques, il était prévu par exemple le remboursement d’une avance sur subventions des engrais à hauteur de plus de 152 milliards. C’est donc dire que, par rapport à l’exercice précédent, cette rubrique passe de 195 milliards à 152 milliards, soit une différence de 43 milliards. Or, les remboursements totaux n’avaient pas dépassé 33 milliards.
En janvier 2026, le ministre en charge des finances a indiqué que l’Agence nationale de gestion des stocks alimentaire (Anagessa) avait totalisé des avances de 145 milliards. Il a ainsi indiqué que le ministère s’est fait rembourser à hauteur de 25 milliards en vendant du maïs à la Brarudi.
Quant au remboursement des crédits accordés aux parlementaires au cours de l’exercice 2025-2026, les prévisions ont passé de 966 millions à 875 millions, soit un remboursement de 90 millions.
La loi budgétaire en cours a programmé le remboursement des fonds publics à plus de 101 milliards.
Manque de transparence
Les crédits que le gouvernement du Burundi a accordés à certaines sociétés qui devraient être remboursés mais qui n’apparaissent pas dans le budget en cours sont ceux alloués aux coopératives collinaires. En 2022, sur 58 milliards, les remboursements étaient à plus d’un milliard, selon les chiffres de la Cour des comptes.
Dernièrement, le gouverneur de Bujumbura a ordonné aux administratifs de suivre de près l’état des lieux du remboursement des crédits alloués aux coopératives collinaires.
L’entreprise Fomi devrait rembourser 152 milliards, mais seuls 40 milliards sont en cours d’utilisation dans le budget 2026-2027 et plus de 112 milliards sont sans trace.
Selon la loi budgétaire 2024-2025, 966 millions devraient être remboursés par les parlementaires.
Seuls 90 millions ont été remboursés en 2025-2026 et les 875 millions qui restent n’apparaissent pas dans le budget 2026-2027.
Le ministère de tutelle a reçu 25 milliards sur le maïs que l’Anagessa a vendu à la Brarudi. Sur les 145 milliards que le gouvernement a donné à cette agence étatique, 120 millions restent sans trace dans le budget en cours.
D’autres crédits dont le remboursement n’est pas remarquable dans le budget sont ceux du PAEEJ.
Réactions
Jean Marie Nduwimana : « Il faut procéder à un audit de tous les prêts »
Pour le président de la Plate-Forme intégrale burundaise de la Société civile pour l’Efficacité de l’aide au développement (PISC-Burundi), les subventions accordées aux entreprises doivent être utilisées correctement afin de produire des résultats positifs.
Il fait observer que si ces fonds ne sont pas remboursés, le pays peut être confronté à de graves difficultés économiques. « L’Etat manque de ressources pour financer d’autres projets. Il y a l’augmentation de l’endettement public ».
Le président de PISC tient à rappeler que ce sont les citoyens qui payent les impôts et les taxes. Ces derniers permettent à l’État de financer différentes activités. « L’Etat a l’obligation de répondre devant le peuple burundais ».
Nduwimana propose une piste de solutions pour sortir de cette mauvaise situation. Selon lui, il faut procéder à un audit de tous les prêts accordés par l’État. « Il faudrait rendre publique une liste des entreprises et institutions ayant bénéficié de ces financements, en précisant le montant accordé, l’année d’octroi, le montant déjà remboursé, le montant restant dû à l’État ainsi que l’échéance prévue pour le remboursement ».
Il recommande de faire intervenir des experts indépendants capables de mener des enquêtes approfondies afin de déterminer comment les fonds ont été utilisés.
Nduwimana suggère aussi de mettre en place un système de suivi trimestriel « Chaque entreprise doit présenter tous les trois mois un rapport bien détaillé indiquant les fonds utilisés, les revenus générés ainsi que le montant déjà remboursé à l’État ».
Enfin, il recommande de prendre des mesures strictes contre ceux qui ne respectent pas leurs engagements.
Pamphile Malayika : « Il faut une loi sur le recouvrement des avoirs »

« Se référant aux données figurant dans la loi du règlement et de compte rendu budgétaire exercice 2023-2024, nous constatons que sur un montant de plus 195 milliards BIF qui était attendu à être remboursé comme avance sur la subvention des engrais, seuls plus de 5 milliards BIF ont été recouvrés, soit un taux de recouvrement de 2, 7% seulement », se désole cet ex-débuté.
Il déplore une indiscipline dans la gestion budgétaire. Selon lui, le non recouvrement des fonds a un impact sur les recettes. Il fait observer qu’il doit y avoir une révision des allocations financières. Cette situation creuse le déficit entre les prévisions des recettes et la réalité. « L’Etat doit absolument chercher des fonds non prévus par la loi budgétaire pour combler ces pertes ».
Afin d’améliorer la transparence dans la gestion de ces avances et leur remboursement, recommande-t-il, il faut d’abord une bonne planification et une bonne traçabilité des fonds à partir de leur octroi, leur utilisation et leur remboursement.
Par ailleurs, M. Malayika réclame la réinstauration du ministère du Plan pour une bonne planification. Il épingle le flou qui entoure la gestion des subventions au niveau des fertilisants ou la vente des maïs, « Le flou profite à celui qui l’entretient et rien n’empêche de dire que l’opacité dans la gestion de ces avances non recouvrées profitent à ceux qui laissent perdurer cette situation ».
L’ex-débuté interpelle le Parlement à jouer véritablement son rôle de contrôle de l’action gouvernementale en convoquant chaque fois que de besoin les ministres sectoriels pour clarifier la situation.
La Cour des comptes doit aussi jouer son rôle de produire des rapports sur ces cas pour éclairer les parlementaires.
En plus, il recommande de punir ceux qui sont coupables de malversations « Il est grand temps de réviser et de bétonner la loi portant mesures de prévention et de répression de la corruption et des infractions connexes qui date de 2006 ».
Enfin, Pamphile Malayika suggère de mettre en place la loi sur le recouvrement des avoirs afin de rapatrier dans le Trésor public les fonds subtilisés. « C’est bon de punir, mais il faut rapatrier ce qui a été volé ».
Diomède Ninteretse : « Capacité financière, condition sine qua non »
« Un financement public ne devrait jamais reposer uniquement sur une décision administrative ou une décision politique. Il doit être fondé sur un contrat de financement et surtout de performance », fait observer l’économiste et expert en management des organisations.

Selon lui, le contrat de financement doit préciser au minimum d’abord les conditions financières, la durée et le calendrier de remboursement, les garanties éventuelles et les résultats attendus.
Par ailleurs, insiste-t-il, ce contrat doit clarifier les obligations de rapportage et surtout mettre en place des mécanismes de contrôle et les conséquences en cas de non-respect des procédures.
« C’est à ce niveau qu’il faut interroger les différents dirigeants parce qu’ils n’ont pas été à mesure de suivre les procédures normales pour être capables de rembourser. Ces crédits continuent à peser sur le citoyen lambda », s’indigne cet expert.
En outre, cet économiste fait savoir que le décaissement doit être également lié à une certaine condition de montrer l’argent. Il faut faire en sorte qu’il y ait nécessairement la réglementation qui montre qu’on devra rembourser progressivement et jusqu’à apurer la dette.
Avant d’accorder tout financement, propose M. Ninteretse, l’État devrait être à mesure d’examiner la capacité réelle de l’entreprise pour le remboursement. « C’est comme une banque. Avant de donner l’argent à un individu ou à une entreprise, la banque doit analyser la capacité financière de cet individu ou de cette entreprise ».
L’État devrait, insiste l’économiste, analyser le chiffre d’affaires, la trésorerie, les charges courantes ainsi que les charges fixes, et surtout s’assurer que l’entreprise n’a pas beaucoup de dettes.
Il souligne que l’État doit faire une projection des recettes attendues par rapport au projet, calculer la rentabilité et surtout voir aussi le scénario de risque en cas de non remboursement. « En fin de compte, c’est l’État qui devra rembourser à long terme en cas de défaillance ».
Contacté à propos de ces fonds non encore remboursés, Alain Ndikumana, ministre des Finances, n’a pas voulu s’exprimer.
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