A Gitega, les bordures des artères goudronnées et des voies principales changent de visage mais pas de la manière harmonieuse initialement espérée. Le paysage urbain offre aujourd’hui un spectacle fragmenté. Si une partie des citadins a joué le jeu en posant des dalles de balcon élégantes et amovibles, d’autres ont préféré couler du béton armé. Une solution de facilité économique qui brise l’unité esthétique de la ville et s’apparente, pour les autorités techniques, à une véritable bombe à retardement.
Sur le terrain, le constat des habitants est sans appel : la mesure est appliquée à moitié. L’objectif de salubrité publique libère enfin les piétons de la boue en saison des pluies et de la poussière en saison sèche. Il est partiellement atteint car, l’harmonie visuelle est rompue. « Le pavage devait être uniforme pour donner à notre capitale politique l’image moderne qu’elle mérite », regrette un habitant du centre-ville. D’après lui, quand les uns investissent dans de belles dalles et que le voisin direct coule un bloc de ciment grisâtre, cela change négativement le paysage. L’anarchie visuelle persiste.
Si le choix du béton séduit par son coût de revient nettement inférieur à celui des dalles, ce calcul à court terme ignore les risques techniques majeurs qu’il fait peser sur les infrastructures souterraines de la ville.
« Il n’y aura aucune concession »
Pour la Regideso (Région Centre), la pilule ne passe pas. L’espace situé entre les parcelles privées et la chaussée n’est pas une simple zone d’ornement. C’est le tracé stratégique des réseaux publics. En bétonnant ces espaces, les propriétaires « hors-la-loi » recouvrent directement des câbles électriques haute tension et des conduits d’eau potable.
Le responsable de la Regideso se montre d’ailleurs catégorique et ferme : « Ceux qui bétonnent passent outre la mesure administrative. Ils savent pertinemment qu’il est strictement interdit de construire sur notre matériel », avertit Avith Nibaruta. Il fait savoir que contrairement aux dalles de balcon, facilement démontables et remontables après des travaux techniques, le béton impose un recours au marteau-piqueur, synonyme de destruction définitive de l’aménagement. « S’il s’avère nécessaire de réparer des fils électriques souterrains ou des fuites d’eau, il n’y aura aucune concession. Nous détruirons tout. »
Le dilemme des commerçants
Du côté des propriétaires pointés du doigt, principalement des gestionnaires de magasins et de grands commerces, les arguments avancés sont d’ordre logistique. Selon eux, le choix du béton armé relève d’une nécessité structurelle et non d’une mauvaise volonté. « Les dalles de balcon classiques ne peuvent pas supporter le poids des camions et des camionnettes qui viennent stationner quotidiennement devant nos portes pour charger ou décharger des marchandises », se défend un commerçant de l’avenue principale. « Si nous mettons des dalles, elles seront brisées en moins d’une semaine par les véhicules. »
Interrogés sur leur réaction en cas d’intervention technique, la plupart des propriétaires se gardent de tout commentaire et refusent de préciser s’ils reconstruiraient à leurs frais. D’autres, plus véhéments, estiment déjà que la responsabilité financière devrait incomber à l’Etat. « C’est un espace public, nous l’aménageons pour l’intérêt général, nous ne pourrons pas reconstruire éternellement à nos frais si tout est cassé à la première panne », a avoué un commerçant sous anonymat.
A l’heure où la municipalité cherche à s’imposer comme un modèle de développement urbain et d’embellissement, le manque de coordination entre les décisions administratives, la population et les impératifs des entreprises publiques de services laisse planer le spectre de démolitions imminentes.
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