A la tombée de la nuit, devant les vitrines fermées des magasins et aux abords des routes, des dizaines d’ombres s’imposent. Ce sont des enfants en situation de rue. Ce décor cache une tragédie humaine profonde et une tension sécuritaire qui ne cesse de s’envenimer avec le temps.
La grande majorité de ces enfants ne sont pas nés à Gitega. Ils proviennent des communes rurales et des provinces frontalières, attirés par le mirage d’une ville eldorado. Parmi les concernés, chacun y va avec son explication. « A la maison, ma marâtre me battait tous les jours et me privait de nourriture pendant que ses propres enfants mangeaient à leur faim. Mon père ne disait rien.
Ici, je mange quand je peux mais, au moins, personne ne me bat le soir », indique Fabien, 13 ans, originaire de Nyabikere à Karusi.
Malheureusement, ce phénomène va presque toujours avec des drames poignants : la misère noire, le manque de nourriture et surtout les mauvais traitements subis au quotidien selon les propos des concernés. Sans aucune prise en charge ni assistance, la quête quotidienne du pain se transforme en un combat féroce.
Mendicité, chanvre et vol à l’arraché
Le quotidien de ces enfants obéit à une chronologie bien rodée. Le matin est consacré à la mendicité ou à de petits vols à l’étalage. Dès qu’ils amassent quelques pièces de monnaie, ces jeunes s’adonnent aux jeux de hasard croyant qu’ils vont multiplier leurs maigres pécules. La pratique dégénère souvent en dards d’insultes et en bagarres sanglantes. « Quand je gagne 2 000 FBu, j’achète de la nourriture et du chanvre pour mieux dormir le soir. », rigole Ignace Nduwayezu avec ses amis.
Sous l’effet de ces substances, la violence monte d’un cran. Une fois la nuit installée, la peur change de camp. Il n’est pas rare en effet de voir des passants se faire arracher violemment leurs téléphones portables ou leurs sacs à main. « C’est juste un moyen de survie comme tant d’autres ! », raconte Lewis surnommé Kadogo à cause de sa petite taille.
Le désarroi des transporteurs
Depuis plusieurs mois, l’exaspération a atteint son paroxysme chez les transporteurs routiers qui traversent ou font escale à Gitega.
Ces enfants s’accrochent aux poids lourds au ralentissement ou stationnés. Ils découpent les tentes de protection, forcent les cadenas des conteneurs et pillent les marchandises embarquées dans les carrosseries.
Pour ces professionnels du transport, le préjudice financier est colossal. Ces marchandises volées sont souvent en transit ou sont non encore dédouanées. L’Office burundais des recettes (OBR) exige alors le paiement des taxes sur des produits disparus sans tenir compte des effractions subies. « Quand ils découpent nos bâches, brisent les scellés de l’OBR et s’emparent des colis, nous sommes totalement démunis. Si nous les attrapons et que nous les frappons, on nous accuse de maltraitance sur mineurs ! », déplore Johny Nahimana, un chauffeur de camion lourd.
L’administration provinciale a pourtant initié il y a quelques mois un programme de réinsertion et de retour des enfants vers leurs familles et leurs provinces d’origine. Une initiative saluée sur le papier, mais dont l’efficacité s’est avérée quasi nulle sur le terrain.
A Gitega, nous n’avons pas pu rencontrer une association œuvra en faveur des droits de l’enfant pour plus d’éclaircissements.
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