C’était ce mardi 28 Juillet, le téléphone vibre, un message apparaît sur l’écran Android d’un chauffeur, il ne réfléchit pas, il interrompt la discussion ponctuée de rigolades avec ses amis conducteurs, il n’avertit personne et s’engouffre dans sa voiture qu’il démarre en trombe avant de s’éloigner dans un crissement de pneus.
En quelques secondes, ses amis comprennent instinctivement qu’il faut le suivre. La nouvelle se propage comme une traînée de poudre à travers Gitega : la Société Pétrolière du Burundi (SOPEBU) vient d’annoncer les rares stations-services à servir.
Il n’en faut pas plus pour que la ville bascule dans une hystérie collective. Il y a une forte agitation, le signal donné, c’est le remue-ménage général. Les moteurs vrombissent, les pneus soulèvent de la poussière et de petits cailloux une course folle s’engage au mépris du code de la route.
Il faut être parmi les premiers devant la station-service approvisionnée avant que la file ne s’étire et la liste de véhicules à être servis ne soit confectionnée et scellée.
Et dans cette frénésie, tous les coups sont permis. Les allées à sens uniques sont bafouées et les routes prioritaires ignorées, les dépassements dangereux deviennent la norme. Les principaux perdants de ce chaos restants les piétons et les usagers vulnérables, contraints de raser littéralement les murs pour éviter de se faire renverser par ces conducteurs aveuglés par l’urgence. « C’est la loi de la jungle », confie un habitant du centre-ville, encore secoué par une scène dont il a été témoin. « Dès que la liste tombe, les véhicules, les motos et les tuk-tuk surgissent de nulle part, roulant à tombeau ouvert. Il faut s’éloigner de la route et laisser cette effervescence passer ».
« Si tu n’entres pas dans la danse, tu passes un mois sans rouler ! »
Du côté des transporteurs et propriétaires de véhicules, le ton est au désespoir et au cynisme. Face aux critiques légitimes de la population, ils renvoient la responsabilité à la récurrence de la pénurie du carburant et aux quotas jugés dérisoires.
Ce mardi, sur la dizaine de stations que compte la ville, la SOPEBU n’en avait sélectionné que deux ou trois. Résultat : l’offre est infiniment inférieure à la demande. « Vous croyez que ça nous amuse de risquer nos vies et celles des autres ? », s’insurge Jacques Hatungimana, chauffeur de taxi à Gitega.
« Si tu ne roules pas à plus de 100 à l’heure, tu ne figureras jamais sur la liste des rares privilégiés servis. La quantité est limitée ! Une voiture de transport reçoit 100 litres par semaine et un véhicule particulier n’est limité qu’à 30 litres. » D’après lui, tout le monde a les nerfs à vif.
Il indique que ce n’est pas par manque de civisme : « C’est comme une sorte de désordre organisé qui profite à certains, pendant que les autres doivent se battre pour survivre. Si tu n’entres pas dans la danse, tu passes tout un mois sans rouler ».
Une menace grandissante pour les usagers de la route et un appel à la sévérité
Alors que les accidents mortels et les éraflures sur les véhicules se multiplient à chaque distribution à l’improviste, l’inquiétude monte d’un cran au sein de la population, particulièrement à l’approche des périodes de sortie des classes. « A chaque annonce des stations servies, ce sont des pleurs et des blessés aux quatre coins de la ville », déplore Ingrid.
Elle assure avoir perdu un membre de sa famille. « Imaginons un instant que cette ruée sauvage se produise à l’heure où les enfants sortent de l’école. Ce sera un carnage. Les conducteurs n’ont plus que le carburant en tête, le reste ne compte pas ! »
Face à ce péril, les habitants de Gitega approchés lancent un cri d’alarme. Ils demandent aux autorités de déployer des policiers sur tous les axes dès la publication des communiqués de la SOPEBU pour encadrer les flux, réguler la vitesse et punir sévèrement les chauffards.
Sans une régulation stricte et une réorganisation de la distribution du carburant, la recherche du précieux liquide continuera de se payer au prix fort : celui du sang.
Contacté, le président des transporteurs à Gitega déplore cette situation mais souligne qu’ils sont incapables de changer quoi que ce soit. Il rejette plutôt la faute à la publication des listes à l’improviste et la quantité de carburant disponible et du nombre infime des stations approvisionnées à chaque publication des listes.
Au commissariat de police à Gitega, le ton est plutôt sévère. Le responsable met en garde tout contrevenant et affirme qu’il a déjà puni quelques chauffards et va continuer jusque ce que ce comportement soit découragé. Nous n’avons pas pu nous entretenir avec les responsables de la SOPEBU pour ces publications que beaucoup qualifient de surprise.
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.