Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3709 jours. Nous ne l'oublions pas.

LES HIRONDELLES ONT CHOISI LEURS AILES

De trente-trois espoirs, il n'en reste plus que vingt-cinq. Vingt-cinq noms, vingt-cinq destins, vingt-cinq serments faits au drapeau. Le tamis a fait son œuvre, implacable et juste. Le sélectionneur, Patrick Sangwa Mayani , l'homme à la chemise couleur de braise, a tranché. Non sans déchirement, non sans cette cruauté nécessaire qui fait les grands chefs. La présélection n'était qu'une promesse ; la liste définitive est un acte de foi.

Et quelle foi ! Car ce qui attend les nôtres relève de l’épopée.
Le 25 septembre, à Lomé, sous la fournaise du Stade de Kégué, il faudra d’abord croiser le fer avec les Éperviers du Togo. Un premier exil, un premier combat. Puis, quatre jours plus tard, le 29 septembre, le retour au bercail, au ventre sacré du pays, le Stade Intwari de Bujumbura, pour y défier l’ogre, l’immense Algérie.

Deux rendez-vous pour espérer la qualification à la Coupe d’Afrique des Nations 2027, deux chapitres qui diront si le rêve reste permis.

Mayani a composé son armée avec la rigueur d’un orfèvre et le cœur d’un poète. Il a convoqué l’exil et la terre natale, l’expérience des vieux grognards et la fougue des nouveaux princes.

Dans les cages, la garde ne change qu’à demi . Jonathan Nahimana, le rempart de Gicumbi, Onésime Rukundo, la muraille de Police FC, et Daniel Hakizimana, le jeune gardien de Vision FC, enfant du pays, qui portera pour la première fois ce poids si doux et si lourd du maillot national.

Devant eux, une ligne de défenseurs taillée pour les tempêtes . Le roc de Suède, Frédéric Nsabiyumva, qui revient comme on revient dans une maison d’enfance. Derrick Mukombozi, l’élégant de Fountain Gate. Omar Moussa, le guerrier de Gorilla. Christophe Nduwarugira, venu des lointaines rizières d’Indonésie. Akbar Muderi, le soldat de Rayon Sport. Claus Niyukuri, le Viking de Norvège. Kevin Icoyitungiye, le seul Fighter d’Aigle Noir, récompensé de sa saison de leader. Et Emmanuel Swedi, autre enfant de Suède, venu défendre le sang de ses pères.

Au cœur du réacteur, au milieu, là où se gagne ou se perd une patrie, Mayani a choisi ses alchimistes. Yussuf Ndayishimiye, le prince de Nice, le joyau qui fait briller le Burundi sur les pelouses de France. À ses côtés, Eldhino Mokono, Henry Msanga revenu de Libye, Saido Ntibazonkiza, l’âme même de Vital’O, le symbole du championnat local qui refuse de mourir, et Karim Mpawenimana, le métronome du Mozambique.

Et enfin, l’armada. L’attaque. Une pluie d’étoiles filantes prêtes à embraser la nuit africaine. Jean-Claude Girumugisha de Libye, Franck Nduwimana du Kenya, Mossi Nduwumwe qui connaît par cœur les stades d’Algérie sous les couleurs du MC Alger, Mohamed Amissi venu du grand froid canadien, Asman Ndikumana, Abdallah Sudi d’Azerbaïdjan, Bienvenue Kanakimana de République Tchèque, Bonfils Caleb Bimenyimana de Syrie, et Cédric Amissi, l’icône d’Inter Stars.

Vingt-cinq hommes. Ce ne sont plus des footballeurs. Il s’agit de vingt-cinq battements de cœur pour 13 millions de Burundais.

Le Togo d’abord. L’Algérie ensuite. Deux montagnes. Mais les Hirondelles, on le sait, ne volent jamais aussi haut que lorsqu’elles ont le vent contre elles.

 

Patrick Sota

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