Société

Kayogoro : Des rapatriés dans le désarroi

12/12/2018 Diane Uwimana Commentaires fermés sur Kayogoro : Des rapatriés dans le désarroi
Kayogoro : Des rapatriés dans le désarroi
Les rapatriés reçoivent un paquet retour quand ils reviennent au pays.

Le manque d’abris appropriés, de semences, une pauvreté extrême … entre autres défis rencontrés par les habitants de la province Makamba récemment rapatriés de la Tanzanie. Toutefois, l’administration tranquillise.

Quelques maisonnettes délabrées couvertes d’herbes et de tentes habillent la colline Muyaga de la zone Kayogoro. C’est à 16 km du chef-lieu de la commune Kayogoro, en province Makamba. Ces maisonnettes sont occupées par plus d’une vingtaine de familles récemment rapatriées de la Tanzanie.
Frédéric Nkurunziza, père de six enfants, habite sur cette colline dans une maison de 7m sur 3, couverte d’herbes. « Je l’ai empruntée à mon frère qui est descendu sur Bujumbura pour y vivre. La mienne est complètement détruite ».

Il fait savoir que, dans cette localité, peu de maisons des rapatriés sont en bon état : « Si elles ne sont pas complètement détruites, la pluie ne facilite pas la tâche. Pendant la nuit, nous devons nous déplacer, sinon nous couchons dans l’eau». Pour ce, M. Nkurunziza demande au gouvernement d’honorer ses engagements : « Quand nous avons regagné le pays, nous avons eu la promesse d’avoir des tôles pour couvrir nos maisons. Mais ceux qui vivent près du chef-lieu de la commune bénéficient, en premier lieu, de l’assistance de l’administration. Ceux des coins les plus éloignés sont parfois oubliés.»

Gilbert Nitereka, un autre rapatrié de cette même colline et père de huit enfants, déplore qu’à leur retour de Tanzanie, en juin dernier, leurs terres arables étaient occupées par les membres de leurs familles. «  Ils se sont accaparés nos terres. Non seulement ils ne nous ont pas remis nos récoltes, mais aussi ils refusent de nous céder nos terres ». Ce n’est même pas facile, poursuit-il, d’avoir des semences.

Suite à la pauvreté qui sévit dans cette localité, les élèves aussi deviennent victimes. « Si nos enfants ont eu la chance d’intégrer l’école, ils n’ont pas eu le kit scolaire nécessaire », s’indigne-t-il. Selon lui, les uns vont à l’école sans même porter d’uniforme.
« La promesse est une dette »

Situation similaire pour les rapatriés de la colline Butare de la même commune. Christine Nyandwi, mère de 4 enfants, fait savoir que le gouvernement avait promis une assistance pour six mois : « Nous avons reçu une assistance qui couvre seulement trois mois, il y a plus d’une année. Nous attendons l’autre tranche.»

Outre le paquet retour distribué dans le centre de transit à Mabanda, province Makamba, ces rapatriés ont également reçu 10 kg de riz. Le paquet retour est composé d’argent (60 dollar pour un adulte et 40 dollar pour enfant de moins de 18 ans), de vivres, de non-vivres, d’ustensiles de cuisine, de houes…. «  Nous n’avons pas eu d’autre soutien et la récolte n’est pas du tout bonne suite au soleil accablant observé durant la saison culturale passée. » Pour elle, le gouvernement devrait honorer ses engagements. « Nous voulons sortir de cette pauvreté et avoir des maisons bien couvertes. »

Collette Nzeyimana, veuve et mère de quatre enfants, de la colline Butare, abonde aussi dans le même sens. Refugié en Tanzanie en 2016, elle est retournée au Burundi en septembre 2017. Arrivée chez elle, elle a trouvé que tous ses champs ont été récoltés par les voisins. «  Malheureusement, je n’ai pas encore pu retravailler dans mes champs, suite à une longue maladie. Mes enfants risquent de mourir de faim ». Et elle assure que l’administration avait promis de leur donner des tôles et de continuer à les assister. « Nous avons attendu, en vain. Les tentes qui couvrent nos maisons sont en piteux état ».

Zachée Misago, administrateur de la commune Kayogoro, indique que l’administration a identifié les 18 familles les plus vulnérables qui ont récemment reçu des tôles. L’enquête se poursuit, rassure-t-il, les autres vont être servis. « Mais ils sont peu nombreux, car leurs maisons ont été bien gardées durant leur absence ».

Cet administrateur communal fait savoir que pour plus de 3000 réfugiés qui sont déjà rentrés, la plupart proviennent des collines frontalières de la Tanzanie, notamment Bigina, Gatabo et Mugina. « Ils cohabitent bien avec les résidents, aucun problème n’a encore été soulevé ». Le HCR, en collaboration avec le gouvernement, leur a donné le paquet retour. Le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires sociales leur ont octroyé des assistances en vivre.

M. Misago fait aussi savoir que des associations locales interviennent dans la réinsertion socio-économique afin de les aider à sortir de la pauvreté. « Les gens de la commune Kayogoro essaient de faire tout pour sortir de la pauvreté. Si untel vend des légumes, un autre vend des arachides, des habits… ils se débrouillent bien. Je pense qu’ils vont s’en sortir».

«Pas de mur en construction, pas de tôles »

Gad Niyukuri, gouverneur de la province Makamba, fait savoir que ceux qui avaient vendu leurs toitures ou dont les tôles ont été emportées par le vent ou la pluie ont bénéficié d’une assistance de la part du gouvernement et du HCR. Concernant les plus de 57 mille réfugiés déjà retournés au pays, ils n’ont pas de problème particulier.

Mme Gloriose Berahino : « C’est un processus continue, les autres vont en recevoir incessamment. »

Gloriose Berahino, directrice générale en charge du rapatriement au ministère de l’intérieur, que tous les rapatriés vulnérables déjà identifiés ont bénéficié de tôles pour couvrir leurs maisons. «  Si les murs d’une maison sont en cours de construction, les bénéficiaires sont enregistrés automatiquement pour recevoir des tôles. Sinon, ils les vendront sans doute, » explique-t-elle.

Elle souligne qu’à peu près 20 familles identifiées comme vulnérables de la commune Kayogoro ont même reçu des tôles la semaine passée. « C’est un processus continue. Les autres vont en recevoir incessamment. » Selon elle, ceux qui n’ont pas encore eu de tôles, ce sont ceux qui sont retournés par leurs moyens. Pour l’assistance évoquée de six mois, Mme Berahino révèle que sa direction avait fait un lobbying pour une période de six mois. Cependant, elle n’en a obtenu que pour trois mois. « Il faut donc qu’ils se contentent de ce qu’ils ont eu, pas d’autre choix », conclut-elle.

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