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Interview exclusive – Emmanuel Irumva : « Valorisés, nos déchets sont une richesse »

13/01/2021 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Interview exclusive – Emmanuel Irumva : « Valorisés, nos déchets sont une richesse »
Interview exclusive – Emmanuel Irumva : « Valorisés, nos déchets sont une richesse »

En mairie de Bujumbura, la question de gestion des déchets est toujours d’actualité. Des ménages se lamentent. Le lac Tanganyika et sa biodiversité souffrent. Le seul dépotoir de Buterere est saturé. Rencontre avec Emmanuel Irumva, directeur général du Ceprodilic * dont un des objectifs est la protection de l’environnement.

Quel est l’état des lieux des déchets à Bujumbura ?

Des tas d’immondices se font remarquer à proximité des marchés, à bord des avenues, dans les quartiers, etc. Il est important de trouver une solution durable afin que nous puissions respirer un air sain.

Récemment, vous avez mené une étude intitulée ‘’ gestion et valorisation des déchets organiques et inorganiques’’. Quel est votre constat ?

D’abord, il existe des déchets solides comme des bouteilles en plastique, des déchets ménagers, des sachets, etc. Nous avons aussi des déchets liquides tels les eaux usées, de l’huile usée, etc. Nous avons trouvé que 85% des déchets sont jetés dans les rivières et 15 % seulement arrivent au dépotoir de Mubone à Buterere. Dans la mairie de Bujumbura, un individu produit en moyenne 0,6 kg par jour. Soit 217 kg par an. Et si on fait une projection, il y aura plus de 2 millions de tonnes de déchets jusqu’en 2033.

Quelles sont les conséquences sur le lac Tanganyika ?

Elles sont très néfastes, car toutes ces quantités jetées dans les rivières finissent dans le lac, ce qui martyrise ce patrimoine. La pollution s’accentue. La production du poisson, du Ndagala, a chuté sensiblement. Et sur le marché, les prix de ces produits alimentaires ont grimpé. Il est important de rappeler que ce lac fournit plus de 90% des ressources en eau à la ville de Bujumbura. Ainsi si cette eau est polluée, la santé de la population en sera impactée.

Quid de la gestion des déchets en mairie de Bujumbura ?

Elle reste à améliorer. Des ménages se lamentent. Ils disent que les collecteurs des déchets veulent de l’argent sans remplir convenablement leur tâche : le ramassage régulier des déchets ménagers. Ces organisations rétorquent que ce travail est coûteux en carburant, location de camions, etc. Elles avancent aussi que le dépotoir de Mubone, à Buterere, est débordé. Que la route qui y mène est presqu’impraticable, que leurs camions s’embourbent en cas de pluie.

Mais nous espérons que la situation va s’améliorer avec les nouvelles autorités municipales. Même dans le nouveau cahier de ménage, il y a un espace réservé au ramassage des déchets.

Depuis peu, des poubelles publiques ont été installées en commune Mukaza. Sont-elles suffisantes et bien utilisées ?

C’est une bonne initiative, mais nous observons que les passants jettent encore des bouteilles en plastique, des sachets, des papiers mouchoirs sur la route, dans les caniveaux, etc. Il faut un changement de mentalité pour que les gens se l’approprient. Chaque restaurant, commerce devrait installer une poubelle à proximité.

Cette installation dans Mukaza seulement suffit-elle pour parler de ‘’Bujumbura, ville propre’’ ?

C’est le début. Nous pensons qu’elles seront installées dans d’autres communes urbaines, surtout dans des lieux de grands rassemblements. Il faut aussi des sensibilisations à l’endroit de la population pour comprendre leur utilité dans la propreté de notre ville.

Qu’est-ce que vous proposez pour que leur usage soit effectif ?

Parfois il faut des mesures contraignantes. Malgré les sensibilisations, les communiqués, certaines personnes ne les utilisent pas encore. Il faut des amendes pour décourager ce genre de comportement.

Et concernant la gestion des déchets de façon générale?

Nous proposons leur valorisation par le recyclage. A partir des déchets plastiques non biodégradables, on peut fabriquer des pavés, des briquettes pour la construction, etc. Quant aux déchets biodégradables, ils peuvent être transformés en fumiers organiques. Une fois valorisés, nos déchets deviennent une richesse. C’est de la matière première pour d’autres produits.

Pour ce faire, il faut un système de collecte bien organisé pour un triage des déchets. Il faut que les associations de ramassage soient vraiment à la hauteur de leur mission. Et nous espérons que le maire de la ville est à l’œuvre dans ce sens. Au niveau de notre organisation, nous sommes en train de chercher un endroit où elles pourront acheminer les déchets. Et nous allons faire le tri et les valoriser.

Pensez-vous que le seul dépotoir de Buterere suffit ?

Cela fait beaucoup d’années que cet endroit sert de dépotoir. Il est saturé, localisé dans un endroit habité par une population. En cas de pluie, ce lieu dégage une odeur pestilentielle. Des insectes pullulent. Ces déchets se déversent dans des maisons. Les maladies des mains sales, comme le choléra, la diarrhée y sont fréquentes, des enfants souffrent des vers intestinaux, etc.

Que faire pour ce site ?

Il faut que ces déchets soient enlevés et acheminés vers un autre un endroit. Là, après le triage, on peut les recycler. Je crois que certaines entreprises peuvent y trouver de la matière première pour la fabrication des bars de fer, des ustensiles de cuisine, du fumier organique, etc.

La délocalisation de ces déchets sauverait des vies. Il y a beaucoup d’enfants, de jeunes, de vieux que l’on trouve là en train de chercher des restes d’aliments, des objets usés à vendre. A cet endroit, loin des yeux de la police, des jeunes apprennent à consommer du chanvre, des cas de violence sexuelle sont signalés. Pour changer l’image de ce site, nous proposons d’y ériger un centre pour Jeunes, par exemple.

Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze

*Ceprodilic : Centre de production et de distribution de la littérature chrétienne

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