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Gratuité scolaire, une politique qui peine à se concrétiser

Malgré la gratuité de l’enseignement fondamental, des contributions financières continuent d’être exigées aux parents dans certains établissements scolaires. Des syndicalistes appellent au respect de la mesure. Ils plaident également pour des contributions encadrées, négociées avec les parents et gérées de manière transparente.

« Chaque trimestre, je paie 3 000 FBu pour mon enfant qui est en 5ᵉ année et 13 000 FBu pour un autre qui est en 8ᵉ année du fondamental », souligne T.S., un parent ayant des enfants dans l’une des écoles de la commune Ntahangwa.
Membre du comité des parents, il affirme avoir régulièrement demandé des explications sur ces paiements sans jamais obtenir de réponse claire. « On nous dit toujours que cet argent sert à assurer la propreté de l’école, à entretenir les latrines ou encore à prendre en charge les soins d’un enfant qui peut se blesser à l’école ».

Un autre parent, dont l’enfant est en 8ᵉ année dans une école de la commune Mukaza, affirme avoir payé une contribution de 20 000 FBu alors qu’il cherchait une place pour son enfant. « J’ai payé cette somme afin d’avoir cette place. » Pour lui, cette situation reste incompréhensible puisque la gratuité de l’enseignement fondamental est en vigueur.

Et pourtant

Dans une correspondance du 6 août 2026, la Direction provinciale de l’Éducation de Bujumbura demande aux chefs de départements communaux de l’Éducation de rappeler aux directeurs des établissements scolaires placés sous leur responsabilité, le strict respect des instructions relatives aux inscriptions scolaires.

Elle rappelle que les élèves de première année du fondamental ne doivent en aucun cas être soumis au paiement des frais d’inscription, les inscriptions à ce niveau étant entièrement gratuites. Elle interdit également d’exiger aux demandeurs de places des contributions financières forcées destinées à la fabrication des bancs-pupitres ou à toute autre condition liée à leur admission.

La correspondance précise enfin que les élèves admis dans la classe suivante ne doivent pas être contraints de se présenter à nouveau pour leurs inscriptions et doivent conserver leurs places dans les établissements qu’ils fréquentaient au cours de l’année scolaire 2025-2026.

Renforcer le financement public des écoles

Jean Samandari : « les insuffisances de financement des écoles ne devraient pas être systématiquement transférées aux familles »

Selon Jean Samandari, président et représentant légal de la Coalition Education pour tous « Bafashebige », la gratuité de l’enseignement fondamental constitue un acquis important pour garantir à tous les enfants l’accès à l’éducation, quelle que soit la situation économique de leurs familles. Il estime que les contributions financières régulièrement demandées aux élèves ou à leurs parents risquent de transformer progressivement cette gratuité en une charge pour les ménages, particulièrement les plus vulnérables.

Il reconnaît que les établissements scolaires ont besoin de ressources pour leur fonctionnement, notamment pour le matériel pédagogique, les infrastructures, l’eau, l’assainissement et l’entretien. Cependant, selon lui, les insuffisances de financements des écoles ne devraient pas être systématiquement transférées aux familles. Il préconise un renforcement du financement public, de la gouvernance et de la gestion du système éducatif.

Il insiste également sur la nécessité de garantir la transparence pour toute contribution demandée aux parents, notamment sur son origine, sa destination et sa gestion. Il recommande ainsi de rappeler aux responsables scolaires les règles relatives à la gratuité, de distinguer les contributions autorisées des prélèvements abusifs ou illégaux et de renforcer les mécanismes de signalement des abus.
Pour lui, la gratuité scolaire ne doit pas rester uniquement un principe inscrit dans les textes. Elle doit être une réalité pour chaque enfant. Il appelle ainsi les autorités à éviter que les difficultés financières des familles ne constituent un obstacle à la scolarisation des enfants.

Tenir compte de l’intérêt supérieur de l’enfant

Pour David Ninganza, président de la Solidarité de la Jeunesse chrétienne pour la Paix et l’Enfance (SOJPAE), certains établissements demandent des contributions afin de rémunérer des veilleurs non pris en charge par le ministère de tutelle, financer la reconstruction des salles de classe et des latrines ou payer des enseignants vacataires à la suite de l’insuffisance du personnel enseignant. Ces pratiques peuvent entraîner des renvois temporaires, des absences prolongées, des redoublements et, dans certains cas, l’abandon scolaire, notamment chez les enfants issus de familles vulnérables.

Il appelle à privilégier des mécanismes de contribution négociés et responsables, impliquant les directions scolaires, les représentants des parents, l’administration locale et les inspecteurs scolaires. Il estime que toute décision doit tenir compte de l’intérêt supérieur de l’enfant et ne peut avoir pour conséquence d’exclure un élève de l’école en raison de l’incapacité de sa famille à payer.

Instaurée par une décision présidentielle annoncée le 26 août 2005 à l’occasion du discours-programme d’investiture de feu président Pierre Nkurunziza, la gratuité de l’enseignement primaire a commencé à être appliquée dès l’année scolaire 2005-2006. En 2013, avec l’instauration du nouveau système éducatif, elle a été étendue jusqu’à la 9ᵉ année de l’enseignement fondamental.

Contactée, la directrice provinciale de l’Education de Bujumbura n’a pas réagi.

Petit rappel.

Rappelons que dans une ordonnance ministérielle conjointe n°620/540/834/2019 du 2 mai 2019 portant augmentation du budget de compensation des frais de scolarité dans les écoles fondamentales, il est rappelé qu’après l’institution de la gratuité de l’enseignement primaire au Burundi en août 2005, les frais de scolarisation jadis payés par les parents des élèves ont été remplacés par un budget de compensation octroyé annuellement par le Gouvernement pour le fonctionnement des écoles. L’article 2 porte ce budget de 500 à 600 FBu par élève et par trimestre de l’année scolaire. Selon les articles 3 et 4, ce budget est directement viré sur les comptes des directions scolaires, par tranche trimestrielle et pendant trois tranches. L’article 7 précise que ce budget de compensation des frais de scolarité est affecté notamment à l’achat des cahiers de préparation des enseignants, l’achat du matériel de bureau, l’entretien et la maintenance des infrastructures scolaires et sanitaires, le payement du salaire des veilleurs ainsi qu’aux dépenses de communication et de déplacement. Le budget de l’État pour l’exercice 2024-2025 prévoyait plus de 5,2 milliards de FBu pour la compensation des frais de scolarité.

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