Le discours officiel semble bien éloigné des préoccupations exprimées par une partie des agriculteurs burundais. À l’issue de la retraite gouvernementale clôturée le 30 octobre 2026, le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, s’est réjoui de constater que la population est satisfaite de la mesure visant à distribuer les fertilisants en quantités égales à tous les bénéficiaires, sans exclusion.
Selon le chef du gouvernement, les citoyens continueraient à recevoir leurs engrais dans des proportions égales. Il a certes reconnu l’existence de certaines inquiétudes liées à la livraison incomplète des quantités prévues. Mais, il a néanmoins estimé que les explications fournies avaient permis aux agriculteurs de comprendre la situation et de poursuivre normalement leurs activités agricoles.
Cette lecture gouvernementale de la situation soulève par contre de sérieuses interrogations. Sur le terrain, les manifestations de mécontentement observées dans plusieurs localités semblent difficilement compatibles avec une satisfaction générale de la population.
Incompréhension et frustration autour des 16 kg d’engrais
Au cœur des frustrations figure notamment la question des quantités d’engrais distribuées aux agriculteurs. Plusieurs paysans s’interrogent sur la pertinence d’une allocation uniforme de 16 kg par personne alors que les superficies cultivées et les besoins agricoles varient considérablement d’un exploitant à un autre.
Pour les agriculteurs disposant de grandes parcelles, cette quantité apparaît largement insuffisante au regard de leurs besoins. Les 16 kg représentent une goutte d’eau aux par rapport aux superficies à fertiliser pour garantir un bon rendement.
Bien plus, la manière dont leur distribution est organisée alimente les contestations.
La colère de Busangana

A Nyamirambo, sur la colline Busangana, dans la commune Matongo, province de Butanyerera, le mécontentement a pris une tournure particulièrement préoccupante. Des habitants ont barricadé la RN I à l’aide des troncs d’arbres et de branchages pour protester contre les promesses non tenues concernant la livraison des fertilisants déjà payés.
Selon des témoignages locaux, les paysans dénonçaient une modification des quantités initialement promises. Alors qu’il était question de 16 kg par agriculteur, les autorités locales auraient voulu leur remettre un sac de 25 kg à partager à deux, soit 12,5 kg chacun.
« Il était convenu que chaque paysan reçoive 16 kg. Mais, les autorités locales veulent nous donner un petit sac de 25 kg d’engrais à partager à deux », dénonçaient certains habitants.
Leur revendication était sans équivoque : obtenir la totalité des fertilisants promis ou récupérer l’argent versé pour les tickets non servis. La situation a nécessité l’intervention de la police et l’administration pour calmer les manifestants.
À Rutana, une « mobilisation populaire »
Le mécontentement ne se limite pas à la province de Butanyerera. Le vendredi 30 octobre, des habitants de la colline Kabanga, dans la commune Rutana, province de Burunga, ont également barricadé la route Rutana-Gihofi à l’aide des troncs d’arbres.
À l’origine de cette mobilisation, le sentiment d’être laissés pour compte dans la distribution des engrais. Selon une source administrative, les habitants étaient descendus dans la rue après avoir appris que des agriculteurs des collines voisines avaient déjà reçu leurs fertilisants alors que leur localité n’avait toujours pas été servie.
La circulation a été momentanément paralysée. L’intervention de la police et des militaires n’a pas immédiatement permis de rétablir la situation. La route n’a finalement été dégagée qu’après l’arrivée d’un camion transportant des engrais Fomi.
Plus inquiétant encore, le moniteur agricole et le chef de zone auraient été séquestrés par des habitants en colère avant l’intervention des forces de sécurité.
Selon certains observateurs, ces incidents traduisent une tension qui dépasse la simple question logistique. Ils révèlent un problème de confiance entre les bénéficiaires et les structures chargées de mettre en œuvre la politique de distribution des intrants agricoles.
Des représentants des producteurs, des activistes de la société civile et des politiques sont unanimes. Ils considèrent que le secteur des instants agricoles connait des problèmes qui méritent d’être résolus. Ces événements posent une question fondamentale : comment parler de satisfaction lorsque des agriculteurs en viennent à bloquer une route nationale pour réclamer des intrants qu’ils affirment avoir déjà payés ?
Une autre interrogation mérite d’être soulevée : à quoi aura servi le recensement préalable des agriculteurs et l’identification de leurs besoins réels si les quantités finalement distribuées ne correspondent pas aux attentes exprimées ?
Selon un expert en gouvernance ayant requis l’anonymat, au Burundi, la question des engrais est désormais bien plus qu’une question agricole. Elle est devenue une question de confiance, de gouvernance et de responsabilité publique. « Et sur ce dossier, ce ne sont pas les déclarations officielles qui convaincront les agriculteurs, mais plutôt les engrais effectivement livrés. »
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