Époux, frère, oncle et être cher, François laisse un vide immense dans le cœur de ses proches. Mais il laisse aussi un héritage intellectuel, juridique et politique qui continuera de vivre à travers celles et ceux qui ont partagé sa vie, ses convictions et ses combats.
François Nyamoya est né le 4 janvier 1958 à Muyinga. À l’âge de quatre ans, il quitte Muyinga pour Bujumbura, à la suite de la nomination de son père comme ministre. C’est dans la capitale qu’il grandit et effectue ses études primaires à Stella Matutina. Il poursuit ensuite ses études secondaires au Collège du Saint-Esprit, au Collège Don Bosco de Ngozi, puis à l’Athénée de Bujumbura, où il achève son parcours. Il entreprend par la suite des études de droit à l’Université du Burundi, posant ainsi les fondements d’une vocation qui allait orienter toute sa vie.
Son prénom porte lui-même une histoire familiale. À sa naissance, son frère aîné Prime convainc leur père de le prénommer François, en mémoire d’un autre frère aîné qui portait ce même prénom et qui était décédé alors qu’il n’était encore qu’un bébé. Ainsi, dès le début de sa vie, François porte en lui le souvenir d’un enfant parti trop tôt, dont le prénom allait continuer de vivre à travers lui.
La vie de François Nyamoya fut celle d’un homme de conviction, de rigueur et d’engagement, qui consacra son intelligence, son savoir et son énergie au droit, au service public et à la quête d’un Burundi plus juste, plus démocratique et respectueux de la dignité humaine.
Juriste de formation et de vocation, il obtient sa licence en droit à l’Université du Burundi en 1982. La même année, il est recruté comme assistant à la Faculté de droit. En juillet 1984, il suit les cours de l’Académie de droit international de La Haye, dans le domaine du droit international privé. Il poursuit ensuite sa formation en Belgique, à l’Université catholique de Louvain, où il obtient, en décembre 1990, un doctorat en droit, avec une spécialisation en droit international privé.
De retour au Burundi, il consacre une part importante de sa vie à l’enseignement universitaire, transmettant son savoir et sa passion du droit à des générations d’étudiants. Professeur à la Faculté de droit de l’Université du Burundi à partir de 1991, puis vice-doyen de cette faculté de 1992 à 1993, il enseigne notamment le droit international privé, le droit judiciaire privé, le droit commercial et l’introduction au droit civil. Pour lui, le droit n’est pas un simple ensemble de textes et de procédures. Il est un instrument essentiel d’organisation de la société, de protection des droits et de construction d’un État juste.
Son expertise et son intégrité le conduisent également au cœur de l’action publique. De 1993 à 1994, il exerce les fonctions de conseiller principal du Premier ministre, chargé des questions politiques et juridiques.
De 1995 à 1996, il est conseiller principal du président de la République, chargé des questions juridiques et administratives. À partir de 1998, il met sa compétence au service de la profession d’avocat, tout en poursuivant ses activités de consultant juridique et en contribuant à la rédaction de nombreux textes législatifs et réglementaires. Son expertise dépasse les frontières du Burundi : il contribue notamment à l’élaboration du cadre juridique et réglementaire des transports au Rwanda, ainsi qu’à celui relatif à la protection des personnes vivant avec le VIH au Congo-Brazzaville.
Mais réduire la vie de François Nyamoya à ses titres, à ses fonctions et à ses accomplissements professionnels serait passer à côté de ce qui l’animait le plus profondément : sa conviction que le Burundi pouvait et devait être autrement.
À partir de 2007, il devient l’un des principaux artisans intellectuels du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD). Il consacre une part considérable de son énergie à concevoir, élaborer et actualiser régulièrement le projet de société du parti. Au cœur de cette vision se trouve une conviction fondamentale : aucune transformation durable du Burundi ne peut se faire sans une réforme profonde de la justice, des institutions et de l’État.
Sa contribution ne se limite pas à formuler une vision politique. Juriste exigeant, homme d’analyse et stratège attentif, François réfléchit avec une précision remarquable aux conditions concrètes de sa réalisation. Il ne s’interroge pas seulement sur les moyens d’accéder au pouvoir, mais surtout sur la manière de l’exercer pour redresser un pays profondément fragilisé. Il cherche des réponses pratiques, institutionnelles et juridiques aux défis du Burundi, là où les slogans et les promesses générales ne suffisent pas. Il veut que le projet de société du MSD soit plus qu’une ambition politique : un véritable plan pour gouverner, réformer et reconstruire le pays.
Au sein du MSD, sa rigueur intellectuelle et son sens de l’organisation jouent un rôle essentiel dans la stabilité du parti. Il veille à préserver l’autonomie et l’intégrité de ses instances dirigeantes, conscient que la solidité des structures politiques est indispensable à la réalisation d’un projet collectif. Sa vigilance, sa capacité à anticiper les risques et son discernement contribuent à protéger le parti contre les manœuvres susceptibles de compromettre son indépendance et sa cohésion, notamment les tentatives de cooptation et de détournement de ses organes — ce que l’on désigne parfois au Burundi par le terme de « nyakurisation ».
François, c’est aussi cette faculté de regarder au-delà de l’urgence du moment, de discerner les dangers avant qu’ils ne deviennent évidents et de chercher, avec méthode, les moyens de les déjouer. Chez lui, la rigueur du juriste est indissociable de la vision du politique. Il sait qu’un projet de société ne vaut que par la solidité de ses fondements, la cohérence de ses institutions et la fidélité de celles et ceux qui le portent aux principes qui le sous-tendent. Il sait aussi que transformer un pays exige davantage que la volonté de changer les choses : cela demande du travail, de la préparation, de la discipline et une compréhension profonde des institutions que l’on aspire à réformer.
Pour sa famille, François restera avant tout un époux, un tonton, un frère et un être cher dont la présence, les convictions et la force de caractère ont profondément marqué celles et ceux qui ont eu le privilège de partager sa vie. Pour ses collègues, ses anciens étudiants et ses compagnons de lutte, il demeure un intellectuel exigeant, un homme de principes et un travailleur infatigable. Pour le Burundi, il laisse l’héritage d’un juriste qui n’a jamais cessé de réfléchir aux fondements d’une société plus juste et aux moyens concrets de la construire.
Sa disparition nous rappelle que certaines vies ne s’arrêtent pas avec la mort. Elles se prolongent dans les idées qu’elles ont fait naître, les institutions qu’elles ont contribué à préserver, les consciences qu’elles ont éveillées et les combats qu’elles ont aidé à rendre possibles. Elles continuent de nous interpeller, de nous obliger à penser et de nous rappeler les responsabilités que nous avons envers celles et ceux qui viendront après nous.
En lui disant adieu, nous pleurons un être cher. Nous saluons aussi un homme qui a consacré son intelligence, son savoir et une part essentielle de son existence à une conviction profonde : un autre Burundi est possible. Cette conviction n’était pas pour lui une formule, mais une exigence, un projet et un engagement quotidien.
Que son âme repose en paix. Que son œuvre continue de nous inspirer. Et que le Burundi auquel il a tant réfléchi, pour lequel il a tant travaillé et auquel il a consacré tant d’espérance ne demeure pas une promesse inachevée, mais devienne une réalité que les générations futures auront le courage, la lucidité et la détermination de construire.
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