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Edition spéciale en Synergie des médias/Avocat burundais : une filière en pleine expansion confrontée au défi des marchés d’exportation

Présentée comme l'une des cultures capables de générer d'importantes devises, la filière de l'avocat séduit de plus en plus de producteurs. Et il y a des retombées même s’il se pose des questions sur la compétitivité, l'accès aux marchés et les divergences en rapport avec la perte présumée de certains débouchés internationaux au profit des pays voisins.

Sur le terrain comme dans les communes de Butaganzwa et Ruyigi, les pépinières d’avocatiers se multiplient. Les zones de Muriza et Gisuru, par exemple, disposent à elles seules de plus de 12 500 plants.

Une partie des habitants a déjà commencé les plantations, affirmant vouloir répondre à l’appel des autorités à produire des cultures destinées à l’exportation. « La culture de l’avocatier est d’une grande importance pour nous. À chaque récolte, les revenus tirés de la vente des avocats nous permettent de subvenir aux besoins de nos familles », explique Venant Miburo, chef de cellule sur la colline Kigufi.

Toutefois, ils font face à des difficultés, notamment le manque d’eau d’irrigation et l’insuffisance de compost. Les services agricoles recommandent la création de compostières, rappelant qu’un avocatier nécessite entre 10 et 15 kilogrammes de fumure organique au moment de la plantation.

En province de Gitega, plusieurs producteurs parlent de retombées positives. Les revenus issus de la vente des avocats leur permettent de payer les frais scolaires de leurs enfants, d’acheter des fournitures et des uniformes scolaires, des vêtements, des denrées alimentaires, des semences de maïs et de haricot ainsi que des fertilisants. Pour certains, la culture de l’avocat constitue aujourd’hui la principale source de revenus du ménage.

Un hic : un manque de marché d’écoulement

Malgré ces avantages, les producteurs dénoncent le manque de marchés d’écoulement. L’avocat étant un fruit périssable, ils craignent de subir des pertes lorsque les récoltes sont abondantes.

Ils demandent au gouvernement de mettre en place des unités de transformation afin de produire de l’huile, du jus ou d’autres dérivés, mais aussi de rechercher de nouveaux débouchés. Certains souhaitent même que l’État organise la collecte des avocats, à l’image des campagnes de commercialisation du café et du thé.

Rappelons que cet intérêt pour la filière s’inscrit dans la politique nationale de promotion de l’avocat. En mai 2024, le Président Évariste Ndayishimiye avait présenté cette culture comme un levier important de développement pour atteindre la Vision Burundi 2040-2060. Plusieurs autorités ne juraient que sur l’avocat affirmant que cette culture sera une source importante de devises, qu’il pourra même supplanter d’autres cultures d’exportation.


Réactions 

Diomède Ninteretse : « La perte d’un marché d’exportation n’est jamais un simple incident commercial »

Cet économiste explique que dans le commerce international, produire ne suffit pas. Ce qui détermine la réussite sur les marchés extérieurs, c’est avant tout la qualité, la compétitivité et la capacité à répondre aux exigences des acheteurs.

À la suite de la perte du marché international de l’avocat au profit du Kenya et du Rwanda, l’économiste estime que le Burundi doit impérativement mieux s’organiser, structurer sa filière et renforcer sa compétitivité afin de reconquérir ces débouchés. « La perte d’un marché d’exportation n’est jamais un simple incident commercial. Elle révèle des faiblesses structurelles tout au long de la chaîne de production et de création de valeur ».

Selon lui, si le Burundi a perdu ce marché au profit de ses voisins, c’est parce que le Kenya et le Rwanda offrent davantage de garanties en matière de qualité, de régularité de l’approvisionnement, de logistique et de compétitivité.

Les facteurs de la perte du marché international pour les avocats du Burundi

Ninteretse attribue cette perte de marché à plusieurs facteurs. En premier lieu, le Burundi ne satisfait pas aux exigences du marché international, notamment en matière de qualité, de traçabilité et de régularité des approvisionnements. La production d’avocats étant essentiellement saisonnière, le pays ne parvient pas à assurer une offre continue.

Il pointe également le manque d’organisation de la filière, caractérisée par une multitude de petits producteurs dispersés, un nombre insuffisant de centres modernes de collecte et des pratiques culturales peu harmonisées. À cela s’ajoutent le mauvais état des infrastructures routières, le manque d’entrepôts frigorifiques ainsi que l’absence d’un système de certification capable de garantir l’origine et la qualité des avocats burundais.

Concernant les conséquences, il évoque une perte importante de devises, une diminution des investissements dans la filière, la destruction d’emplois directs et indirects ainsi qu’une dégradation de la crédibilité du Burundi auprès des acheteurs internationaux.

Il appelle ainsi les autorités à moderniser et à mieux structurer la filière afin de restaurer la confiance des partenaires commerciaux et de permettre au pays de reconquérir le marché international de l’avocat.

 

Onésime Niyukuri : « L’avocat a généré plus de 480 millions de FBu de recettes au cours du premier semestre 2026 »

Le porte-parole du ministère ayant le Commerce dans ses attributions, Onésime Niyukuri affirme que la filière de l’avocat se porte bien et que les exportations continuent de progresser.

Selon lui, la production nationale d’avocats est en constante augmentation. « En 2022, la production a atteint environ 120 000 tonnes. En 2026, nous avons également enregistré une hausse de la valeur des exportations, qui avoisine les 486 millions de FBu francs. Cela montre que la commercialisation s’améliore, tant sur le marché national qu’à l’international ».

D’après lui, le Burundi compte actuellement plus de huit exportateurs agréés ainsi qu’un centre de transit destiné à faciliter l’exportation des avocats. « Les débouchés s’étendent à plusieurs régions du monde, notamment l’Europe, l’Asie, les pays du Golfe, la Chine ainsi que plusieurs marchés africains, tant régionaux que nord-africains ».

Réagissant aux informations selon lesquelles le Burundi aurait perdu un marché d’exportation des avocats, Onésime Niyukuri dément ces affirmations. Il soutient que le Burundi n’a jamais perdu un marché au profit d’un autre pays.

« Nous avons entendu ces informations, notamment sur les réseaux sociaux, mais elles doivent être nuancées. Si une personne a entrepris des démarches à titre individuel, sans être mandatée ni accompagnée par les institutions compétentes, une ambassade ou toute autre structure habilitée, il s’agit d’une initiative personnelle et non d’une démarche menée au nom d’un État ».

Selon lui, les autorités burundaises ne disposent d’aucune information officielle attestant que le pays a perdu un marché d’exportation. Il rappelle que l’accès à un marché international repose sur des normes de qualité, des accords commerciaux et des engagements formels entre les parties.

« Si un individu a tenté de négocier un marché et qu’il ne l’a pas obtenu, cela ne signifie pas que le Burundi a perdu ce marché. Les opérateurs économiques doivent travailler en collaboration avec les institutions compétentes afin de bénéficier de leur accompagnement ».

Le porte-parole du ministère chargé du Commerce affirme enfin que le Burundi poursuit ses préparatifs pour répondre aux exigences du marché international.

Dans le cadre de la politique nationale visant à accroître la production agricole, le gouvernement ambitionne d’atteindre une production d’un million de tonnes d’avocats dans les prochaines années afin de renforcer la présence du pays sur les marchés d’exportation.

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