Mercredi 05 octobre 2022

Société

Bujumbura : le phénomène des enfants en situation de rue refait surface

10/08/2021 6
Bujumbura : le phénomène des enfants en situation de rue refait surface
Trois enfants en situation de rue au centre-ville de Bujumbura

Des enfants dont l’âge varie entre 6 et 16 ans dans la rue s’observent ces derniers jours dans les quartiers et au centre-ville de Bujumbura. Ces derniers parlent de mauvais traitements subis, de parents séparés, d’exode rural, de décès de leurs mamans, de précarité alimentaire dans leurs familles, … 

La plupart de ces enfants en situation de rue, affirment qu’ils ont décidé d’investir les rues de Bujumbura pour chercher un léger mieux, mais ils se sont vite retrouvés dans la rue. Selon les défenseurs des droits des enfants interrogés, leur nombre ne cesse d’augmenter.

L’hygiène qui laisse à désirer est leur premier signe caractéristique. Leurs habits sales, en haillons sentent l’urine et des mouches par essaim, sont devenues leurs compagnons d’infortune, elles les suivent partout.

Comme ils en témoignent, des maisons ou des véhicules abandonnées, des gros arbres, au bord de routes, … leur servent d’abris. Pour survivre, ils affirment qu’ils fouillent dans les poubelles des restes de nourriture. « Chaque jour, nous cherchons les restes de nourriture dans les déchets ménagers », racontent trois enfants rencontrés dans la zone Buyenzi tout près d’un restaurant.  

Ces derniers affirment en outre vendre de la ferraille. « Pour avoir des moyens de subsistance, nous collectons des morceaux de fer ou d’acier inutilisables et nous les vendons aux ferrailleurs qui nous donnent 400 BIF le kilo ».

Pendant les heures de repos, ils disent se rabattre sur des morceaux de carton et des sacs de ciment ou de sucre. « Nous nous couchons sur des cartons. Il y a même des fois où nous dormons à même le sol. Les sacs nous servent de moustiquaires et nous protègent contre le froid pendant la nuit », font-ils savoir, l’air désespéré.

Un tenancier d’un magasin de pneus rencontré à la 7ème avenue de la zone Buyenzi indique que ces enfants se livrent à quelques vols des rétroviseurs, des vis ou tout autre objet léger qu’ils peuvent facilement arracher sur des véhicules. Ce que confirment la plupart des chauffeurs interrogés.  

Sur la chaussée du Peuple Murundi, trois enfants se trouvent devant le portail de l’hôtel Ego. Une sentinelle est en train de leur servir de l’eau à boire. Sans chaussures, ils ont de blessures infectées aux orteils.

Au moindre soupçon, ces enfants détalent croyant qu’il s’agit des policiers mais quand ils réalisent qu’il ne s’agit pas des forces de l’ordre, il se rapprochent et sont prêts à témoigner, raconter leur calvaire à qui veut les entendre.

Ces enfants affirment vivre dans conditions difficiles dans la rue. « Les policiers nous arrêtent souvent dans la rue et nous embarquent vers la brigade spéciale des renseignements (BSR). Là-bas, ils nous emprisonnent pendant quatre jours avant de nous libérer », indique Liévin Manirambona, originaire de Mwaro. Lui et ses camarades de rue témoignent qu’ils sont souvent tabassés par des policiers, des taxis-vélos, des taximen, etc.

Pourquoi ce choix de la rue ?

Nostalgiques, ses enfants n’oublient pas les causes de leur malheur. « N’eût été le divorce de mes parents, je ne serais pas dans ce cercle vicieux », regrette Samuel Nishimwe, les larmes aux yeux.

Âgé de dix ans et originaire de Kayanza, Nishimwe est le benjamin d’une fratrie de quatre enfants. Selon son témoignage, la période d’après-divorce de ses parents a été mauvaise pour lui : « Depuis la séparation de mes parents, j’ai subi des mauvais traitements de la part de mon père et de sa seconde femme. Les brimades et les coups sont devenus insupportables et cela m’a contraint à m’éloigner d’eux pour tenter de vivre ailleurs, et c’est la rue qui m’a accueilli ».

Même son de cloche chez Arsène Habarugira, 14 ans et Cédric Irakoze, 12 ans, tous originaires de Kayanza. Selon ces enfants, leurs parents se sont livrés à la prostitution ou dans le concubinage après leur divorce. D’autres affirment avoir fui la misère sans nom qui accable leur famille.
Selon Honorable Jacqueline Baranyizigiye, directrice du Département de l’enfant et de la famille au sein de ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la Personne Humaine et du Genre, le phénomène de recrudescence des enfants dans la rue est une évidence.

Pourtant, elle souligne que les causes de ce phénomène sont diverses. Elle énumère entre autres le concubinage, la misère, le divorce, etc. Selon lui, une stratégie nationale de prévention des enfants en situation de rue et de leur insertion dans les familles respectives va bientôt voir le jour.

D’après Ferdinand Simbaruhije, coordinateur national de la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi (FENADEB), la misère, l’exode rural, les mauvais traitements… sont les causes de la recrudescence du phénomène des enfants dans la rue.

Pour éradiquer ce phénomène, ils appellent les organes habilités à mettre en place l’école obligatoire pour tout enfant.  Il conseille aussi à l’Etat de prévoir des sanctions pour les parents qui ne prennent pas en charge leur descendance.

Pour lui, il faut appliquer la loi n° 1 28 du 29 octobre 2014 portant prévention et répression de la traite des personnes et protection des victimes de la traite.
Signalons qu’en 2018, le ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la Personne Humaine et du Genre et ses partenaires ont validé une feuille de route pour tenter de retirer tous les enfants de la rue. Selon un expert, ce projet n’a pas atteint son objectif faute de mesures d’accompagnement
 

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Alexis

    Dans quelques années …si ces enfants ne reprennent pas le banc de l’école….. la plupart d’eux deviendront des criminels qualifiés.

    La criminalité est le résultat d’un échec à plusieurs dimensions

    Dans un pays normal leurs familles devraient s’expliquer et au cas échéant le gouvernement devrait prendre ses
    responsabilités.

    Mais malheureusement on est au Burundi où tout est difficile à comprendre

  2. izaho

    L’etat ne peut pas resoudre le probleme des enfants de la rue, les nouveaux criminels. Nkurunziza avait compris que pour resoudre le problemes des iresponsables hommes hutus il fallait les empecher d’abandonner des femmes seules+ enfants partout. nkurunziza voulait obliger ces irresponsables au marriage et au soutien des femmes meres… Dans qlq annees le burundi sera une vraie jungle!

  3. Gacece

    « … enfants en situation de rue… »
    Ne serait-il pas plus simple et plus facile d’écrire « enfants itinérants »?

    Note du modérateur

    Apparemment c’est un terme consacré par les professionnels du secteur

  4. Vumiliya

    Paver les trotoiirs pour embellir la ville qui est par la suite envahie par les enfants de la rue vraiement Leta nkozi mvyeyi a du pain sur la planche !!!

    • Yan

      Nivyo, Leta mvyeyi n’ivyare iheka kandi yonsa.

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