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Au coin du feu avec Issa Jamal, alias Yoya

18/12/2020 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Issa Jamal, alias Yoya
Au coin du feu avec Issa Jamal, alias Yoya

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Issa Jamal, alias Yoya.

Votre qualité principale?

Je reste optimiste, même dans de situations compliquées, je vois le bon côté des choses.

Votre défaut principal ?

J’oublie difficilement même quand je pardonne.

La qualité que vous aimez chez les autres ?

J’aime les artisans de la paix. J’admire beaucoup les gens qui pensent à autrui avant d’agir.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’égocentrisme. Croire que le monde tourne autour de soi.

La femme que vous admirez le plus ?

Myriam ! Ma maman, ma confidente. Orphelin de père à 9 ans, j’ai longtemps vécu avec elle. Je reste convaincu qu’elle me supporterait dans toutes les situations. Je pourrais tomber dans le coma, je suis sûr que la première personne que je trouverais à mon réveil, c’est elle ! Elle est mon roc. Figurez-vous qu’elle s’implique même dans ma carrière en me donnant des conseils.

L’homme que vous admirez le plus ?

Mon père. Il est ma source d’inspiration. Je me rappelle qu’à chaque retour de son voyage, il nous faisait écouter une nouvelle cassette. La plupart des fois, c’était de la musique congolaise. Il adorait beaucoup cette musique. C’est avec lui que j’ai découvert la musique. Malheureusement, on n’a pas passé beaucoup de temps ensemble. Mais, je garde un très beau souvenir du peu de temps que j’ai passé avec lui.

Votre plus beau souvenir ?

Le jour où j’ai fini l’enregistrement de ma toute première chanson «Muramumbwirira». D’abord en tant qu’artiste, l’on se demande comment le public va juger ton œuvre. J’ai eu la chance, car cette toute première chanson m’a ouvert les portes dès sa sortie. J’ai été invitée dans une émission à la RSF Bonesha par des Djs de renom de cette époque. Ils ont plutôt aimé ma chanson. Les jours suivants, j’étais sollicité ici et là pour des concerts avec une seule chanson.

Votre triste souvenir ?

La mort de mes deux grands frères et de mon père. Le premier a rendu l’âme le 14 février 2008. C’est comme si je venais de perdre une partie de mes ailes. L’autre nous a quittés, le 15 septembre 2020. Mon père est mort le 29 janvier 1997. Je garde de ces dates un triste souvenir. Ils étaient mes confidents, mes véritables conseillers.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Mon plus grand malheur serait la perte de ma mère. Un autre malheur, ce serait de vivre une vie misérable, être un sans-abri et avoir du mal à trouver de quoi mettre sous la dent.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

C’est l’accession du Burundi à l’indépendance. Je n’étais pas encore né, mais je me considère d’une génération chanceuse. Naître après l’indépendance, c’est un privilège. Chaque fois, je me mets à la place de nos ancêtres, les chicottes. C’était une vie pénible.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962. Le jour de l’indépendance du Burundi. Le pays a retrouvé sa souveraineté.

La plus terrible ?

Le 21 octobre 1993. Je me rappelle avoir vu des images terribles, un marché en feu. C’est là où j’ai vu plusieurs personnes fuir en Tanzanie. L’on nous demandait de rester chez nous. Je pouvais lire facilement la peur dans les yeux de la population.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Journaliste chroniqueur. J’aime donner mon opinion.

Ces jours-ci, Yoya semble s’éclipser sur la scène musicale. Qu’est-ce qui se passe ?

Les gens doivent comprendre qu’en dehors de la musique, j’ai une autre vie. J’ai des enfants à éduquer, ils ont besoin d’un peu plus de mon attention. Je dois jongler entre ma carrière et ma vie privée. D’ici quelques jours, je promets un retour en force, j’y travaille.

Qu’est-ce que ça fait d’être une «star» ?

On sent à la fois un poids et un malaise. Figurez-vous qu’ il y a des gens qui prennent toujours un chanteur comme un vaurien. Cela nous met mal à l’aise. Mais quand on rencontre les gens qui nous apprécient, on se sent valorisé. Cela se voit surtout quand on sollicite un service. On est facilement reconnu.

Votre performance sur scène que vous n’oublierez jamais ?

Il m’est difficile de faire le choix, je me suis déjà produit dans de nombreux concerts. Mais je dirais que la scène qui m’a le plus marqué reste la toute première. J’ai chanté avec un orchestre vers fin 2005 au Havana night-club. J’ai trop paniqué. (rires)

Votre passe-temps préféré ?

Avant la pandémie de la covid-19, j’aimais jouer au foot. Aujourd’hui, c’est la cuisine et je reste avec mes enfants. Je me défie à refaire les plats trouvés sur internet. A part cela, je fais du sport ou je regarde des programmes télévisés avec mes enfants.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi. Hormis le fait que ma famille y réside, le pays incarne tout pour moi. Et ceci pour diverses raisons. Le climat, la convivialité , les amis d’enfance, mon public élargi…

Le voyage que vous aimeriez faire ? Pourquoi ?

J’aimerais découvrir beaucoup d’endroits. D’abord les pyramides d’Egypte, la statue de la liberté aux Etats unis. J’aimerais aussi aller en Tanzanie faire un safari (visiter les parcs).

Votre rêve de bonheur

Voir les chanteurs burundais vivre de leurs œuvres, gagner la vie grâce à leurs talents. Je voudrais les voir reconnus dans la société burundaise à leur juste valeur.

Votre plat préféré

J’aime beaucoup les légumes et les fruits.

Votre chanson préférée ?

La mienne, «Sibomana». C’est une chanson qui est toujours d’actualité. Son contenu est intergénérationnel. J’ai aussi un faible sur «Muramumbwirira», la chanson qui m’a révélé au grand public.

Quelle radio écoutez-vous ?

Cela fait un bon moment que je n’écouté pas de radio. Mais quand j’étais au Burundi, je suivais presque toutes les radios. Sur chaque station, j’avais une émission particulière qui m’intéressait, ce qui fait que je les parcourais toutes.

Avez-vous une devise ?

Ma devise est simple : «Le ciel est la limite pour celui qui a suffisamment de volonté. » L’on peut arriver le plus loin possible quand l’on est vraiment déterminé. Le choix nous appartient.

Si vous étiez ministre de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

-Je concentrerais beaucoup d’efforts dans la culture, en recrutant des experts dans ce domaine. Je mobiliserais beaucoup de fonds pour la culture.
-J’organiserais un festival annuel qui rassemble les artistes chanteurs, de la musique traditionnelle à la musique gospel en passant par d’autres genres musicaux. A ce propos, le vainqueur recevrait un prix accompagné d’une enveloppe considérable. Une façon de les stimuler…

– En dernier lieu, j’impliquerais beaucoup la presse locale dans la promotion des artistes locaux. Les chanteurs burundais n’ont vraiment pas d’autres plateformes que la presse locale.

Si vous étiez président de l’Amicale des Musiciens du Burundi, quelles seraient vos premières mesures ?

Je faciliterais la collaboration entre tous les intervenants du domaine musical. Je parle des journalistes culturels, des promoteurs, des investisseurs, des DJs, les arrangeurs, les producteurs, etc. Nous avons besoin de comprendre que l’on est dans le même bateau. L’absence de concertation et de solidarité condamne les musiciens burundais à ne pas avancer.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui, absolument. C’est la société qui forge une personne. A notre naissance, nous sommes bons. Nous ignorons la jalousie, la méchanceté. Mais tout au long de notre vie, l’on finit par devenir des loups pour nos semblables.

Pensez-vous à la mort ?

Je pense souvent à la mort. J’ai déjà beaucoup perdu des membres de ma famille. Je sais qu’on doit s’en aller un jour.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Je remercierais d’abord Dieu de m’avoir créé. Ensuite je me prosternerais devant Dieu pour demander pardon pour tous mes péchés.

Propos recueillis par Clarisse Shaka

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Bio express

Connu sous le sobriquet de Yoya, l’artiste musicien Issa Jamal est né en 1988 à Muyinga. Actuellement, il vit à Manchester en Angleterre. Inspiré par la musique reggae de Bob Marley et Alpha Blondy, il se lance dans la musique dès son jeune âge. D’abord comme danseur dans un groupe de danse congolais, puis chanteur depuis 2003. Il est alors âgé de 15 ans. Plus tard, il commence à écrire des chansons pour les artistes connus. Entre temps, il se produit sur scène dans plusieurs concerts et anime des karaokés à Bujumbura. En 2015, il va évoluer à Kigali où il fait des live bands (communément appelé karaoké) pendant une année avant de partir en Angleterre. Licencié en communication audio-visuelle, ses chansons ont été récompensées à plusieurs fois. L’on citerait notamment «Wiyumva gute» qui a remporté l’Isanganiro Award 2012. «Mot de passe», élue sacrée chanson de l’année aux Top Ten Tube Music Award de la Bonesha FM en 2013. Yoya est papa de trois garçons.

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