Culture

Au coin du feu avec Alexandre Hatungimana

01/12/2018 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Alexandre Hatungimana
Au coin du feu avec Alexandre Hatungimana

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Alexandre Hatungimana.

Votre qualité principale ?

Difficile de se juger soi-même et de trouver justement ce qui est bon dans son être, mais je dirais avec modestie la franchise.

Votre défaut principal ?

Ici j’ai l’impression que l’exercice est facile par rapport au précédent. Je désigne sans hésiter l’impatience.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’honnêteté.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’hypocrisie.

La femme que vous admirez le plus ?

Marie-Olympe de Gouges, chantre des « Droits inaliénables et sacrés de la femme et de la citoyenne » en France révolutionnaire, guillotinée le 2 novembre 1793 pour son combat pour l’égalité des sexes.

L’homme que vous admirez le plus ?

Si le monde est aujourd’hui mal gouverné et envahi par tous les maux, cela ne signifie pas qu’il n’a eu que des enfoirés. Croyez-moi, des hommes de valeur comme Gandhi, Samori Touré, Mandela, Kennedy, etc. inspireraient bien les nouvelles élites politiques d’Afrique ou d’ailleurs.

Votre plus beau souvenir ?

Il y en a beaucoup, mais je retiens ma réussite au concours national et l’entrée à l’internat loin des longs et harassants trajets vers l’école primaire.

Votre plus triste souvenir ?

Disparition tragique de mon vieux père en 1993 alors que je débutais mes études doctorales en France (Paris). Souvenir d’autant plus triste qu’il n’a pas eu droit à la sépulture. Je n’ignore pas que je partage ce sentiment d’amertume avec beaucoup de Burundais d’âges et de conditions différents, mais c’est l’un des pires souvenirs de ma vie.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Le déshonneur.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Reconnaissance solennelle de Mwezi Gisabo par l’autorité allemande comme Mwami (roi) du pays réunifié lors d’une réunion tenue à Bukeye le 8 octobre 1905 après la neutralisation des différents rebelles comme Maconco (arrêté et abattu à Usumbura en mai 1905) et Kilima (déporté à Neu-Langenburg, sur le lac Nyassa, en avril 1906).

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962, date à laquelle le pays retrouve sa souveraineté perdue à l’issue de la signature du traité de Kiganda le 6 juin 1903. Souvenez-vous que Mwezi Gisabo avait, accepté, à l’occasion de ce diktat, l’autorité allemande sur le Burundi.

La plus terrible ?

Avril- juillet 1972 : c’est la plus grave crise que le Burundi contemporain ait connue avant la guerre civile qui l’a déchiré à partir de 1993. Sa particularité est d’avoir mis en avant la logique d’un racisme interne, tout en marquant le début de l’officialisation de la discrimination politico-culturelle, voire l’instrumentalisation de l’ethnisme local dont on ne sait pas encore aujourd’hui mesurer les conséquences.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Celui que j’exerce aujourd’hui, à savoir l’enseignement et la recherche universitaires. Je ne pouvais pas avoir mieux.

Votre passe-temps préféré ?

Plus qu’un passe-temps, mon métier m’amène à beaucoup lire et écrire, dans mon domaine de formation qu’est l’histoire contemporaine.

Votre lieu préféré au Burundi ?

J’hésite à en désigner un. Pour moi tout le Burundi est beau. J’ai toutefois un petit faible pour le Mugamba sud pour son paysage pittoresque qui me rappelle l’Auvergne (Côté Clermont-Ferrand) pour ceux qui connaissent le centre de la France.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Je suis heureux de vivre dans mon pays le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Les Bahamas pour découvrir une partie de l’Océan Atlantique après avoir visité deux fois l’Océan Indien.

Votre rêve de bonheur ?

Voir mon pays renouer avec la paix et la concorde nationale, sources de tout progrès matériel.

Votre plat préféré ?

J’ai la chance d’être un « manger-tout ». Sinon, mon plat préféré est celui qui fait le plus plaisir à mes convives quand j’en ai.

Votre chanson préférée ?

Nabucco de Verdi (Opéra en 4 actes)

Quelle radio écoutez-vous ?

RFI

Avez-vous une devise ?

Etre à l’écoute et au service de mes semblables.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Aucun souvenir particulier parce qu’absent du pays (aux études en France). Juste que j’ai posé mon bulletin de vote à l’ambassade du Burundi à Paris et que j’ai appris par après la victoire du Frodebu comme tout citoyen de ce pays peu fasciné par l’appartenance à des formations politiques.

Votre définition de l’indépendance ?

En politique, je la conçois comme la fin de toute domination étrangère, matérialisée par le retour à la liberté et à l’autonomie de l’entité concernée. Pour ne pas tomber dans le piège de ce que Nyerere appelait l’ « indépendance des drapeaux », il est important que l’autonomie politique soit suivie par l’indépendance économique (à ne pas confondre avec une économie autarcique !).

Votre définition de la démocratie ?

Forme de gouvernement qui reconnaît à la majorité des citoyens le droit d’être dirigée par les personnes de son choix. Elle suppose l’existence d’une société fondée sur les valeurs d’égalité et de liberté.

Votre définition de la justice ?

Permettre à tout citoyen de jouir de tous les droits que la nature lui confère en tant qu’Homme au sens générique du mot.

Si vous étiez ministre de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Lutter contre la dépravation des mœurs, surtout à l’endroit des mineurs, pour garantir à tout enfant le droit de grandir dans la dignité. Afin de sauver les jeunes, souvent en butte avec les affres de la société moderne (drogue, alcool, prostitution, etc.), mettre en place des centres de création artistiques (musique, danse, jeux divers) et des bibliothèques ambulantes susceptibles d’aiguiser leur goût de lecture, donc d’écriture.

Si vous étiez ministre de l’Environnement, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Gestion responsable des immondices, surtout dans les grandes agglomérations du pays, et lutte contre le déboisement et la déforestation sur l’ensemble du territoire national.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

L’existence de la violence chez l’homme dans certaines situations paraît en contradiction avec ce qui pourrait être la bonté humaine. Toutefois, l’homme altruiste, généreux, empathique a, à mon sens, toutes les chances de conquérir cette valeur d’esprit.

Pensez-vous à la mort ?

Absolument. Sauf qu’il ne faut pas en faire une obsession, d’autant plus qu’elle est l’affaire de tous et surtout inévitable.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

De me récompenser à la hauteur du bien que j’aurais fait de mon vivant et absoudre mes péchés que je n’aurais pas voulu commettre. Après ce moment de repentance, j’aurais aussi une doléance qui me tient à cœur : je lui demanderais de reprendre le monde actuel en main, en tant qu’autorité suprême, et le rendre moins haineux et violent.

Propos recueillis par Egide Nikiza

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Bio-express

Alexandre Hatungimana est né à Ntaho (Commune et province actuelles de Ngozi), le 25 avril 1963. Il a fait ses études primaires à Mugomera et à Muhanga, avant d’entrer au Petit Séminaire de Mureke, puis au Séminaire Moyen de Burasira à la section Lettres Modernes. Entre 1986 et 1990, il prépare sa Licence au Département d’Histoire de l’Université du Burundi. Il est titulaire d’un doctorat en Histoire de l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne depuis janvier 1999. Professeur ordinaire de son grade académique, il enseigne l’Histoire contemporaine à l’Université du Burundi. Parallèlement à sa carrière d’enseignant-chercheur, il a occupé plusieurs fonctions au sein de cette Institution : Recteur de l’Université du Burundi (de 2005 à 2007) ; Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (2001- 2005) ; Chef du Département d’Histoire (2000-2001). Alexandre Hatungimana dirige aujourd’hui le Master Complémentaire en Journalisme et enseigne au Master en Droits de l’Homme et résolution pacifique des conflits. Il est également vice-président du Conseil d’administration de l’Université de Ngozi.

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