Accéder au chef-lieu de la commune Musongati est un vrai parcours du combattant. « Il faut bien se préparer », avoue Mme Claudine Niyoyitungira, son administrateur.
D’après elle, du chef-lieu de l’ancienne commune de Musongati, il faut passer par Rutana et Bukemba. « L’autre possibilité est de prendre le trajet Musongati-Butaganzwa (Ruyigi) puis Gisuru pour enfin accéder à Mpinga-Kayove où se trouve actuel chef-lieu communal. Ce qui est un long trajet ».
Avec le nouveau découpage administratif, la nouvelle commune de Musongati est composée des trois anciennes communes à savoir Musongati, Mpinga-Kayove et Giharo. Elle a une superficie de 1.162,14 km2 et une population de 325.115 habitants selon les données fournies par l’administration communale. Composée de 90 collines de recensement et 12 zones, sa densité est 280 hab/km2. Une région où l’agriculture reste la première activité principale.
Les femmes restent débout malgré de nombreux défis
Dans un des hangars du centre de négoce de Musongati, elles sont nombreuses à vendre une boisson locale à base de maïs dite ’’umugorigori’’. « Une activité rentable », avoue I.K, une vendeuse rencontrée à ce centre de négoce. Hommes et femmes se succèdent à déguster différentes cuvettes avant de passer à l’achat. « C’est l’argent qui entre. La dégustation ne coûte rien, mais peu à peu le client finit par acheter ».
Cette tenancière affirme que cette activité l’aide à subvenir aux besoins de la famille. Elle ne se soucie pas du manque de farine, de savon, d’huile, etc. Bref, tout ce qui va avec le repas pour le ménage. « Des fois, tout le repas peut provenir de la vente de cette boisson locale. Bien entendu ce ne sont pas tous les jours que cela se fait ».
Néanmoins, elle déplore des temps où la commune exige le paiement de taxes alors qu’il y a eu moins de ventes. Seulement elle reconnaît que personne ne peut passer outre puisque la loi est ainsi faite. « Il n’y a pas moyen d’échapper ».
La saison culturale B peu prometteuse
Perturbations pluviométriques, mauvaise distribution de fertilisants, … sont parmi les causes de la mauvaise récolte attendue pour la saison culturale B. Mathilde Nyandwi et Jacqueline Ntibazonkiza font la queue devant le guichet de la Coopec Musongati pour retirer de l’argent.
Elles indiquent que les premières pluies pour la même saison n’étaient pas du tout satisfaisantes. « Elles étaient de faible quantité. Ce qui a retardé le semi du haricot. » Pire encore, ajoute-t-elle, au moment de la floraison, de fortes pluies ont abîmé les champs.
A ces caprices pluviométriques s’ajoute le problème de fertilisants. « Nous avons attendu de l’engrais, en vain. Personnellement, j’avais payé pour cinq sacs d’urée pour la saison A et voilà la saison sèche est là sans avoir reçu le moindre grain », regrette Mathilde.
De son côté, Jacqueline Ntibazonkiza est pessimiste : « Je me suis déjà résignée. Malheureusement, nous allons connaître le même problème pour la culture des marais qui s’annonce ».
S’exprimant sous anonymat, une autre femme de Musongati affirme avoir payer 75 kg de fertilisants au début de la saison A, elle confie qu’elle attend toujours d’être servie mais qu’elle commence carrément à désespérer.
Qu’en est-il des actions des élus pour aider les agriculteurs ? « Les élus, il y en a mais nous avons le même problème. Ils pleurent comme nous ».
Christine, l’unique cheffe de zone
Christine Ndayizeye dirige la zone Ngoma. Elle est la seule femme cheffe de zone parmi les douze que compte Musongati. Avant d’accéder à ce poste en 2025, elle était à la tête d’une association locale.
Celle-ci regroupe actuellement 195 membres. Elle opère dans l’agro-élevage grâce au soutien de l’ONG Help Chanel qui aide la population à travers des groupements associatifs.
Mme Ndayizeye affirme qu’elle parvient à marier les affaires familiales et administratives. Côté social, des témoignages sur place convergent sur sa serviabilité. « Elle plaide pour les vulnérables. Elle porte leurs doléances au niveau des autorités supérieures. C’est une femme très dynamique », confie Daphrose Nduwayo, une habitante de Ngoma.
Souvent, poursuit-elle, on la voit transporter des tôles pour les maisons des vulnérables.
Pourquoi une telle attitude ? Elle a simplement répondu : « En fait, c’est un devoir pour un administratif d’être proche de la population. » Elle appelle d’ailleurs ses consœurs femmes à oser affronter les responsabilités, à représenter les autres dans leurs communautés respectives.
Victimes de la polygame et des abandons
Selon des témoignages, la polygamie reste une pire réalité à Musongati. Jeannette Hatungimana, mobilisatrice communautaire indique que les filles en âge de se marier font face à de multiples défis. « Elles tombent souvent dans le piège des hommes mariés. Ils les appâtent avec de l’argent ».

Après quelques temps, elles sont abandonnées avec des enfants illégitimes. « Ces hommes se volatilisent et refusent d’assumer leurs responsabilités paternelles et les conséquences financières ».
Elle déplore néanmoins que ces mauvaises habitudes se multiplient au vu et au su de la société malgré les efforts de l’administration locale. Ce qui engendre selon elle des tensions communautaires énormes et appauvrit davantage des familles déjà exsangues.
Selon les dires de la population, ces hommes justifient souvent leur comportement par le manque de considération ou de respect de leurs premières épouses. Une idée rejetée par Mme Hatungimana, abandonnée elle-aussi : « Mon mari m’a laissée seule avec nos huit enfants pour s’installer chez sa troisième femme. J’ai dû assumer seule leur éducation. Dieu merci, ils sont aujourd’hui adultes, aucun n’a souffert de malnutrition ni abandonné l’école. Je croise mon mari souvent, mais que faire ? »
Elle n’est pas la seule : « Je peux compter au moins dix cas similaires sur ma seule colline ».
Autre défi. Les hommes qui refusent de faire inscrire leurs enfants à l’état-civil. S’exprimant sous anonymat, une jeune femme rencontrée devant les bureaux de la zone Musongati ne décolère pas. C’est par force que son ’’mari’’ a finalement accepté de venir à l’état-civil.
Ce qui transparaît même lors d’apposer sa signature dans le registre de l’état-civil. « Sa main est tremblante », avons-nous constaté. Une signature qui rend fière son épouse : « Ce qui est arrivé, c’est de la veille histoire. On ne peut pas revenir en arrière. Je ne regrette absolument pas mon acte. Pourvu que le père de l’enfant assume sa signature aujourd’hui et l’accepte officiellement. Pour le reste, je suis prête à me battre seule et à éduquer dignement mon enfant ».
Les jeunes : entre migration et résilience

Devant les bureaux zonaux de Musongati, la file d’attente est longue. En majorité, des femmes, des hommes et des jeunes venus se confier aux autorités, d’autres à la recherche des cartes nationales d’identité.
Parmi elles, Anthère Niyukuri. Venu simplement chercher sa nouvelle carte d’identité, ce jeune homme cache à peine la fébrilité qui l’anime.
Pour lui, ce précieux morceau de papier qu’il s’empresse à plastifier n’est pas un symbole de citoyenneté, mais plutôt un sauf-conduit pour l’exode. « La vie est d’une dureté implacable sur notre colline », confie ce natif de la colline Buhinga, les yeux rivés sur l’ancien bâtiment communal de Musongati.
« Certes, je ne peux pas affirmer de manière absolue que je suis le plus pauvre de tous, mais le constat est là : je n’ai pas de moyens. C’est pour cela que je passe mon temps à franchir clandestinement la frontière vers la Tanzanie ! »
Il fait savoir que son programme est déjà bouclé : « Je me prépare à y retourner. » Il veut fonder un foyer, construire une vie stable. « Sans cette manne tanzanienne, aussi dangereuse soit-elle, il m’est rigoureusement difficilement d’y parvenir. Ici, à Musongati, il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour les jeunes ».
Une aventure pleine d’embûches. D’après de nombreux jeunes de Musongati approchés, le chemin vers la Tanzanie ressemble pourtant à une descente aux enfers.
Leurs témoignages font état des travaux agricoles exténuants et une exposition à des violences systématiques. A la frontière, ils affirment que le voyage se transforme régulièrement en cauchemar sous les coups et les brimades. « Loin de nous protéger, la police tanzanienne nous malmène, nous traque et confisque régulièrement l’argent gagné péniblement et nous renvoie au pays les mains vides », révèle Anthère Niyukuri.
Un vélo ou une moto pour la survie mais…
A Musongati, les jeunes restés sur place vivent de petits métiers. Transformés en taxi-vélos, ils doivent arpenter les pistes abruptes pour transporter de lourdes marchandises vers les marchés de Ngoma et de Rutana.
D’après Jacques Niyongabo, il s’agit qu’une activité exténuante qui leur permet à peine de joindre les deux bouts du mois. « C’est la principale activité. Il faut avoir avant tout un vélo comme capital. Un jeune sans vélo c’est comme s’il est nu. Quoique vous fassiez, ce moyen de déplacement à deux roues s’impose ».
Egide Nkunzimana, habitant de la zone Gatakazi, 31 ans, vit grâce aux métiers de taxi-moto. Il révèle que la pénurie de carburant est aujourd’hui son principal défi. « Une moto peut passer une semaine sans trouver de carburant dans une station-service ».
Cette situation l’oblige à s’approvisionner au marché noir à des prix élevés. Ce qui réduit ses bénéfices et lui fait parfois perdre des clients.
Le manque du carburant affecte également son moulin. Sa localité n’étant pas encore alimenté en électricité, il signale qu’il doit faire recours à l’or noir pour faire tourner son moulin. Ce n’est pas tout comme défi. Ce jeune homme évoque aussi le manque d’eau dans ce coin reculé du pays. « Nous sommes obligés d’aller chercher de l’eau à des kilomètres. »
Agriculteur, M. Nkunzimana dénonce aussi les difficultés d’accès aux intrants agricoles. « La saison passée, le prix d’un sac d’engrais est allé jusqu’à 150 000 BIF au marché noir et il était difficile à trouver ». Il ajoute avoir payé des engrais l’année dernière sans jamais être servis.
Il estime par ailleurs que plusieurs promesses faites en faveur de la jeunesse tardent à se concrétiser. Dans le domaine de la santé, il évoque les difficultés rencontrées par les habitants pour accéder aux soins. Il souligne les fréquentes ruptures de médicaments.
Pour la représentativité des jeunes à la gestion des affaires publiques, cet habitant de la zone Gatakazi indique qu’elle reste faible surtout au niveau collinaire. Il reconnaît néanmoins qu’au niveau zonal, certains jeunes occupent des postes de responsabilité.
Ainsi, il appelle les autorités à renforcer les projets destinés aux jeunes, à faciliter l’accès aux financements et à améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité qui fait défaut : « Beaucoup de jeunes ont des projets, mais ils manquent des moyens pour les réaliser ».
Des abandons scolaires
Félix Irankunda, 24 ans, est un conducteur de taxi-moto, natif de la colline Nyabigozi, en zone Musongati. Il confie qu’il a claqué la classe de la 8ᵉ année pour aller chercher une activité génératrice de revenus. Grâce à une moto obtenue à crédit auprès de son oncle, il assure aujourd’hui le transport de personnes. « Lorsque les clients se font rares, je fais du petit commerce ».
Selon lui, le manque d’emplois pousse de nombreux jeunes de la localité à partir travailler en Tanzanie. Il regrette également l’absence de projets visibles en faveur de la jeunesse. Il appelle les autorités à multiplier des initiatives permettant aux jeunes entrepreneurs d’accéder à un financement.
Prosper Gakiza, 25 ans, est un autre jeune de la même colline. D’après ses dires, après avoir observé les difficultés rencontrées par de nombreux diplômés pour trouver un emploi, il a décidé d’abandonner l’école pour se consacrer au commerce. Il fait aussi la production de charbon de bois.
D’après lui, les jeunes qui ne partent pas travailler à l’étranger se limitent souvent à des activités familiales faute d’opportunités. Il déplore le manque d’informations sur les programmes destinés aux jeunes, notamment avec le PAEEJ. « On ne nous explique pas suffisamment ces programmes au niveau des collines ».
Selon lui, les jeunes sont toutefois actifs dans le développement local et représentés parmi les élus. Il demande aux autorités d’augmenter les projets de développement afin de permettre aux jeunes porteurs d’idées d’obtenir des financements. « J’ai moi-même un projet que je pourrais développer en cas de soutien financier. »
Les filles ne sont pas à la traîne
Les filles ne sont pas à l’abri des difficultés que rencontre la jeunesse de Musongati. Marie-Rose Ndayisenga, 25 ans, est native de la colline Kamaramagambo. Elle a abandonné l’école en première année post-fondamentale après une grossesse précoce. « Comme mes parents n’avaient pas de moyens pour reprendre mes études et sans aide du père de l’enfant, j’ai été contrainte de chercher des moyens de subsistance pour élever mon enfant ».

Après avoir intégré des groupes d’épargne et de solidarité, elle a eu l’opportunité de suivre une formation en couture au sein d’une association locale. Aujourd’hui, elle constate que de nombreuses filles de sa localité s’investissent dans de petites activités génératrices de revenus, notamment la couture, le petit commerce et le petit élevage. « Les jeunes filles se regroupent souvent pour louer un champ et le cultiver afin de gagner un peu d’argent. »
Pour elle, les programmes d’appui à la jeunesse produisent des résultats et méritent d’être renforcés. Elle demande aux élus de mieux informer les jeunes sur les opportunités existantes en allant directement à leur rencontre sur les collines. « Beaucoup de jeunes ignorent les programmes qui leur sont destinés faute d’informations suffisantes ».
Néanmoins, dans cette commune, certains jeunes ont déjà bénéficié des soutiens du PAEEJ. C’est le cas de Ferdinand Barazingiza, 34 ans, de la colline Kamaramagambo. Il détient un secrétariat public grâce à l’appui du PAEEJ.
Faute de moyens, il confie qu’il avait abandonné son rêve des études universitaires en informatique. Et il s’est lancé dans le petit commerce avant de reprendre sa formation.
Son grand défi étant aujourd’hui de faire réparer ses machines en cas de panne. « Nous parcourons beaucoup de kilomètres pour trouver un réparateur. » Malgré ces difficultés, il encourage les jeunes à travailler ensemble et à développer des projets communs.
De son côté, Innocent Akimana, 27 ans, jeune de la colline Buhinga, a choisi la menuiserie après avoir interrompu ses études. Après deux années de stage, il a créé son propre atelier avec un autre jeune.
Grâce au financement du PAEEJ, il indique qu’il a pu renforcer son activité en achetant davantage d’équipements. Cependant, il déplore la hausse constante des prix des matériaux. « Je peux obtenir un marché et établir un devis, mais lorsque je vais acheter le matériel, je constate que les prix ont augmenté ».
Il conseille les jeunes à s’intéresser de plus en plus à l’entrepreneuriat. « Ils doivent aussi privilégier le réseautage afin de favoriser les échanges d’expériences et l’émergence de nouveaux projets ».
Nickel : la manne attendue depuis des générations

« Le nickel, je l’ai entendu depuis mon enfance. Mais, voilà, mes cheveux sont tout blanc, il n’est pas encore exploité. Peut-être que je vais mourir sans y jeter un coup d’œil », se lamente O.P, un habitant de Musongati, la soixantaine.
Cet homme ne se fait pas d’ailleurs trop d’illusions. « Je ne me rappelle pas de l’année exacte, mais, il y a eu des grandes festivités annonçant que le nickel va être exploité. C’était à l’époque du feu président Pierre Nkurunziza. Mais, on ne voit rien aujourd’hui comme retombées sur notre vie quotidienne ».
Interrogée sur les avantages du chemin de fer, cet homme est très réservé aussi. « Attendons voir ce qui va se passer. Revenez me poser cette même question quand il sera déjà construit et opérationnel. Malheureusement, vous risquez de ne pas me retrouver en vie », répond-t-il, avec un sourire moqueur, avant de donner un coup de pédale à son vélo.
Bukuru, un autre homme de Musongati est quant à lui ouvert voire optimiste. « Avoir un chemin de fer, c’est une très grande nouvelle pour nous. Avec cette infrastructure, nous nous attendons à un développement socio-économique de notre commune. Le commerce sera fructueux. On pourra avoir beaucoup de marchandises à bas prix. Il y’a aura aussi création d’emplois. Des gens qui ont construit des maisons auront facilement des locataires. Mais aujourd’hui, il est tellement difficile d’avoir un locataire pouvant payer 100 mille BIF ».
Avec ce chemin de fer, il espère que même d’autres routes seront macadamisées. Ce qui va, selon lui, faciliter le transport des produits agricoles aussi. « Aujourd’hui, nous avons un sérieux problème d’écouler nos produits agricoles suite au mauvais état de route. Par exemple, quand nous écoulons du manioc à Gitega, le transport nous coûte plus de 200BIF par kg. Et ceux qui déchargent le véhicule prennent 20 ou 15 BIF par kg. Et là, le producteur perd beaucoup d’argent ».
Il ne doute pas d’ailleurs que même le nickel tant attendu sera cette fois-ci exploité. « A quoi servirait ce chemin de fer sans exploitation du Nickel ? Nous avons entendu que c’est même pour cela que ce chemin de fer passera à Musongati. Nous avons espoir que c’est pour bientôt ».
Il remercie d’ailleurs le président de la République qui leur avait promis de l’électricité à Musongati. « Voilà, c’est déjà fait ».
De son côté, Gérard Bizimungu, est lui aussi confiant : « Les jeunes de chez nous prient matin et soir pour que ce nickel soit enfin exploité, et que le chemin de fer reliant la Tanzanie au Burundi sorte de terre ».
Selon lui, l’attente a été longue. « Nous refusons catégoriquement que ce nickel soit un mirage de plus pour la région. Avant d’enrichir les investisseurs étrangers ou les élites des grandes villes, il doit d’abord enrichir et donner du travail aux jeunes de la place ! Nous espérons fermement que cette exploitation minière arrêtera définitivement cet exode ».
D’après lui, faute d’industrie locale, des jeunes migrent vers Bujumbura ou Gitega pour devenir domestiques. D’autres tentent l’aventure vers l’Ouganda, le Kenya, la Zambie, ou Dubaï.
Rencontre
« Le taux de représentativité des femmes est encore faible »
Quels sont les projets de développement en cours ?
Il y en a beaucoup. D’abord, notre commune manque d’infrastructures routières en bon état. Car son chef-lieu se trouve à Mpinga-Kayove. C’est sur la crête Nkoma. Giharo se trouve dans une plaine. Malheureusement, il n’y a pas une route qui nous lie à cette ancienne commune. Or, c’est la plus grande et est frontalière avec la Tanzanie. Ce qui nécessitait des descentes régulières sur terrain pour le suivi si les routes étaient bien praticables.
Alors qu’est ce qui est en train d’être fait pour résoudre ce problème ?
D’abord, nous remercions le gouvernement pour son implication dans l’amélioration de notre voirie. Le tronçon Butomangwa jusqu’au chef-lieu communal est déjà aménagé et praticable. Nous avons donc espoir que les travaux ne tarderont pas sur d’autres tronçons.
Pour le trajet déjà terminé, il ne reste qu’à aménager des caniveaux et c’est pour bientôt. Le seul défi qui nous préoccupe encore, c’est le tronçon Mpinga-Kayove vers Giharo. Nous espérons qu’avec le budget octroyé aux communes, le problème pourra être résolu.
Quid des infrastructures administratives ?
A ce niveau, le grand défi concerne le bureau communal.
Pourquoi ?
En fait, l’ancienne commune de Mpinga-Kayove était l’une des communes qui encaissaient peu de recettes. Ce qui ne permettait pas de construire beaucoup d’infrastructures administratives. Elles sont donc insuffisantes pour abriter tous les services et le staff communal.
Nous avons essayé de réhabiliter les locaux sur place pour trouver de place à caser nos services. Mais, ce n’est pas encore suffisant. Pour résoudre ce problème, nous avions d’ailleurs déjà élaboré un plan du bureau communal, avec un devis, mais nous avons reçu l’ordre d’attendre le plan communal pour tous les nouveaux bureaux communaux.
Aujourd’hui, le plan est déjà là. Il nous reste à voir comment le mettre en exécution. Nous demandons déjà de l’aide aux investisseurs, les natifs, aux amis de notre commune, à la diaspora, etc. Nous avons espoir que d’ici peu, le défi sera relevé.
Qu’en est-il des infrastructures sociales ?
Côté santé, notre commune a eu un nouveau district sanitaire. Là aussi, les infrastructures ne sont pas suffisantes et appropriées. Mais, nous sommes à l’œuvre. Ce qui nécessite un appui financier de la part des uns et des autres.
Dans le secteur éducatif, là aussi des défis ne manquent pas. Avec le nouveau découpage, nous avons essayé de dispatcher les enseignants vers les nouvelles communes. Pour essayer de combler les vides, le système de vacatariat a été privilégié. Ce qui demande un travail en synergie.
C’est-à-dire ?
Cela signifie que même sur les écoles où les enseignants sont suffisants, les parents des apprenants donnent une contribution pécuniaire afin d’avoir un encouragement pour les vacataires. Oui, les débuts ont été difficiles pour certains mais avec les sensibilisations, nous constatons que les choses évoluent positivement.
Nous remercions d’ailleurs le gouvernement de nous avoir aidés pour la fabrication des bancs pupitres. Avec le début de l’année 2026-2027, nous espérons qu’avec l’année scolaire 2026-2027, tous les élèves vont bien s’asseoir.
Côté assistance sociale, nous avons déjà construits 12 maisons pour les vulnérables. Nous leur avons donné des tôles.
Qu’en est-il de la représentativité des jeunes et des femmes dans les instances administratives ?
Les jeunes sont représentés. Parce que quand on parle des jeunes, on se réfère à l’âge. Si je regarde autour de moi, dans les différents services communaux, ils sont bien présents. Je donne l’exemple des chefs de zone, dans les départements.
Pour les femmes, là, je dois avouer que le taux de représentativité est encore faible. Oui, je suis une femme comme administrateur mais dans les 11 départements, il n’y a qu’une seule femme.
Et dans les 11 zones, il y a aussi une seule femme. Même au niveau collinaire, les femmes sont faiblement représentées. Sur un total de 90 chefs collinaires, elles sont moins de dix.
Pourquoi selon vous ?
En fait, beaucoup de femmes se sous-estiment. Elles s’auto-excluent et elles ne se font pas élire. Mais, nous avons espoir que les choses vont changer.
Quelle est la situation du secteur agricole ?
En fait, comme la plupart d’autres burundais, à Musongati, l’agriculture est l’activité principale. On cultive des cultures vivrières principalement le manioc, le maïs, haricot, patate douce, etc.
Côté cultures d’exportations, il y a le café. Et actuellement, il faut ajouter l’avocat. Et d’ailleurs, il y a d’ailleurs des hautes autorités du pays qui sont venus investir dans ce domaine. Les palmiers à l’huile sont aujourd’hui présents dans notre commune.
Quels sont les défis dans ce domaine ?
D’abord les fertilisants insuffisants. Il arrive que les agriculteurs paient des avances mais qu’ils ne reçoivent pas ces fertilisants à temps et en suffisance. Ce qui a un impact sur la production. Il y a aussi les effets des changements climatiques. Il y a certains coins de notre commune qui enregistrent des retards des précipitations ou tout simplement une insuffisance hydrique.
Côté écoulement, il y a ce problème de manque d’infrastructures en bon état. Par exemple, pour écouler le manioc vers Gitega, le transport coûte beaucoup d’argent parce que les routes ne sont pas très praticables. Nous avons aussi un problème de manque des marchés adéquats.
Je donne l’exemple de Giharo où le commerce est une des principales activités. Mais, il n’y a pas de marché moderne.
Musongati dispose quelques-uns des sites touristiques importants du pays. Qu’est-ce que cela apporte à la commune ?
Oui, nous avons des sites touristiques. Les chutes de la Karera et les failles de Nyakazu. D’abord, ces lieux ne sont pas bien aménagés. La route qui mène vers les failles n’est pas en bon état.
Nous souhaitons que cette route soit bien réhabilitée afin de faciliter l’accès des touristes à cet endroit. Cela pourrait augmenter les entrées dans la caisse de l’Etat. En effet, aujourd’hui, beaucoup de touristes préfèrent s’arrêter du côté des chutes de la Karera.
Autre chose, ces lieux ne sont pas gérés par la commune. Ce qu’on souhaite amplement pour que l’argent rentre dans la caisse communale. Dans d’autres coins, ils ont des eaux thermales par exemple. Et c’est la commune qui les gère.
Qui est le gestionnaire ?
C’est l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE). Nous avons eu des entretiens avec cet office, ils nous ont expliqué que les aires protégées sont gérées par eux.
Mais, nous demandons que ces deux sites touristiques reviennent dans les mains de la commune. Ou qu’ils soient gérés ensembles. Une partie des recettes pourra aller dans l’OBPE et une autre va aider dans le développement de notre commune. C’est notre souhait.
Il y a le projet d’un chemin de fer qui va passer dans votre commune. D’abord, votre réaction ? Quelles sont vos attentes ?
Concernant le chemin de fer Uvinza-Musongati, c’est d’abord une très bonne nouvelle pour notre commune. Nous pensons qu’il y aura un grand avantage pour nous.
Notre commune n’est pas très développée, nous pensons que cette fois-ci, elle le sera. Car il y aura beaucoup de gens, de plusieurs origines, des belles infrastructures, développement touristique, commercial, etc.
Et le nickel que nous entendons depuis notre enfance sera cette fois-ci exploité et le pays va gagner de l’argent. Nous demandons que les projets connexes soient nombreux, que notre jeune commune va enfin avoir une route macadamisée.
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